—du Xe jour de juillet 1572.—
(Envoyée exprès jusques à la court par Laurent.)
Retour du comte de Lincoln et de Me Smith.—Clôture du parlement.—Résolution concernant Marie Stuart.—Secours envoyés à Flessingue.—Fausse nouvelle d'une victoire remportée près de Mons par les Gueux.—Négociations du mariage.
Au Roy.
Sire, le VIIe de ce moys, Mr le comte de Lincoln et les milordz et gentilshommes, qui estoient passez en France avecques luy, et Me Smith sont arrivés en ce lieu, lesquelz, par le raport qu'ilz ont faict de leur voyage à la Royne d'Angleterre et aulx seigneurs de ce conseil, et à toute ceste court, j'entendz qu'ilz se sont bien fort louez de l'honneur, faveur et bonne chère qu'ilz ont receus par dellà, et que si, d'avanture, il y a heu quelque deffault, ou à Paris, ou par les chemins, que cella reste trop plus que suffisemment récompansé par l'abondance de bonne affection que Vostre Majesté monstre de porter à la Royne, leur Mestresse, et à toute ceste nation, et par la privaulté et courtoysie, et gracieuseté, dont il vous a pleu uzer en meintes sortes vers eulx; de façon qu'avec beaucoup de louenge, qu'ilz donnent à Voz Majestez Très Chrestiennes et à Messeigneurs voz frères, pour les excellantes et vertueuses qualitez qu'ilz ont remarquées en vous et en eulx, ilz protestent qu'après leur Mestresse, ilz vous sont plus serviteurs qu'à nul prince qui soit aujourd'huy en tout le reste du monde.
Le dict sieur comte de Lincoln, et Me Smith et Me Milmor font de très bons offices pour advancer le propos de Monseigneur le Duc, et parlent bien fort à l'advantage de luy, assurantz qu'il est d'une fort belle disposition, et qu'il a la taille belle et bien proportionnée, et est fort vigoureux et adroict, et, au reste, qu'il est si accomply, en toutes aultres bonnes et desirables condicions et qualités, qu'il n'y a que le seul accidant du visage qui luy face ung peu de tort. Icelluy sieur comte et Me Smith m'ont envoyé visiter, et m'ont mandé qu'ilz me viendroient voyr. Je mettray peyne de cognoistre d'eux à quoy il leur semble que incline l'affère, et de leur confirmer, par toutes les persuasions qu'il me sera possible, la bonne affection qu'ilz monstrent d'y avoyr.
Milord Sideney et meylady Sideney, sa femme, laquelle peut infinyement vers sa Mestresse, se sont soigneusement enquis si leur filz estoit bien veu en vostre court, et s'il aura l'honneur que le faciez gentilhomme de vostre chambre; dont je seray bien ayse, Sire, qu'il s'en puisse louer vers eulx, avant la fin de ce moys.
Le Sr de L'Espinasse est passé en Escoce, lequel j'ay mis peyne, avec quelques advertissementz de Mr David Chambres, de l'envoyer, le mieulx instruict que j'ay peu, vers Mr Du Croc, son beau père, sur toutz les affères de dellà, et n'ay obmis d'envoyer au dict Sr Du Croc, une segonde foys, le mesmes arresté, qu'il a, à mon advis, desjà receu par mes précédantes, des choses qu'on nous a accordées pendant que Mr de Montmorency et Mr de Foix ont esté icy.
Au surplus, Sire, le jour que la Royne d'Angleterre a esté clorre son parlement, après que milord Quiper a heu proposé assez briefvement pour elle en l'assemblée, elle a faict lire, tout hault, les déterminations du dict parlement qui se sont trouvées en nombre vingt et troys, desquelles elle a passées la pluspart; mais, quand est venu à celles qui touchent la Royne d'Escoce, elle a dict qu'elle y vouloit penser, parce qu'elles estoient de grande conséquence, priant ceulx de l'assemblée de croyre que ce n'estoit en la façon accoustumée par le passé, que, quand le prince remétoit d'y penser, c'estoit qu'il n'en vouloit rien faire; et qu'elle dellibéroit de pourvoir indubitablement à ces affères de la Royne d'Escoce, après qu'elle auroit bien et meurement consulté quand, et comment, et par quel ordre et façon, elle y debvroit procéder. De quoy les ecclésiastiques et les plus passionnés de la religion protestante sont restez fort malcontantz, car ilz pensoient avoir bien dressé leurs praticques pour rendre, à ce coup, désauthorée ceste pouvre princesse de la future succession de ceste couronne; mais je croy, Sire, que la Royne d'Angleterre se contantera de donner ordre que, durant sa vye, elle ne luy puisse rien quereller. Je loue Dieu que, parmy beaucoup de très grandz et très imminantz dangers, il préserve tousjours ceste princesse, et nous laysse espérer quelque chose de mieulx à l'advenir pour elle par la clémence et débonnaireté de sa cousine.
Ceulx de ce conseil se sont assemblés par plusieurs foys, et s'assemblent toutz les jours, sur les affères de Flandres. Je voy bien qu'ilz veulent ayder à bon esciant à ceulx de Fleximgues, et mettre pied en Zélande. Il est vray que leur agent en Hembourg leur escript que de bien fort grandes levées d'allemans sont prestes à marcher pour les deux partis, et qu'il creint que celles du prince d'Orange, par faulte d'argent, seront les dernières en campaigne, ou bien qu'elles s'arresteront du tout, et que l'espérance gist en deniers qui pourront provenir de ces marchandises, qui ont esté prinses à la venue du duc de Medina Celi. Tant y a qu'on n'a layssé d'envoyer pour cella d'icy, depuis deux jours, mille soldatz en fort bon équippage à Fleximgues, soubz la charge du cappitaine Gelibert, en sorte qu'il y a, à présent, près de deux mille angloys, et s'en apreste beaucoup plus grand nombre, sans commission toutesfois, ny sans aulcune apparante authorité de cette princesse, ny de son conseil.