Audience.—Retraite du comte de Montgommery de devant la Rochelle.—Déclaration du roi touchant les affaires d'Écosse.—Consentement donné par le roi à l'entrevue avec le duc d'Alençon, qui desire passer en Angleterre après la réduction de la Rochelle.—Explications données par la reine sur sa conduite à l'égard de l'Écosse.—Satisfaction qu'elle éprouve de la résolution prise par le duc d'Alençon.—Nouvelle de la prise de Belle-Isle par le comte de Montgommery.

Au Roy.

Sire, si je n'eusse bien assuré à la Royne d'Angleterre que Vostre Majesté n'avoit contremandé son ambassadeur que pour davantage l'esclarcyr, premier qu'il repassât la mer, de tout ce qu'aviez à desmeller avecques elle, affin que, quand il seroit par deçà, il la peût parfaictement assurer de l'indubitable volonté de Voz Majestez Très Chrestiennes vers l'observance du traicté, et du desir qu'avez, plus grand que jamays, que le bon propos d'entre elle et Monseigneur le Duc s'effectue, elle eût facillement creu que ce n'estoit pour une si gracieuse occasion comme celle là qu'il eût esté arresté; et n'en a peu perdre du tout le doubte jusques à ce que le Sr de Vassal est arrivé, le premier de ce moys, avec vostre dépesche, du XXVIe du passé, et l'homme du dict sieur ambassadeur, troys jours après, avec celle du XXIXe.

Sur lesquelles deux je suis allé dire à la dicte Dame que Vostre Majesté sçavoit ung bien fort bon gré à son dict ambassadeur de ce qu'il n'avoit refuzé la peyne de retourner tout incontinent et bien fort volontiers vers vous, et qu'il ne tarderoit guyères d'estre devers elle, et de luy apporter beaucoup de satisfaction des choses que luy aviez déduictes en ceste dernière conférance; de sorte qu'elle cognoistroit n'y avoyr princes en toute la Chrestienté, qui eussent mieulx mérité de l'amityé d'elle que Vostre Majesté, la Royne, vostre mère, et Messeigneurs voz deux frères, et qu'il ne se pourroit imaginer nul plus grand, ny plus énorme péché, que de la fère mal espérer de la vostre, et de l'induyre à permettre quelque effect qui vous peût offancer; et que cependant me commandiez de luy racompter ce qui avoit succédé de l'exploit du comte de Montgommery devant la Rochelle, et comme, par l'espace de deux jours, qu'il s'estoit tenu devant la ville, il avoit faict son effort de mettre du secours dedans, et d'atacher quelque combat de mer, mais, voyant que la prévoyance et pourvoyance de Monsieur avoient remédyé à son entreprinse, il s'estoit, l'aultre jour après, envyron la marée de minuit, getté au large, et avoit reprins la mesmes route qu'il estoit venu; et qu'aussytost que Vostre Majesté avoit sceu son départ, vous aviez mandé aulx gouverneurs de voz provinces que, nonobstant que des vaysseaulx et des enseignes d'Angleterre eussent été veues avecques luy, qu'on ne layssât pourtant de bien recepvoyr partout les Angloys, parce que vous demeuriez persuadé qu'elle n'avoit eu intelligence du faict du dict de Montgommery, ny n'avoit aulcune male volonté contre vous, ny contre voz subjectz; et la suplioys que, pour ce tant singullier tesmoignage de vostre bienvueillance vers elle, elle voulût, après cest acte d'hostillité du dict de Montgommery, juger ainsy de luy comme d'ung qui s'estoit efforcé de se déclarer ennemy et rebelle de Vostre Majesté; et que, de tant qu'il estoit allé contre le traicté de la ligue, et contre la seureté qu'elle avoit prins de luy qu'il n'y feroit poinct de préjudice, qu'elle voulût contremander ceulx de ses subjectz qu'il avoit avecques luy, et fère retirer les vaysseaulx angloys qu'il avoit à sa suyte, et deffandre que nulz aultres, dorsenavant, eussent à favorizer ses entreprinses;

