Madame, je n'allay jamais avec plus d'ayse, ny avec plus de parfaicte affection, porter aulcune nouvelle, en part du monde, que je feys, hier, à ceste princesse, celle de l'élection qu'ont faict les Estatz de Pouloigne de Monsieur, vostre filz, pour leur Roy, et vous prometz, Madame, que j'ay miz peyne de fère voyr à la dicte Dame combien il plaist à Dieu de bénire voz enfans; qui les ayantz faictz princes très royaulx d'extraction, les faict encores devenir Roys par élection, et qu'elle pouvoit cognoistre par là combien elle confirmeroit son vouloir avec celluy de Dieu, de fère aussy élection de Monseigneur le Duc, vostre troysiesme filz, pour la venir accompaigner à ceste couronne.
Elle a monstré de réputer ceste nouvelle pour la plus grande et la plus honnorable pour le Roy, et la plus comble de félicité pour Vostre Majesté, et la plus pleyne d'esplandeur et de gloyre pour Monsieur, et encores la plus heureuse pour la France, que nulle aultre qui fût advenue, depuis que le royaulme est estably; et m'a dict que, oultre la part que luy aviez faicte de vostre joye, elle en prenoit ugne aultre en elle mesmes de celle qu'elle imaginoit estre si accomplye en vous, qu'elle surabondoit beaucoup pour elle, et pour toutz ceulx qui, comme elle, aymoient et honnoroient parfaictement Vostre Majesté.
Et, bien qu'elle m'ayt faict, là dessus, quelques assez curieuses demandes, et m'ayt tenu des propos assez remis et froidz, touchant l'aultre faict de Monseigneur le Duc, si m'a elle dict que ceste nouvelle élection de Monsieur vous debvoit fère espérer l'accomplissement du reste de la prophétie, qu'on vous avoit donnée, que vous verriez toutz voz enfans Roys, et que mesmes ce ne seroit sellon la maulvayse interprétation que aulcuns en faysoient, que cella se debvoit entendre de la mesmes couronne de France, l'ung après l'aultre, car Dieu feroit que vous les verriez toutz troys, à la foys, roys de troys grandz royaumes, et a monstré la dicte Dame de fouyr d'un costé, et de se fère poursuyvre par ung aultre, sur le dict propos de Monseigneur le Duc. Dont est besoing, Madame, de la fère parler, ceste foys, si cler qu'il n'y puisse rester aulcune particulle d'ambiguyté. Et je trouve, Madame, que surtout il est expédiant que le comte de Lestre soit promptement gratiffié de quelque honneste présant, et pareillement milord trézorier, et toutz deux entretenuz de quelques gracieuses lettres de la mein de Vostre Majesté et de Monseigneur le Duc. Car l'on s'esforce, à grand pris, de les attirer à ung aultre party fort contrayre au vostre, et ne pourra ce qu'employerez en cest endroict estre perdu, car aulmoins retiendront ceulx cy ceste princesse, et ce royaulme, tousjours à vostre intelligence pour cepandant conduyre voz affères ailleurs. Sur ce, etc. Ce IIIe jour de juing 1573.
CCCXXIe DÉPESCHE
—du VIe jour de juing 1573.—
(Envoyée exprès jusques à la court par Joz, mon secrétère.)
Conseil tenu en Angleterre à l'occasion de l'élection du roi de Pologne.—Sollicitations de nouveaux secours pour le comte de Montgommery et la Rochelle.—Certitude de la reddition de Lislebourg.—Communication secrète faite au roi par le prince d'Orange.
Au Roy.
Sire, après avoyr, dimenche dernier, notiffié à la Royne d'Angleterre l'heureuse élection du Roy de Pouloigne, vostre frère, toutz ceulx de son conseil se sont, le lundy et mardy, assemblés à Grenvich pour prendre, sur ceste grande nouvelle, nouvelles résolutions ez choses de France; qui ne sçay encores quelles elles sont. Il est vray que s'estantz lors les amys du comte de Montgommery présentés, avec plus d'instance que jamays, pour luy impétrer ung nouveau renfort, ou quelques nouvelles provisions, ilz n'ont pas esté tant esconduictz des dictz du conseil comme ilz ont esté reboutés de la dicte Dame.
J'ay sceu aussy, Sire, qu'après le dict conseil à Grenvich, un party de cent mille escus a esté conclud et arresté en ceste ville, pour en estre faict le payement, par tout ce moys de juing, à Noremberg, Hambourg et Couloigne, mais la pluspart à Noremberg, au mandement du duc de Cazimir ou du duc Christofle son frère, (dont vous plaira, Sire, fère prendre garde en Allemaigne;) et que, d'aultre costé, l'on a ordonné que le comte d'Essex, avec troys ou quatre mille angloys, et bonne provision d'argent et de monitions, passera en Irlande pour réprimer les saulvages qui commancent de rechef à tumultuer.