Brief il fault suyvre noz anciens, & leur porter reverence, de tant que nous les voyons l'avoir porté à la rayson: ayans opinion que leurs euvres doyvent de tant estre louables, qu'elles seront trouvées faictes de consideration.

I consonante pour g.

Pour remedier doncques à ce g, il me semble que nous deussions pour bien escrire, & pour oster ceste confusion de letres, user de l'i consonante, toutes les fois que nous l'usurpons en telle puissance, comme en Ange, Linge, Manger, Mangeons: & oster du tout la fantasie que nous avons à ces derivaisons de langues, puis que nous ne la gardons point en la prolation:

La prononciation des Latins & Grecz du g, avant e, & i vicieuse.

avecq' ce que la prononciation Latine, & Grecque du g avant e, & i, ne fut oncques anciennement telle que nous la faisons aujourdhuy: & garderons nostre g, devant toutes voyelles en la mesme puissance qu'il a devant a, o, u. Par ce moyen nous osterons premierement l'abus de l'u, entrejetté devant e, ou i, comme en langue languir: secondement nous osterons la diphthongue ea, que nous escrivons sans propos en mangea, gagea, & ainsi des autres, en escrivant manja, gaja. Tiercement nous osterons aussi celle de eo, comme en mangeons gageons, en escrivant manjons, gajons.

Lange pour langue.

Il est vray que vous me direz que quant en manjer, gajer, & des autres semblables l'amendement sera suportable: mais qu'attendu le commun usage de g en i consonante avant e, & i, il sera bien difficile de recevoir lange pour langue, langir pour languir. Quant à cela je confesse bien que toutes choses en leur commancement sont difficiles, & facheuses, & mesmement quant il fault desapprendre. Mais aussi n'est il rien si difficile que l'home n'entrepreigne, quant par rayson il y sent ung grant gain & proufit. Vous me direz d'avantage que l'Italien, l'Hespaignol, & assez d'autres peuples en font comme nous. Ayons doncques par sus toutes nations ce bon renom, que nous somes les premiers qui estans blasmez par sus tous autres peuples d'user de la plus confuse, & vicieuse escriture, l'avons de sorte amendée qu'elle leur servira de mirouer pour donner ordre aux leurs. Nous ne somes pas encores hors de tous les abus du g.

ig.

Car il me semble que nous en abusons lordement avecq' ung i devant n molle, d'autant qu'elle n'y sonne aucunement: ny ne luy donne aucun confort de sa voix, comme en Aigniau, mignon, esquelz nous n'oyons, qu'une n amollie: qu'au contraire le g precedent deut renforcer comme tresbien le prononcent les Italiens en la langue Latine, le proferans entre g & n, en magnus, agnus, ainsi que l'ancienne coustume le requeroit. Et pourtant non sans cause les anciens disoient qu'en cela ilz avoient faulte d'une letre qui sonna entre g & n. Ilz craignoient à mon advis donner occasion de confusion de lecture.

N molle