Et que Vostre Majesté me commandoit qu'avec ceste instance, je luy continuasse aussy celle que je luy avoys desjà par plusieurs fois faicte des choses d'Escoce, de vouloir la dicte Dame procéder, conjoinctement avec Vostre Majesté, à procurer la paix du dict pays sellon le traicté; et que, de tant que j'estois seurement adverty que, contre la teneur d'icelluy, elle avoit faict marcher son artillerye et ses gens de guerre, par dellà, pour forcer le chasteau de Lislebourg, je luy voulois renouveller ma précédante protestation de l'infraction du dict traicté, et la supplier qu'elle voulût fère cesser son exploit de guerre; néantmoins que je luy offrois, si elle vouloit s'esclarcyr avec vous de tout ce qu'elle pouvoit estre en deffiance du dict costé d'Escoce, que vous seriez prest de le fère avec tant d'advantage pour elle, et repos de ses subjectz, qu'elle et eulx n'en pourroient rester sinon bien fort contantz; et pourtant qu'elle voulût fère donner passeport au Sr de Vérac pour continuer son voyage, ou bien pour s'en retourner, esconduict, devers Vostre Majesté.

La dicte Dame, considérant l'honnesteté du dict propos, conjoincte avec beaucoup de rayson, m'a respondu que Vostre Majesté, en ce que je luy avoys dict, luy faysoit toucher aulcuns poinctz qui estoient si honnorables pour elle, qu'elle ne vouloit fallir de bien fort grandement vous en remercyer, et se louer encores davantage de ce que, oultre les parolles, vous y adjouxtiez encore les effectz; qui vous prioit aussy de croyre, de sa part, que, touchant le comte de Montgommery, elle n'avoit esté aulcunement participante de ses dellibérations, et que son exploict, ainsy que Monsieur l'avoit bien esprouvé, ne procédoit d'une force royalle: et, touchant l'Escoce, qu'encores qu'elle eût presté de l'artillerye aulx seigneurs et Estats du pays, auxquelz, par rayson, elle ne l'avoit peu dénier, et eût faict marcher quelques gens pour la conduire; que néantmoins ce n'estoit pour y acquérir ung poulce de terre, ny pour y atempter rien contre le traicté, ny à la diminution de l'allience de France, et qu'elle me déclaroit que, à tout ce qui dépendoit de vostre mutuelle amityé, et qui concernoit la grandeur et réputation de Vostre Majesté, elle y vouloit moins préjudicier qu'à sa propre vye, et que, des instances que je luy avois sur ce faictes, elle en communicqueroit avec ceulx de son conseil pour, puis après, m'y satisfère.

Je luy ay, de rechef, agravé mes dictes instances, le plus que j'ay peu, et luy ay monstré combien elles estoient raysonnables et justes, et combien c'estoit chose elloignée de bonne foy que, pendant qu'elle vous faysoit entretenir de bonnes parolles, et qu'elle retardoit icy soubz quelque excuse le Sr de Vérac, elle permît que, en faveur du comte de Montgommery, du costé de France, et du comte de Morthon, du costé d'Escoce, ung si grand et si royal amy, comme vous luy estiez, fût offancé, qui espérois qu'elle y auroit du regrect davantage, après qu'elle auroit ouy ce qui me restoit à luy dire de vostre part:

