CCLXe DÉPESCHE

—du premier jour de juillet 1572.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne.)

État de la négociation de MMrs de Montmorenci et de Foix.—Plaintes de Marie Stuart.—Nouvelles des révoltés de Flessingue.—Riches présens faits à MMrs de Montmorenci et de Foix.—Explication sur la négociation du mariage du duc d'Anjou.

Au Roy.

Sire, de tout ce qui s'est négocié, icy, pendant que Mr de Montmorency et Mr de Foix y ont esté, et combien avant, eulx et moy, y sommes allés, et où nous en sommes demeurés, je laisse à eulx de le vous particullariser par le menu; et vous diray seulement, Sire, que ce que la présence d'ung seigneur de grande qualité, qui a la réputation d'estre fort entier et véritable, et plein de toute sorte d'honneur et de vertu, peult en cella, Mr de Montmorency l'y a tout aporté; et ce que les sages advertissementz, et prudentes considérations, et vifves remonstrances pleines de rayson, y ont peu donner d'efficace, Mr de Foix l'y a fort abondamment et fort dignement presté. Et je n'ay obmis, de ma part, rien de ce que je y ay peu aporter de ma dilligence, y ayans, toutz troys, fort soigneusement observé le temps, et l'ayant faict observer par ceulx d'icy qu'avons cognu y avoir bonne intention; de sorte que rien n'y a esté précipité, ny aussy rien délayssé. Et croy bien, Sire, quand à l'acte de confirmation et sèrement du traicté, et à donner impression à ceste princesse de vous demeurer perpétuellement confédérée, qu'il ne se peut desirer rien de plus, ny de mieulx, de ce qui en a esté faict.

Et, au regard du propos de Monseigneur le Duc, ceste princesse l'a prins de fort bonne part, et a fort grandement remercyé Voz Majestez qui le luy présentiés, et a fort honnorablement parlé de luy qui se offroit à elle. Ses conseillers l'ont générallement approuvé, et ont réduict toutes les difficultés à deux seules, qui sont de l'aage et de la religion; et encores, si la première se peult vaincre, que la seconde se modèrera. Sur quoy a esté prins le dellay d'un moys pour y faire une résolue responce, laquelle dépend assez du raport que feront ceulx qui retournent de France; lesquelz, pour ceste occasion, je me resjouys infinyement que Vostre Majesté les ayt renvoyez ainsy bien contantz, comme elle le nous escript, du XXIIIe et XXVe du passé.

Et, quant aux aultres poinctz, concernant les deux lettres que ceste princesse vous debvoit escripre: l'une, de sa mein, pour l'expression de la cause de la religion au traicté, et l'aultre de l'interprétation du XXVIe article; pareillement de la paix d'Escoce; et du transport du commerce d'Angleterre en vostre royaulme; il a été satisfaict au premier, et Mr de Montmorency en a emporté la lettre: laquelle, ainsy qu'elle est, a esté dressée par ceste princesse, qui estime estre en meilleure forme que l'aultre que milord de Burgley luy avoit minituée, dont nous a en faillu contanter.

Et le segond a esté tant débatu qu'il a esté remis d'ouyr là dessus Me Smith, après qu'il sera arrivé, premier que d'en dépescher nulle lettre.

Pour le troysiesme, il sera promptement envoyé une déclaration en Escoce, contenant que résolution a esté prinse entre ceste princesse et nous, voz depputés, d'admonester les deux partys, qui sont par dellà, de faire commancer que soyt une vraye et seure abstinence d'armes affin de traicter des moyens d'accord entre eulx; et, s'il y a quelque différend sur les condicions de la dicte abstinence, qu'ilz se raporteront à ce que les deux ambassadeurs, qui sont devers eulx, en ordonneront.