A la Royne.

Madame, de tant que, par aulcunes de voz responces à Mr de Walsingam, la Royne, sa Mestresse, avoit prins opinion que Vostre Majesté n'estoit si affectionnée au bon propos, qui est maintenant en termes, comme elle l'eût pensé, et luy en estant le souspeçon aulcunement confirmé par quelques lettres, qui naguières avoient été surprinses, nous avons esté en grande perplexité comme luy oster ceste impression; mais elle mesmes nous en a mis en chemin, nous racomptant par ordre tout le contenu de la lettre du XXIIe de juillet, de laquelle vous nous deffandiez de luy en parler, et nous faysant faire par ses conseillers tout le discours d'icelle et des subséquentes, jusques à la responce, ce qui nous a donné argument, en luy en épluchant bien toutz les poinctz, de luy faire cognoistre que Vostre Majesté avoit heu occasion de parler en la façon qu'elle avoit faict, et qu'elle pouvoit bien comprendre (par la petite lettre que m'aviez despuis escripte, du Xe du présent, et par celle de Mr Pinart, de mesmes dathe, lesquelles nous luy fismes voyr bien à propos), que vous ne persévériez en nulle plus fervente affection au monde qu'en celle de ce mariage.

Et me semble, Madame, que ce petit inconvénient n'est advenu que pour bien, pour la faire déclarer davantage et tirer plus de lumière de son intention; mesmes que, l'ayantz supliée de n'en imputer rien à son ambassadeur, ains plustost à Voz Majestez et au trouble que ce avoit esté en vostre cueur de n'avoir trouvé tant de correspondance en sa responce comme vous l'aviez espéré, elle nous a assurez qu'elle n'avoit, ny pouvoit avoir, aulcun malcontantement de luy, et que nul gentilhomme de ce monde pourroit jamais mieulx mériter de ceste cause, et pour vous et pour elle, qu'il faysoit; mais ce qu'elle vous en mandoit par sa lettre serviroit bien fort à son propos; et néantmoins vous prioit de croyre qu'il n'avoit escript que en très bonne sorte toutes les choses que luy aviez dictes.

Sur quoy, Madame, je vous suplie très humblement me donner charge, par voz premières, de dire quelque mot à la dicte Dame du contantement que vous avez de luy, et cepandant prendre de bonne part si, pour ne rompre ce propos, Mr de La Mole et moy avons consenty à la dicte Dame qu'elle remît encores à Voz Majestez le poinct de l'entrevue; qui n'a esté sans que nous y ayons oposé toutz les plus grandz argumentz que nous avons peu, qui ont esté cause de nous faire gaigner les aultres deux pointz que verrez en la lettre du Roy; en laquelle nous racomptons les principalles choses de toute la négociation qui a esté faicte depuis nos précédantes; et cella avec quelque peu de longueur qui, possible, vous sera ennuyeuse, mais c'est affin que, par la représantation des mutuelz propos qui ont esté entre la dicte Dame et nous, et par ses démonstrations, que nous y avons exprimées, Voz Majestez puissent mieulx juger en quoy reste l'affaire maintenant, et y puissent prendre une plus certayne résolution; bien qu'il reste encores au dict Sr de La Mole de vous réciter assez d'aultres particullaritez pour en faire une histoyre: et luy veulx bien rendre ce tesmoignage qu'il a si bien accomply et sa légation, et vostre commandement, par deçà, et s'est en toutes choses si bien comporté que je ne l'eusse sceu desirer mieulx pour vostre service, ny pour la satisfaction de ceste princesse et de toute ceste court. Et vous suplie très humblement, Madame, de croyre qu'il n'a tenu à nous, ny à chose quelconque, qui se soit peu faire de la part de nous deux, qu'il ne vous rapporte maintenant l'entière résolution de l'affère; mais il se fault contanter de ce qu'on peut. Et aulmoins veux je bien, Madame, qu'il vous assure que, sellon les démonstrations de ceste princesse, nous l'avons layssée, ceste foys, beaucoup mieulx disposée vers Voz Majestez Très Chrestiennes et vers ce propos que je ne l'y avois vue auparavant; et ceulx qui y ont bonne affection nous crient: que Monseigneur le Duc vienne.

Dont, Madame, si Voz Majestez estiment que, pour une si haulte entreprinse, il faille mettre au risque et à l'azard la dicte entrevue, chose à quoy je n'oze adjouxter mon advis, parce qu'estant le faict de Monseigneur vostre filz, il doibt estre entièrement réservé à la détermination de Voz Majestez, je vous suplie très humblement vous en résouldre si bien, et si tost, que cella se puisse accomplir dans le prochein moys d'octobre au plus tard; de tant que les volontés ne sont perpétuelles, ny souvant de guières de durée, par deçà. Et desjà je sçay que, de dellà la mer, l'on sollicite instamment la ropture; dont sera très nécessayre de tenir fort secrette la dellibération que vous y ferez.

La noblesse de ce royaulme est très bien affectionnée à ce propos, les principalles dames de ceste court le favorisent, et ceulx du conseil ont faict ung singullier debvoir de l'advancer; dont adviserez, Madame, comme leur en faire quelque recognoissance, et comme satisfaire principallement au particullier de Mr le comte de Lestre, vers lequel, si Mr de Montpensier se rend si difficile, du party de sa fille, comme il me deffend par une sienne lettre de n'en parler jamais, Vostre Majesté pourra considérer s'il seroit bon que je mysse en avant celuy de madamoyselle de Chasteauneuf, ou de quelque aultre, que Voz Majestez vueillent apparanter avec semblables advantages, qu'avez desjà offertz pour la susdicte de Montpensier. Et sur ce, etc.

Ce XXVIIIe jour d'aoust 1572.

Par postille à la lettre précédente.

Le dict Sr de La Mole, pour l'honneur de Voz Majestez et de Monseigneur le Duc, a esté fort favorablement reçu de ceste princesse, et a esté bien traicté en sa court et en divers lieux de ce royaume, et honnoré, puis après, d'un présent, qui, à la vérité, n'a pas correspondu au reste, ny à la libéralité, dont le dict Sr de La Mole a uzé fort honnestement partout, ny à ce qu'on a veu de luy en ceste court, qui est arrivé à dix sept chevaulx de poste; car n'a esté que d'une cheyne de troys centz trente escuz, mais, possible, est advenu, par ce qu'on n'estoit en lieu commode. Et ne fauldra pour cella, Madame, que layssiez de remercyer du reste l'ambassadeur d'Angleterre, et que Monseigneur le Duc l'en envoye aussy remercyer. Et ne puis obmettre de vous ramantevoir tousjours les remèdes pour le visage de Mon dict Seigneur; car c'est chose qui m'est singullièrement recommandé de ce costé.