L'ung de ceulx que j'avoys secrettement envoyé en Escoce vient d'arriver, qui rapporte qu'encor qu'il n'ayt recouvert la responce de ceulx du chasteau de Lillebourg, que néantmoins il leur a fait tenir mon chiffre, et ilz luy ont fait signal de l'avoyr receu; et que cella est advenu sur le poinct que le comte de Rothes avoit esté desjà cinq foys parlemanter à eulx, et sur le poinct qu'ilz estoient prestz de livrer le dict chasteau au comte de Morthon, en, par luy, baillant celluy de Blacnes, garny de quatre pièces d'artillerye, en baillant aussy le revenu de Saint André pour le cappitaine Granges, mais que toute ceste praticque avoit esté lors rompue. Dont le dict de Morthon, à la persuasion du Sr de Quillegreu, avoit envoyé emprunter l'artillerye et les neuf centz harquebousiers de la Royne d'Angleterre; et que néantmoins l'on disoit que le dict chasteau n'estoit pour estre forcé, mais bien creignoit on qu'il y eût de l'intelligence dedans, ou bien que le cappitayne prétandoit de le rendre avec plus d'honneur quand il verroit le canon, et assuroit on qu'il y avoit vivres dedans jusques à la Saint Michel, et prou pouldre, mais peu de bouletz. Sur ce, etc.
Ce XIIe jour de may 1573.
CCCXVIIIe DÉPESCHE
—du XXIIIe jour de may 1573.—
(Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal.)
Audience.—Négociation du mariage.—Affaires de la Rochelle et d'Écosse.—Envoi de la réponse d'Élisabeth sur la demande de l'entrevue avec le duc d'Alençon.
Au Roy.
Sire, ayant la Royne d'Angleterre prins le loysir, durant toutes ces festes de Pantecoste, de dellibérer avec les seigneurs de son conseil de ce qu'elle avoit à me respondre sur l'offre de l'entrevue, et sur les aultres deux instances, que je luy avoys faictes, du comte de Montgommery et des choses d'Escoce; après qu'elle a eu bien examiné le Sr de Walsingam, de l'intention qu'il pouvoit avoyr cognue là dessus de Voz Majestez Très Chrestiennes, elle m'a faict, depuis troys jours en çà, et non plus tost, appeler devers elle pour me dire que, devant toutes choses, elle vous remercyoit infinyement de la favorable expédition que, par deux foys, Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, aviez donnée à son ambassadeur, qui le luy aviez renvoyé le plus satisfaict et le plus contant que nul aultre gentilhomme qu'elle eût jamays mandé en charge; et que, si, de ceste vostre faveur, la récompanse se pouvoit fère par une grande recognoissance d'elle, et par une très grande obligation de luy, vous ne vous plaindriés jamais du payement, mais qu'il luy deffailloit bien à elle le moyen, comme sur une aultre plus grande obligation qu'elle vous avoit pour la tant expresse déclaration, qu'il luy avoit apportée, de vostre parfaicte et perdurable amityé vers elle, elle vous y peût bien satisfère; néantmoins que là où les parolles propres, pour vous en rendre ung assez suffisant grand mercy, luy deffailloient, elle adjouxteroit davantage de la recognoissance dans son cueur pour vous produyre les bons effectz que pourriez desirer de sa correspondance: et a accompaigné cella d'une si bonne expression qu'elle a monstré de le dire de bon cueur: que, touchant l'octroy que luy aviez voulu defférer de l'entrevue, lequel elle recognoissoit procéder d'une singullière faveur et très grande grâce de Vostre Majesté et de la Royne, vostre mère, et de Monseigneur le Duc, elle mettroit peyne de vous y fère la plus honnorable et cordialle responce, qu'elle pourroit, par ses lettres qu'elle vous feroit présenter, et avec quelques parolles de son intention par son ambassadeur: que, du comte de Montgommery, elle estoit bien assurée qu'il n'y avoit plus ny hommes ny vaysseaulx angloys en sa compagnie, s'estant toutz les navyres marchandz, qu'il cuydoit conduyre dans la Rochelle, retirés par deçà, et qu'il n'y en yroit poinct d'aultres, et que, si j'entendoys qu'il en allât aultrement, que je l'en advertisse; car me juroit qu'elle y mettroit bon remède, estant résolue de vous guarder, comment que ce fût, inviolablement l'amityé: que, des choses d'Escoce, l'entreprinse du chasteau de Lillebourg estoit bien advancée, en laquelle, ny en chose qui se traictât par dellà, vous ne trouveriez qu'il s'y fît rien à vostre préjudice; et puisque le comte de Morthon ne respondoit rien sur le voyage du Sr de Vérac, il monstroit bien qu'il ne vouloit pas qu'il y allât; néantmoins qu'elle remettoit en la liberté du dict Sr de Vérac de s'y acheminer ou de s'en retourner en France.
