L'on a aussi dépesché en Escoce pour advertyr le Sr de Quillegreu que, commant que ce soit, il y ayt à mettre l'accord; mais cepandant est arrivé l'advertissement comme le chasteau de Lillebourg est rendu au jeune Roy, bien qu'on ne publie encores à quelles condicions: dont je creins qu'il y ayt couru de l'argent, et que, pour la réputation, l'on a voulu que le canon ayt tiré, premier que parler de se rendre.

Le Sr de Lumbres, en venant de Hollande, a esté prins sur mer par des pirates angloys, qui ne le cognoissoient poinct, et l'ont descendu par deçà. Il doibt aller trouver demein ceste princesse à Grenvich; et aujourdhui, bon matin, il a mandé secrettement quérir ung de mes plus confidans gentilshommes pour me communiquer chose qui importoit à vostre service, dont luy ay envoyé le Sr de Vassal; et il m'a mandé qu'il estoit dépesché vers Vostre Majesté par le prince d'Orange son mestre, et qu'il me prioit de vouloir envoyer quérir en dilligence son passeport par ung des miens, à qui il commettroit son pacquet pour luy passer la mer avec ung de ses gens qui l'yroit attandre à Abbeville, parce qu'on avoit aulcunement icy suspecte sa venue. Sur ce, etc. Ce VIe jour de juing 1573.

CCCXXIIe DÉPESCHE

—du IXe jour de juing 1573.—

(Envoyée à la court par le Sr de Vérac.)

Départ de Mr de Vérac pour retourner en France.—Son audience de congé.—Ses plaintes de n'avoir pu se rendre en Écosse.—Excuses données par la reine.—Ses protestations qu'elle n'a voulu porter aucune atteinte au traité.—Favorable disposition d'Élisabeth sur la négociation du mariage.

Au Roy.

Sire, n'ayant esté possible au Sr de Vérac, en façon du monde, de passer en Escoce, par l'empeschement que le comte de Morthon, ou bien ceulx cy, et, par advanture, eulx et luy tout ensemble, luy ont faict, il va retrouver maintenant Vostre Majesté pour luy compter le succès de son voyage, et comme (sur la pleincte que j'ay faicte à la Royne d'Angleterre que, ayant le dict Sr de Vérac couru tout ce royaulme, et veu les bords de celluy d'Escoce, il s'en retournoit sans s'estre apperceu que, en l'ung ny en l'aultre, luy eut esté uzé ce qui se debvoit à l'allience ancienne, ny ce qui s'espéroit de la rescente confédération avec Vostre Majesté,) la dicte Dame s'en est non petitement troublée. Laquelle a incontinent appelé ceulx de son conseil, en présence du dict Sr Vérac, pour se plaindre bien fort aygrement à eulx de ceste faulte, et a monstré, avec parolles et visage plein de courroux, qu'elle vouloit bien fort en demeurer excusée vers Vostre Majesté; et, m'ayant tiré à part, m'a juré que son intention avoit esté que le dict Sr de Vérac passât, ou bien, si le comte de Morthon ne le vouloit aulcunement permettre de luy, que ce fût aulmoins le Sr de Sabran; et que, quand il playroit à Vostre Majesté d'y envoyer quelqu'ung, elle offroit, dez à présent, le passage sans aulcune difficulté; et que, quand à ce qui estoit advenu du chasteau de Lillebourg, elle vous envoyeroit ung gentilhomme exprès pour vous en donner si bon compte, que Vostre Majesté cognoistroit qu'elle n'y avoit procédé sinon jouxte le traicté, pour ayder à réduyre a l'obéyssance du jeune Prince, son nepveu, ceulx qui tenoient fort dans le dict chasteau, et garder qu'ilz ne nuysissent à elle, sans y avoyr rien retenu en sa puissance, ny rien altéré de l'ancienne allience que Vostre Majesté a avec les Escouçoys.

A quoy je luy ay respondu que le dict Sr de Vérac ne pouvoit fère qu'il ne vous racomptât au long ce qui luy estoit advenu, et ce qu'il avoit apprins en son voyage, et qu'à Vostre Majesté, puis après, seroit de juger si les articles du traicté avoient esté bien guardés, ou non, en ceste entreprinse d'Escoce; car, puisque j'étois l'un de ceulx, qui avoient été présentz, quand elle avoit levé la mein à Dieu pour les jurer, je ne voulois mal juger de sa conscience, ains voulois laysser ce propos pour luy fère entendre ce que Vostre Majesté me commandoit de luy dire de celluy de l'entrevue. Et ainsy ay passé à luy réciter, par le menu, tout le contenu de vostre lettre du XXXe du passé; et lui ay baillé celle que la Royne, vostre mère, luy escripvoit; qui me semble, Sire, qu'après qu'elle l'a eue leue fort distinctement, et qu'elle a eu fort bien prins les raysons que je luy ay déduictes, et celles que, sur les siennes, je luy ay réplicquées, elle est demeurée mieulx disposée vers l'entrevue et vers le mariage, que je ne l'y avoys vue de longtemps, et m'a promis de vous y mander bientost une si bonne responce, qu'elle espéroit qu'elle vous contanteroit.

Or, Sire, le Sr de Vérac vous comptera en quoy en restent les choses, et qu'est ce qu'avons entendu de la capitulation du dict chasteau de Lillebourg, et du malcontantement qu'en ont eu les principaulx seigneurs d'Escoce, qui se sont départis, à ceste occasion, la pluspart, d'avec le dict Morthon, et ce qui nous semble qui pourroit estre maintenant uzé par dellà pour vostre service, ensemble d'aulcuns propos que j'ay esté d'advis qui fussent suivys avec ceulx de la Rochelle, qui sont icy. Sur ce, etc. Ce IXe jour de juing 1573.