—du VIe jour d'octobre 1573.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Anthoine de la Rue.)
Audience.—Cérémonies faites à Paris à l'occasion de l'élection du roi de Pologne.—État de la négociation du mariage.—Mission du capitaine Cauberon en Écosse.
Au Roy.
Sire, j'ay faict part à la Royne d'Angleterre, ainsy qu'il vous a pleu me le commander par vostre lettre, du XVe et XVIIe du passé, de tout l'ordre qui a esté tenu, dimanche, tréziesme du dict moys, en la proposition et présentation, que les ambassadeurs de Pouloigne ont publicquement faicte à Vostre Majesté, des décretz des Estatz de leur pays, sur l'élection de vostre frère, et la déclaration que, par le bon consentement de Vostre Majesté, le Roy, vostre frère, leur a faicte d'accepter d'estre leur roy; et de l'entrée magnificque et honnorable qui, le jour après, luy a esté faicte, comme à Roy de Pouloigne, en vostre ville de Paris, avec le royal festin le soyr, en vostre grande salle du pallays, ensemble le somptueux festin, du lendemein, par la Royne, vostre mère, à son pallays des Tuilleryes; et comme le tout a esté conduict avec tant d'honneur et de bon ordre, et de dignité, qu'on peut compter cest acte, ainsy achevé, pour ung des plus excellantz qu'on ayt jamays veu en France, et l'ung des plus notables que Dieu ayt faict advenir, de beaucoup de siècles au monde; et que Voz Majestez me commandoient d'en fère une expresse conjouyssance avec elle, comme avec celle que vous sçaviez qui vouloit participer, de bon cueur, aulx choses qui vous estoient et à honneur et à contantement.
A quoy la dicte Dame m'a respondu que, voyrement, elle participoit grandement à ceste vostre félicité, et à l'heur et bonne fortune du Roy de Pouloigne, vostre frère, et que Dieu ne permît pas qu'elle peût tant oublier le debvoir, auquel l'amityé, que luy avés tousjours monstrée, obligeoit la sienne entièrement vers vous, qu'elle ne se resjouyst de toutz les advantages et grandeurs qui vous advenoient, et qu'elle ne se douleût pareillement de ce qui ne vous viendroit bien, plus que nul aultre de toutz les princes de vostre allience; et que, de ces actes tant honnorables, qui s'estoient passez avec les ambassadeurs de Pouloigne, aulxquelz elle ne pouvoit qu'elle ne louât infinyement la royalle esplendeur et générosité de vostre cueur, et la singullière prudence de la Royne, vostre mère, et les desirables qualités du Roy, vostre frère, elle s'en estoit desjà beaucoup réjouye en elle mesmes; mais que sa joye en estoit devenue de beaucoup plus grande pour celle portion de la vostre que Voz Majestez luy en faisoient maintenant adjouxter, et qu'elle espéroit que, d' ung commancement et progrès si heureulx, qu'on avoit veu jusques icy es dicts affères de Pouloigne, la fin n'en pouvoit réuscyr sinon ainsy heureuze et honnorable, comme le desiriez, et comme elle en prioit Dieu, de bon cueur. Et m'a curieusement examiné de plusieurs particullaritez des dicts actes passez, et de ceulx d'advenir, et du voyage du Roy, vostre frère.
A quoy je luy ay satisfaict le mieulx que j'ay peu, et luy ay promis de luy bailler le mémoyre qui m'en sera envoyé par escript, aussytost que je l'auray receu, ce qu'elle m'a pryé de n'oublier pas. Et j'ay adjouxté que Vostre Majesté, et la Royne, vostre mère, me commandiez de luy dire que vous n'estiez meus de moins de desir, et n'aviez l'affection moindre au bon propos, que luy aviez faict refreschir par Mr le mareschal de Retz, que à ce mesmes affère de Pouloigne; et que c'estoit ce dont aujourdhuy vous desiriez l'accomplissement aultant de bon cueur, que de chose qui soit au monde, affin de la fère participante, comme vraye et germayne seur, non seulement de ceste nouvelle accession de Pouloigne, mais encores de toutes les aultres prospéritez et bonnes fortunes, que Dieu vous envoyera jamays.
A quoy elle m'a respondu que Vostre Majesté, et la Royne, vostre mère, luy aviez faict voyr si avant, dedans vostre intention, et dedans les bons et vertueux desirs qu'avez vers elle, qu'elle ne vouloit, en façon du monde, vous deffallir de correspondance, et que pourtant elle attandoit de sçavoyr ce qui auroit succédé, après le retour de Mr le mareschal de Retz par dellà, pour incontinent y envoyer ung gentilhomme, sellon l'ordre qu'elle en avoit pris avecques luy.
Et se sont passez plusieurs propos, qui seroient longs à mettre icy, entre elle et moy, là dessus; esquelz elle s'est efforcée d'excuser la longueur et les difficultez, que j'ay accusé procéder de son costé, et m'a assuré que Mr le mareschal avoit bien cognu qu'elles n'estoient ny légières ny vagues, et qu'il avoit assez comprins, sellon qu'il estoit bien expérimanté ez choses d'estat, que les dictes difficultez estoient fondées en grandes considérations; dont elle les vouloit réduyre à facillité, si elle pouvoit, affin de ne laysser venir aulcun dégoust ny une seulle apparance de malcontantement, cy après, à Voz Majestez et à Monseigneur, vostre frère, en ce faict, ou bien elle auroit une extrême regret de le laysser passer plus avant; et nous sommes remis, toutz deux, à ce qui nous en sera mandé par la procheyne dépesche de France.
Et, sur la fin, je luy ay faict une expécialle salutation, de la part de Monseigneur, vostre frère, laquelle elle a monstré d'avoyr fort agréable, et m'a soigneusement enquis de sa santé, et qu'elle n'avoit peu comprendre, par la lettre que Mr le mareschal luy avoit escripte, s'il estoit encores du tout parfaictement guéry; mais qu'elle avoit biens comprins d'aultres choses de ce qu'il luy avoit escript, qui l'obligeoient grandement vers mon dict sieur le mareschal, et la confirmoient en la bonne et grande oppinyon qu'elle avoit conceue de luy.