Son, mon, ton. Reçoipvent Apostrophe.
Note icy que non seulement ceste diction, se, repçoit Apostrophe, mais aussi ces mots la reçoipvent: c'est assavoir, son, mon, ton. Et par cela nous disons m'amye, pour mon amye: & m'amour, pour mon amour: & t'amour, pour ton amour: & s'amour, pour son amour. Et usons de tel parler tant en prose, qu'en rhythme: mais plus souvent en rhythme. Et aussi m'amye, & m'amour, sont dictions plus usitées, que les deux aultres.
si Avec apostrophe.
Exemple de, si. S'il estoit possible, je vouldrois bien faire cela. Pour, si il estoit possible. Toutesfoys tu ne voirras guieres, qu'il reçoive apostrophe avec aultre mot, que ce mot, il.
Exception de cela.
Exemple de toutes aultres voyelles. De la voyelle, a. Si audace estoit prisée, chascun seroit audacieux. De la voyelle, e. Si eloquence est en luy grande, ce n'est de merveille: car il a ung esprit merveilleux: & puis il estudie continuellement en Ciceron. De la voyelle, i. Si ignorance vient à regner, tout est perdu. De la voyelle, o. Si orgueil est en ung homme, je ne le puis frequenter. De la voyelle, u. Si ung homme diligent peult parvenir à richesses, j'espere quelque jour estre riche. En touts ces exemples je confesse, que l'apostrophe y peult escheoir: mais avec apostrophe le parler sera plus rude, que sans apostrophe. Ce que peult facilement juger ung homme d'aureilles delicates. J'exepte tousjours les licences poëtiques, & les laisse en leur entier. Car ung poëte pourra dire (à cause de sa rhythme) s'audace, s'eloquence, s'ignorance, s'orgueil, s'ung homme.
D'avantage il te convient sçavoir, que ceste particule, si, est aulcunes foys conditionnale, ou demonstrative. Et lors elle peult recevoir apostrophe, comme tu as veu aux exemples precedents.
si Pour tant
Aulcunes foys elle se met pour tant, ou tant fort. Et lors elle ne reçoit aulcune apostrophe. Exemple. Il est si ambitieux, si envieux, si injurieux, si oultrageux, que personne ne le peult comporter. Aultre exemple. Ce lieu est si umbrageux, que le fruict n'y peult meurir. C'est à dire, tant ambitieux, tant envieux, tant injurieux, tant oultrageux, tant umbrageux. Alors garde toy de l'apostropher: car il n'y auroit rien si aspre en prolation, que de dire s'ambitieux, s'envieux, s'injurieux, s'oultrageux, s'umbrageux.