Qui est en substance, Sire, tout ce que, pour ceste fois, j'ay peu recueillir des propos de la dicte Dame, bien qu'ilz ayent esté plus longs, et que je les aye tout exprès prolongés davantaige pour pouvoir remarquer quelque chose de son intention.
Au surplus, Sire, vous entendrés par Mr de Montmorency la parolle qu'il a obtenue d'elle pour la personne de la Royne d'Escoce. Luy et Mr de Foix ont faict beaucoup de dignes offices pour elle; et j'espère que celluy, que la Royne a faict en l'endroict des seigneurs angloys qui estoient par dellà, servira grandement à ceste pouvre princesse. J'ay suyvy icy, le plus doulcement que j'ay peu, les instances que toutz troys avions commancé d'en faire, en sorte que, grâces à Dieu, le parlement a esté remis jusques à la Toutz Sainctz, sans rien toucher au tiltre que la dicte Dame prétend à la succession de ce royaulme. Je sçauray encores mieulx comme la chose en demeure, et la vous manderay par le premier.
Il se prépare icy ung bon secours pour envoyer à Fleximgues, et semble qu'on vueille passer plus avant en l'entreprinse de Olande qu'on ne le pensoit du commancement. J'en apprandray, jour par jour, les particullarités. L'on est fort escandalisé du propos que le cappitaine Granges a tenu: que la ligue ne seroit pas de durée, et que Vostre Majesté luy avoit offert dix mille escus, s'il vouloit mettre le chasteau de Lillebourg entre voz mains. J'ay fort soubstenu qu'il ne pouvoit avoir dict une chose si faulce que cella. Nous sommes après à faire conjoinctement une dépesche au dict pays, et, encore que ne convenions encores du tout bien comme se fera, je croy qu'à la fin nous nous en accorderons. Sur ce, etc.
Ce Ve jour de juillet 1572.
A la Royne
Madame, après avoir heu avec la Royne d'Angleterre le long discours que trouverez en la lettre du Roy, j'ay parlé au comte de Lestre pour le confirmer en celle tant dévote affection qu'il a assuré Mr de Montmorency et Mr de Foix qu'il avoit à la confirmation du propos de Monseigneur le Duc, et il m'a monstré qu'il y estoit plus disposé que jamais. Et puis je me suis retiré, à part, avec milord de Burgley, soubz prétexte de traicter avec luy des choses d'Escoce, et luy ay récité tout ce qui s'estoit passé entre la Royne, sa Mestresse, et moy; lequel a loué grandement le propos, et encores plus loué l'advis que j'avois prins de monstrer la lettre de Monseigneur le Duc, vostre filz, à la dicte Dame, et luy mesme l'a trouvée très bien faicte, et la plus à propos du monde; et m'a dict que plusieurs doubtes avoient saysy la Royne, sa Mestresse, quant elle avoit veu qu'en tout le temps que le comte de Lincoln avoit demeuré en France, il n'avoit rien escript de ce propos par deçà, et qu'elle craignoit qu'il heût cognu de la froideur en Monseigneur le Duc, ou bien quelques desfaultz qu'il n'avoit ozé les mander; mais que, despuis, il avoit escript en si bonne et advantageuse sorte de luy, qu'elle en demeuroit la mieulx édiffiée du monde, et que je ferois bien d'advertir Mr de Montmorency et Mr de Foix, si le temps le portoit, qu'ilz instruisissent bien le dict sieur comte de Lincoln et Me Milmor aussi, quand ilz les rencontreront en chemin, sur tout ce qu'ilz auront à rapporter par deçà, sans toutesfois tromper leur Mestresse, et que je fisse aussy aller quelqu'ung au devant d'eux pour les bien disposer.
Sur quoy, Madame, mon dict sieur de Montmorency et Mr de Foix, avant partir d'icy, ont bien advisé de ce qu'ilz auroient à faire et dire, quand ilz rencontreroient les dicts sieurs comte Smith et Milmor, de sorte qu'il ne fault doubter qu'ilz n'y ayent abondamment satisfaict. Et j'ay donné ordre, icy, qu'aussitost qu'ilz aprocheront de cest court, milord de Boucaust et maistre Enich aillent au devant d'eux pour leur faire la bouche. Et encores le comte de Lestre me vient de mander qu'il les priera de faire bien leur debvoir, mais qu'il me vouloit bien assurer que Mr de Montmorency, ny Mr de Foix, ny moy, ny pareillement luy, ny milord de Burgley, ny tout le conseil d'Angleterre n'avoient tant advancé ce propos vers la Royne, comme avoit faict ceste petite lettre que je luy avois montrée au soyr; et que pourtant il me prioit de dépescher en dilligence vers Vostre Majesté pour faire que Mon dict Seigneur le Duc me vueille escripre une aultre bonne lettre, plaine d'affection, pour me recommander de m'emploier vifvement en cest affaire, et qu'elle soit pour estre monstrée à la dicte Dame; et encores, s'il luy sembloit bon, une aultre à luy mesmes, et encores une aultre à elle, car estimoit que cella ne luy pourroit de rien préjudicier, mais aulmoins une à moy, et qu'il ne creignît de dire que, si n'estoit la réputation du monde, et que Voz Majestez le luy voulussent permettre, il passeroit très volontiers par deçà pour la venir remercyer de la faveur qu'elle avoit porté au propos qu'on luy avoit tenu de luy, et pour se dédier et consacrer pour jamais à l'honneur, et service d'elle; car dict que surtout elle vouloit estre requise, et avoyr quelque cognoissance qu'elle fût aymée.
Je ne veulx, Madame, faire trop de fondement en ces démonstrations, car l'ordinayre instabilité de ceste court ne me le permet, mais, de tant que c'est chose qui n'est ny esloignée du propos ny malaysée à faire, j'ay estimé qu'il ne sera que bon de l'essayer. Le dict sieur comte ne déclare encores rien de son intention, touchant le party qui luy a esté proposé pour luy, et dict que, pourveu que le principal succède bien, il ne peut demeurer que trop bien pourveu par la bénéficence du Roy et de celle du segond Roy, voz enfans, et de celle de la Royne, sa Mestresse; par ainsy qu'il ne fault parler de son faict jusques après la conclusion de l'aultre. Tant y a qu'il desire avoir le pourtraict de madamoyselle de Montpensier, lequel il sçait bien qu'est en la mayson du comte Palatin; dont je vous suplie très humblement, Madame, l'en vouloir faire gratifier, et croyre que c'est ung poinct fort important. Sur ce, etc. Ce Ve jour de juillet 1572.