Milord de Burgley m'a mandé que les marchandz de Londres ont commancé de parler avecques luy du commerce, et que bientost nous en pourrons traicter, et pareillement de l'esclarcissement du XXXVIe article, puisque Me Smith est arrivé. Mr de Montmorency et Mr de Foix m'ont faict tenir la dépesche, que Vostre Majesté avoit conjoinctement faicte à eulx et à moy, du XXVIIe du passé, sur laquelle j'yray trouver ceste princesse avant qu'elle entre en son progrès. Et sur ce, etc.

Ce Xe jour de juillet 1572.

Depuis ce dessus, est venu nouvelles que dom Fédéricque d'Alba et le Sr Chapin ont esté deffaictz près de Montz[2], ce qui eschauffe davantage ceulx cy à secourir ceux de Fleximgues.

A la Royne

Madame, j'ay grand regret que Mr de Montmorency et Mr de Foix n'ayent rencontré en chemin Mr le comte de Lincoln et sa compagnie, pour plusieurs bons effectz que leur conférance, partantz ainsy freschement, les ungs de ceste court, et les aultres de la vostre, eussent peu apporter au propos de Monseigneur le Duc vostre filz, mais l'incommodicté de la mer a empesché cella. J'ay mis peyne, avant que nul de ceulx qui sont retournés ayent parlé à ceste princesse, que les principaulx, comme est monsieur l'admiral, Me Smith et Me Milmor, ayent esté préocupés et préparés par ceulx qui ont singullière affection au dict propos; de sorte que, quand ilz sont venus à faire leur raport, il ne se peut desirer rien de mieulx que ce qu'ilz ont dict à la louenge de Mon dict Seigneur le Duc, n'obmettant rien de ce qu'ilz ont cognu de valeur, de vertu et de perfections en luy; mais, comme ilz ont parlé à la vérité de ces choses, ilz n'ont aussy rien dissimulé de l'inconvénient du visage; et quelques ungs, qui ne sont des troys, l'ont exagéré en façon que les mieulx disposez se sont teus. Dont milord de Burgley, lequel persévère constamment en l'affère, m'a mandé que, quand à luy, il ne cesseroit de monstrer que le party, de soy, estoit très honnorable et très utille, et encores desirable pour sa Mestresse et pour son royaulme; mais, quand au deffault de l'eage et inconvénient du visage, qu'il ne pouvoit, ny vouloit, en cella, la presser, et qu'à la vérité ce qu'on raportoit du visage estoit tel que luy, ny aultre, n'en ozeroit plus parler; et qu'il me prioit, sur ce que je luy mandois que cella seroit aysé à remédier, que, si je sçavois quelqung en ce royaulme qui en heût esté guéry par le mèdecin, qui en assuroit la guérison, que je le luy nommasse, et qu'il s'esforceroit d'en faire valoir la remonstrance aultant qu'il luy seroit possible.

J'ay mis peyne, Madame, de luy en faire nommer deux, dont l'ung est de ceste ville de Londres, et l'aultre est une dame du pays, laquelle est parante de la comtesse de Betfort. Et, à la vérité, le dict mèdecin, qui est personnage de grand sçavoir et de beaucoup d'expériance, ne met grand difficulté en cella, et dict que le remède n'est nullement malaysé, et si, est bien seur. J'ay faict tenir vostre lettre au comte de Lestre, avec confirmation de tout ce que j'ay estimé bien à propos pour luy pouvoir rendre indubitable la promesse de Voz Majestez, et l'assurer de la perpétuelle faveur de Monseigneur le Duc, et le semblable à milord de Burgley, en luy baillant la sienne; et ne se peut rien voyr de mieulx disposé en parolle et démonstration que l'ung, ny rien mieulx en effect que l'aultre. Et vous veulx bien dire aussy, Madame, que Monseigneur le Duc s'est acquis une très grande faveur en ce royaulme par la bonne réputation qui y court de luy, et pour s'estre faict remarquer en plusieurs vertueux et agréables déportemens aux angloix qui l'ont veu, et qui l'ont curieusement observé, pendant qu'ilz ont esté par dellà. Mais je considère bien que ceste princesse est facille à retourner à sa naturelle inclination de ne se marier point, pour la moindre difficulté qu'elle y trouve, et à l'habitude qu'elle a faicte, de longtemps, de vivre en grandeur et régner tantost quatorze ans heureusement sans mary. Et puis meylady Sideney est arrivée depuis six jours, et a tretté fort secrettement, et en privé, avec elle qui, pour estre dévote à l'Espaigne, et plus intime avec le comte de Lestre que nulle aultre seur qu'il ait, et le mène là où elle veult, nous l'avons tousjours plus souspeçonnée au premier propos, et la souspeçonnons en ce segond, plus que nulle aultre dame de ceste court; de sorte que ceulx, qui s'y entendent le mieulx, doubtent assez que la responce ne sera telle que nous la desirons, bien qu'il leur semble qu'il ne se doibt pour cella rien obmettre du debvoir et dilligence de Voz Majestez en cest endroict. Par ainsy, Madame, j'attandz ce que me manderez par le Sr de Sabran pour, tout incontinent et sans dellay ny excuse quelconque, très soigneusement et très fidellement l'accomplir. L'affaire va si secret que j'estime impossible de vous pouvoir faire rien entendre de la responce jusques à ce que par Mr de Montmorency, si elle est bonne, ou par le Sr de Walsingam, si elle n'est telle, ceste princesse la vous fera sçavoir au jour qu'elle a promis; dont je prierai Dieu cepandant de luy bien disposer le cueur. Sur ce, etc. Ce Xe jour de juillet 1572.

CCLXIIIe DÉPESCHE

—du XVe jour de juillet 1572.—

(Envoyée exprès jusques à la court par le Sr Derdey.)