Les seigneurs de ce conseil, au partir d'elle, m'ont longuement entretenu de ce mesmes propos, et qu'ilz s'esbahyssoient comme il n'estoit venu aulcune dépesche, depuis l'arryvée de mon dict sieur le mareschal par dellà, et m'ont parlé aussy bien fort honnorablement des choses de Pouloigne; et mesmes a semblé que ce fût avec leur grand plésir d'entendre qu'elles succédoient ainsy, de bien en mieulx. Et ay trouvé que la dicte Dame et eulx estoient, en apparance, toutz bien contantz, sinon ung peu milord trézorier qui a prins plus à cueur, que ne font les aultres, certeins livres diffamatoires contre l'estat du gouvernement de ce royaulme, que ceulx de Rouen ont envoyé semer en ceste ville; de quoy a esté faict une proclamation fort rigoureuse contre ceulx qui apporteront, ny qui publieront, cy après, rien de semblable.

Le vieulx Cauberon a esté cependant renvoyé, avec une fort ample dépesche, devers le comte de Morthon, et croy que c'est sur ce nombre d'escossoys qui doibvent passer en Hollande, et sur des conséquences qu'on faict icy, de la blessure d'Adan Gordon, plus grandes, à mon advis, que le cas ne le requiert. Et sur ce, etc.

Ce VIe jour d'octobre 1573.

CCCXLIVe DÉPESCHE

—du XIIIIe jour d'octobre 1573.—

(Envoyée exprès jusques à la court par Jacques.)

Audience.—Réponse du roi sur la négociation du maréchal de Retz.—Satisfaction d'Élisabeth.—Sa résolution d'envoyer un ambassadeur en France pour cette négociation.

Au Roy.

Sire, parce que le courrier, qui m'a esté dépesché, le XXVIIe du passé, a esté contreinct de séjourner huict jours entiers à Callays, pour l'empeschement de la mer, (laquelle a bien esté la plus haulte, et pleyne de tourmante, qu'on l'ayt veue de fort longtemps, ayant apparu, tout au long de ces costes, force mastz et pièces de navyres rompus, et des corps mortz en grand nombre, signe de quelque grand naufrage advenu non guières loing d'icy), les lettres de Vostre Majesté, qu'il m'a apportées, ont esté retardées jusques au VIIIe du présent, non sans que j'aye bien senty qu'elles se faisoient aulcunement desirer en ceste court, et que les malintentionnés en commançoient desjà d'arguer quelque réfroydissement: ce qu'ilz eussent, possible, persuadé, si une lettre de Mr le mareschal de Retz ne fût auparavant arryvée à ceste princesse, laquelle l'a tousjours entretenue en bonne espérance. Et je vous puis assurer, Sire, que la dicte Dame a monstré de prendre maintenant à beaucoup de plésir les particullaritez, qu'il vous a pleu me commander de luy dire, de mercyement des faveurs et bon traictement, qu'elle avoit faictz à mon dict sieur le mareschal, et du desir que vous aviez de vous en revencher vers quelqu'ung des siens, qu'elle pourroit envoyer par dellà, de ceulx qu'elle ayme et estime beaucoup; et de la privée communicquation qu'elle vous avoit voulu fère par luy d'aulcunes de ses intentions, pareillement de vous avoyr, par luy mesmes, ouvert le fondz de son cueur; ensemble de l'assurance, qu'il vous avoit apportée, que non seulement elle persévèreroit constamment en vostre amityé, mais qu'elle estoit très bien disposée de l'estreindre et la rendre plus ferme par le mesmes moyen, dont vous la recherchiez, du propos de Monseigneur, frère de Vostre Majesté.

En quoy, Sire, seroit trop long de vous discourir tout ce que je luy ay déduict, par le menu, sinon vous assurer que je ne luy ay rien obmis du contenu de voz lettres; ny rien de ce que j'ay estimé qui pouvoit servir en cest endroict; mais il seroit encores beaucoup plus long de vous racompter, une à une, toutes les honnestes responces qu'elle m'y a faictes: car, en lieu de recevoir de voz mercyementz, elle s'est efforcée de vous en rendre infinys, de son costé, pour avoyr, Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, voulu prendre de si bonne part, comme elles ont, ce peu qu'elle a uzé de bon traictement vers Mr le mareschal, et ce qu'elle vous a mandé par luy. Et s'est ellargie à me discourir du contantement, que luy avez donné, de la forme de négocier qu'il a tenu avec elle, laquelle luy avoit esté singullièrement agréable, et de la foy que pouvez indubitablement adjouxter aulx choses qu'il vous avoit rapportées de sa part; lesquelles elle vous prioit que les voulussiez très fermement croyre.