Le quatriesme, qui est du commerce, demeure à estre traité, icy, à loysir, par les marchandz de ceste ville avecques moy, dans les quatre moys du dellay, qui a esté préfix à cella.

Et, oultre ce dessus, Mr de Montmorency et Mr de Foix ont proposé aulcunes choses honnorables, de vostre part, pour la personne de la Royne d'Escoce, en quoy ilz n'ont esté du tout esconduictz; et mesmes ont heu permission de pouvoyr envoyer devers elle, dont ilz y ont dépesché le secrettère d'Ardoy. Elle m'a escript deux fort amples lettres, du Xe et XVe du moys passé, et m'a envoyé aultres deux lettres pour Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, et m'a prié de vous faire entendre le misérable estat, auquel elle et ses affères sont réduictz; dont, de tant que je ne le vous sçaurois mieulx représanter que par ses propres lettres, je les ay adjouxtées à ce pacquet, et loue infiniement le bon et vrayement royal office qu'avez faict pour elle vers ces seigneurs angloys, qui estoient par dellà, lequel servira grandement à ceste pouvre princesse.

Il semble que des nouvelles, qui viennent d'arriver de dellà la mer, que Flexingues a cuydé estre surprinse, et qu'on n'a tant de contantement du debvoir que les françoys, qui y sont, ont faict pour y résyster que des angloys. L'on prépare d'y envoyer, d'icy, quelque renfort d'hommes, et pensent aulcuns qu'enfin la Royne d'Angleterre prendra ceste ville là en sa protection. Je vous manderay, jour par jour, ce qui s'en entendra. Et, pour faire fin, je vous diray, Sire, que Mr de Montmorency et Mr de Foix, et toutz les seigneurs et gentilshommes françoys de leur compagnie, après avoir, l'espace de quinze jours, esté en toute magnificence et grandeur fort favorablement entretenus en festins, en bonnes chères, en diverses sortes de passe temps, sans laysser quasy une seule heure vuyde de plésir; et, ayant mon dict sieur de Montmorency, oultre le collier et l'habillement de l'ordre d'icy, et deux petites ordres et deux jarretières, fort belles et riches, que ceste princesse et le comte de Lestre luy a donné, esté gratiffié d'elle d'ung présent, d'envyron sept mille escuz en vaysselle d'argent doré, et d'un vase d'or fort beau; et Mr de Foix aussy d'un buffet d'environ douze cens escuz; et toutz deux, et encores aulcuns des aultres seigneurs, d'ung nombre de belles hacquenées et de dogues par le dict comte de Lestre; et estantz reconvoyez jusques à Douvres par le comte de Herfort avec cinq aultres milordz, ilz s'en sont retournés très contantz par dellà; et ont layssé ung semblable grand contantement d'eux à tout ce royaulme. Dont je prie Dieu que les effectz plus grandz puissent bientost suyvre ces honnestes démonstrations. Et sur ce, etc. Ce Ier jour de juillet 1572.

A la Royne

Madame, il suffira, s'il vous plaist, pour ceste foys, que je ne passe à choses plus expresses de la négociation, qui a esté faicte icy, pendant que Mr de Montmorency et Mr de Foix y ont séjourné, qu'ainsy que présentement je les metz générales en la lettre du Roy; m'assurant que Vostre Majesté aura plus de plésir d'en entendre la particullarité par eulx mesmes, que si je vous en faysois, icy, un récit à part. Seulement vous diray, Madame, que, pour le propos de Monseigneur le Duc, il a esté besoing de respondre à ung particulier escrupulle, que ceste princesse et les siens nous ont faict, du doubte, où l'on les a voulu mettre, que Vostre Majesté n'avoit jamais heu bonne inclination que Monsieur, vostre filz, l'espousât. En quoy, oultre les vrayes et indubitables occasions, que toutz troys avons alléguées à la dicte Dame pour la persuader au contraire, et, oultre celles que, de longtemps, je luy avoys représantées avec grand démonstration de vérité, comme, cy devant, je le vous ay escript, Mr de Montmorency luy a faict tant de particulliers comptes de ce qu'il avoit veu, sceu et ouy en cella, et l'a confirmé avec tant d'expression, et avec sèrement, que la dicte Dame en est demeurée très abondamment satisfaicte, et si bien édiffiée de la vraye et indubitable sincérité et droicte intention de Voz Majestez Très Chrestiennes, et de la dévotion et affection de Monsieur qu'elle en demeure du tout deschargée du mal qui luy en restoit sur le cueur; de sorte que, quand luy et Mr de Foix sont partis, elle a uzé de termes si honnorables de Voz dictes Majestez et de Monsieur, et encores de tant honnorables et bons de Monseigneur le Duc, que de meilleurs ny plus honnorables ne s'en pourroit tenir au monde. Je verray bientost, et le plus souvant que je pourray, la dicte Dame, et auray grand plésir que ce puisse estre avec l'occasion de voz lettres, en la forme et substance que Mr de Montmorency et Mr de Foix sçavent qu'il les faudra escripre; et qu'il y en ayt une fort expresse, de vostre mein, ou de celle du Roy, pour le comte de Lestre; et, jour par jour, je vous manderay tout ce que je pourray entendre et descouvrir en cella. Sur ce, etc. Ce Ier jour de juillet 1572.

CCLXIe DÉPESCHE

—du Ve jour de juillet 1572.—

(Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Sabran.)

Audience.—Négociation du mariage du duc d'Alençon.—Conversations intimes d'Élisabeth et de l'ambassadeur à ce sujet.—Espoir d'un meilleur traitement pour Marie Stuart.—Secours préparé à Londres pour Flessingue.—Nouvelles d'Écosse.—Conférence de l'ambassadeur avec Leicester et Burleigh sur le projet de mariage.—Desir que le duc d'Alençon passe en Angleterre.