Je luy ay réplicqué, Sire, sur les deux derniers poinctz que, de tant que, pour l'amour d'elle, vous aviez faict fère une publication, incontinent après la retraicte du dict de Montgommery, qu'on eût à bien recepvoir les Angloys en vostre royaulme, que je la supplioys de fère aussy, pour l'amour de vous, publier maintenant une deffence au sien que nul eût à suyvre les entreprinses du dict de Montgommery, puisqu'il avoit monstré acte d'hostillité contre vous; et, touchant l'Escoce, qu'elle me déclarât ouvertement si elle vouloit demeurer aulx termes du traicté, à procurer, conjoinctement avec Vostre Majesté, la paix du pays, ou bien si je vous manderois qu'elle délibéroit d'y poursuyvre les choses par les armes; et que je la supplioys de trouver bon que je débatisse plus amplement ces deux faictz avec les seigneurs de son conseil, affin que j'eusse tant plus de commodité de traicter avec elle de l'aultre principal, et plus agréable propos, sur lequel, de tant que la Royne, vostre mère, et Monseigneur le Duc m'avoient commandé de recouvrer, le plus tost que je pourrois, la responce qu'elle voudroit fère à leurs lettres, et de procurer qu'elle la leur fît si clère, sur la réalité de leur offre, qu'il n'y peût rester aulcune ambiguyté, je la supplioys bien humblement me donner moyen de leur bien satisfère.
Elle a respondu qu'elle trouvoit bon de me bailler ses lettres, et de me toucher encores quelque mot de ce qu'elle manderoit dedans; c'est qu'elle estoit en peyne de ce que la Royne, vostre mère, avoit estimé mal honnorable que Monseigneur le Duc vînt icy sans assurance de mariage, et que néantmoins, sans l'avoyr eu, elle offroit maintenant l'y laysser venir; dont desiroit estre satisfaicte de la diversité de l'occasion, et estre bien assurée que, au cas que le mariage ne peût succéder, que Mon dict Seigneur le Duc n'en sentiroit pourtant aulcune offance en son honneur, ny n'en viendroit aulcune diminution en vostre mutuelle amityé; et que, ce faict, s'il plaisoit à Mon dict Seigneur le Duc de passer en ce royaulme, il y seroit le très bien venu, et elle mettroit peyne de l'honnorer sellon sa grandeur et sellon celle de vostre couronne d'où il estoit, comme s'il fût ung empereur, et, aultant qu'il seroit en elle, et en toutz ses moyens, et de ceulx de son royaulme, de le pouvoir mieulx fère; et que, des seuretés, oultre que Voz Majestez n'en debvoient nullement doubter, elle les bailleroit si bonnes et si grandes comme je les voudroys demander; et qu'on luy avoit bien voulu fère remarquer, en ceste offre de l'entrevue, que ce n'estoit sinon après la prinse de la Rochelle, et que, si la Rochelle n'estoit prinse, l'on ne luy offroit rien, ou bien que, puis après, l'on se mocqueroit, possible, d'elle, mais qu'elle considéroit bien que cella estoit plus procédé de l'affection que Voz Majestez avoient à la réduction de ceste place, que non pour mettre, de vostre part, aulcung retardement au propos.