Ce VIIIe jour de may 1573.

L'on a escript en ceste court qu'il a esté faict de rechef un grand massacre de ceulx de la nouvelle religion à Chasteaudun, de quoy les souspeçons renouvellent aulx Angloys que la conjuration, de les exterminer toutz, soit vraye, si, d'avanture, ilz n'entendent que Vostre majesté en face fère quelque punition.

Je viens d'avoyr relation comme, depuis cinq ou six jours, dix jeunes gentilshommes escouçoys ont esté mandés ostages en Angleterre pour douze pièces d'artillerye, et pour les monitions que ceste princesse a prestées au prétendu régent et aulx Estatz d'Escoce, et que troys compagnies d'angloys, de trois centz hommes chacune, les sont allez conduyre par dellà, et que desjà l'on besoigne à une platte forme pour assoyr la dicte artillerye contre le chasteau de Lillebourg.

CCCXVIIe DÉPESCHE

—du XIIe jour de may 1573.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par Pierre Combes.)

Retour de Walsingham en Angleterre.—Conférence de l'ambassadeur avec Burleigh.—Offre de la médiation de l'Angleterre et des princes protestans d'Allemagne pour rétablir la paix en France.—Nouvelles d'Écosse.—Rupture de la négociation tendant à la capitulation de Lislebourg.

Au Roy.

Sire, le jour de la Panthecoste, le Sr de Walsingam est arrivé devers la Royne, sa Mestresse, à Grenvich, où elle et ses deux principaulx conseillers l'ont fort curieusement examiné, deux jours durant, à part, des choses de France, et puis ont mandé le reste du conseil pour l'ouyr aujourdhuy davantage; dont ne fault doubter que, du rapport qu'il fera, bon ou maulvais, n'ayt à dépendre ce qu'avez à espérer, de bien ou de mal, de ce costé. Et, de tant que milord trézorier m'a librement dict que, lors du premier congé du dict Sr de Walsingam, il s'en venoit persuadé que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, estiez plus animés que jamays contre voz subjectz de la nouvelle religion, et entièrement résolus à la ruyne des Protestantz, et que vous, ny elle, ne vouliez nullement le mariage de Monseigneur le Duc avec leur Mestresse, il ne fault doubter que, si ne l'avez, ceste segonde foys, renvoyé mieulx édiffié de voz bonnes intentions, qu'en lieu d'allience et confédération avec les Angloys, Vostre Majesté n'ayt à les compter pour ceulx qui ouvertement, ou soubz mein, seront ordinayrement en armes contre la France. Milord trézorier m'a fort conjuré de vouloir bien penser de la sincère volonté de la Royne, sa Mestresse, vers Vostre Majesté et vers la Royne, vostre mère, et pareillement de celle de luy vers l'entretènement de tout le traicté, mais qu'il n'estoit pas possible que la dicte Dame ni luy, avec toute l'ayde qu'il luy sçauroit fère, peussent surmonter l'universel consens, dont le conseil et toute la noblesse d'Angleterre convenoient à se bander contre les dellibérations de Voz Majestez Très Chrestiennes, en ce que vouliez poursuyvre à oultrance l'oppression de la religion protestante, et exterminer ceulx de voz subjectz qui en faysoient profession; et que, de tant qu'il me pouvoit fère clèrement voyr, s'il vouloit, mais vous l'expérimantiez assez, que l'entreprinse ne vous estoit nullement aysée, il vous vouloit, pour le debvoir de la ligue, très humblement supplier de ne vous y opiniastrer tant, que la Royne, sa Mestresse, et les princes protestantz fussent, à la fin, contreinctz de vous monstrer que vostre entreprinse ne leur seroit tollérable; et que s'il vous plésoit fère deviser avec elle, ou avec quelqu'ung des dictz princes, de remettre la paciffication en vostre royaulme, qu'il estoit très assuré qu'ilz seroient moyen qu'avec une bonne parolle, et avec quelque démonstration de clémence, Vostre Majesté regaigneroit plus d'authorité sur ses subjectz et recouvreroit mieulx l'obéyssance qu'ilz luy doibvent, et se soubsmettroient plus facillement à Monsieur que si vous y employez toutes les forces, et tout l'estat de vostre couronne; et qu'il desiroit grandement que la Royne, vostre mère, voulût prendre cest affère en sa mein.

Je l'ay bien fort remercyé de la bonne affection qu'il avoit à la paix de vostre royaulme; mais je luy ay dict, sans toutesfoys rejetter son conseil, qu'il ne deffailloit ny bonnes parolles ny clémence de la part de Vostre Majesté, ny le bon office de la Royne, vostre mère, et de Messeigneurs voz frères, et aultres grandz princes de vostre royaulme, pour la réduction de voz subjectz, mais c'estoit l'habitude que quelques ungs s'estoit faicte, depuis douze ans en çà, de reprendre trop facillement les armes, qui rendoit tout le reste opiniastre: et n'ay point suivy plus avant.