C'estoit que Monseigneur le Duc, ayant envoyé remercyer Vostre Majesté de la communicquation que luy aviez voulu fère de la responce de la dicte Dame sur son faict, après l'avoyr bien considérée, et considéré le propos qui en avoit esté entre la Royne, vostre mère, et le Sr de Walsingam, et veu la lettre qu'elle luy avoit escripte à luy mesmes à la Rochelle par le Sr de Chasteauneuf, et entendu les honnorables rapportz que le dict Sr de Chasteauneuf luy avoit faictz de ce qu'il avoit veu et ouy en présence de la dicte Dame, il vous avoit fort honnorablement supplyé, et pareillement la Royne, vostre mère, par lettre de sa mein, du propre jour de la retraicte du comte de Montgommery, qu'il vous pleût ne luy tenir si restreinct le hault desir qui l'avoit faict aspirer aulx excellantes perfections de la dicte Dame, que luy en volussiez maintenant retrancher l'espérance; et que pourtant luy voulussiez permettre qu'il peût, incontinent après la réduction de la Rochelle, luy venyr bayser les meins, s'assurant qu'elle ne luy dénieroit ce qui seroit raysonnable de l'exercice de sa religion; et que, de sa part, il luy feroit cognoistre par luy mesmes, mieulx qu'il ne le pourroit fère par un tiers, ny par ses propres lettres, combien il avoit voué d'affection et de vray amour et de servitude à ses bonnes grâces: et que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, qui estiez très disposés vers elle et vers la perfection de ce propos, luy aviez entièrement accordé sa requeste; et me commandiez de luy dire qu'incontinent que la Rochelle seroit prinse, vous permettriez à ce jeune prince d'accomplir le vertueux et royal desir qu'il avoit de la venir voyr, et que Voz Majestez Très Chrestiennes la prioient de le recevoir pour ung éternel gage de vostre perdurable amityé vers elle, et de la perpétuelle confédération d'entre voz deux couronnes, ainsy qu'elle en trouveroit l'offre plus expresse par deux lettres que j'avoys à luy présenter de la Royne, vostre mère, et de luy; et que je la supliois de vouloir penser meintenant de sa seureté, affin qu'il fût aussy favorablement receu de ses subjectz, et en son royaulme, comme je m'assurois qu'il le seroit très honnorablement d'elle et des siens en sa court.

La dicte Dame, d'ung visage contant et d'une façon bien modeste, m'a respondu qu'elle remercyoit infinyement Vostre Majesté de la perdurable et constante bonne volonté qu'aviez vers elle, et pareillement Monseigneur le Duc, qui l'obligeoit beaucoup plus qu'elle n'auroit jamays moyen de luy satisfère; mais elle remercyoit davantage la Royne, vostre mère, comme luy ayant plus d'obligation qu'à toutz deux, parce que, nonobstant qu'elle eût estimé l'entrevue pleine de danger et peu advantageuse pour son filz, elle avoit néantmoins condescendu qu'il y vînt; et que le plus mortel regret qu'elle pourroit avoyr au monde seroit si, ne se faysant poinct le mariage, il advenoit que Vostre Majesté et elle, et vostre frère, en restissiez mal contantz; dont n'estoit de merveille si elle se trouvoit en peyne. Et, après avoyr fort curieusement leue la lettre de la Royne, vostre mère, sans en perdre ung seul mot, elle m'a demandé si, depuis ceste vostre résolution, son ambassadeur avoit poinct eu conférance avec Voz Majestez. Et luy ayant dict que ouy, elle m'a prié trouver bon qu'elle peût attandre quelque jour, affin que, sur ce qu'elle entendroit de luy, elle sceût mieulx prendre l'expédiant qui luy seroit nécessayre. Je n'ay rien pressé davantage; ains, après luy avoir encores tenu quelques gracieux propos sur la lettre de Monseigneur le Duc, je me suis licencié d'elle.

Il n'y avoit lors, Sire, en ceste court aulcunes nouvelles de la retrette du comte de Montgommery, sinon celles que j'avoys apportées, ny ne sçavoit on qu'il estoit devenu, mays, hier au soyr, arrivèrent deux des siens, l'ung qui dict luy avoyr esté envoyé de la Rochelle, pendant qu'il estoit à l'ancre devant la ville, et l'aultre se nomme le cappitaine Ber, lesquelz racomptent les choses non guyères aultrement que Vostre Majesté me les a escriptes; mais ilz adjouxtent que le dict de Montgommery est descendu depuis à Belle Isle, et que, le XXVIIIe du passé, il a prins par composition le chasteau, et qu'il dellibère de fortiffier toutz les portz et advenues du lieu, et que certeins navyres, qu'il avoit envoyé vers la coste d'Hespaigne, luy avoient desjà ramené deux ou trois prinses qui valoient plus de cinquante mille escus, et que bientost le Sr de Languillier viendroit icy affin solliciter de rechef ung plus notable et plus grand secours que le premier pour la Rochelle. Sur ce, etc.