CCLXXIIe DÉPESCHE
—du XXXe jour d'aoust 1572.—
(Envoyée exprès jusques à la court par Fogret.)
Effet produit à Londres par la première nouvelle de la Saint-Barthèlemy.—Saisie de la première dépêche adressée à l'ambassadeur.—Réception de la seconde.—Irritation des Anglais.—Résolution de l'ambassadeur de suspendre toutes les négociations.—Nouvelles d'Écosse.—Nécessité de donner à Walsingham en France les mêmes explications que doit donner l'ambassadeur en Angleterre.—Impossibilité où se trouve l'ambassadeur de répondre aux questions qui lui sont faites.
Au Roy.
Sire, ainsy que Mr de La Mole estoit prest à partir, jeudy matin, pour aller retrouver Vostre Majesté, le premier courrier que m'aviez dépesché, le dimanche, XXIIIIe de ce moys, arriva icy sans aulcun pacquet, parce qu'en passant à la Rye, où il estoit venu descendre, au partir de Roan, les officiers du lieu, ayant desjà veu arriver six ou sept bateaux des gens de la nouvelle religion de Dieppe, toutz épouvantez de la soubdaine sédition de Paris, prinrent la dépesche qu'il m'aportoit, et l'envoyèrent incontinent à la Royne, leur Mestresse, qui ne me l'a encores renvoyée, parce qu'elle est bien loing d'icy. Et le dict Sr de La Mole ne layssa, pour cella, de partir, l'après dînée, avec l'entier discours de toute la négociation qu'avions faicte jusques allors. Et, le soyr mesmes, vint le segond courrier, qui estoit party de Paris le mardy, XXVIe, par lequel, Sire, il vous a pleu me mander le regret, que Vostre Majesté avoit, que la sédition de ceulx de la ville n'estoit encores appaisée, et que je ne parlasse aulcunement des particullarités, ny de l'occasion d'icelle, jusques à l'aultre procheine dépesche, que Vostre Majesté me feroit, le jour ensuyvant[4]. En quoy j'estime, Sire, que vostre troysiesme pacquet m'arrivera plus tost que l'on ne m'aura rendu le premier; et, par ainsy, je parleray sellon icelluy, et non sellon l'aultre.
Et néantmoins je vous veulx bien dire, Sire, que tout ce royaulme est desjà plein de la nouvelle du faict, et que l'on l'interprète diversement sellon la passion d'ung chacun plus que sellon la vérité; dont je vous suplie très humblement de vouloir faire capable l'ambassadeur d'Angleterre des mesmes choses que me commandez d'en dire icy, affin qu'il y ayt confirmité de ses lettres à mon parler; car cella importe beaucoup. Et tout ainsy que je pense bien qu'ung tel accidant muera assez la forme des choses par dellà, je voy que l'on en est desjà icy en telle altération qu'il faudra, à mon advis, qu'on recommance une nouvelle forme d'y procéder, de vostre costé; et ne pouvant encores bien discerner comme elle aura à se faire, je laysseray toutes les choses du passé en quelque suspens, jusques à ce que, par celles qui sont freschement survenues, nous pourrons cognoistre comment nous gouverner vers celles d'après. Et adjouxteray seulement à ce pacquet l'extrêt d'ung chiffre, que j'ay receu de Mr Du Croc, et une lettre que la Royne d'Escoce m'a naguières escripte, avec ung sien mémoyre à part; et vous diray sur le tout, Sire, qu'il me semble tousjours plus expédiant que les différendz des Escouçoys soient remis à la détermination des Estatz du pays, que si Vostre Majesté les prenoit en sa mein; de peur de ne satisfaire à la Royne d'Escoce, et que ne divisiez l'estat, lequel vous voulez conserver entier à vostre allience.
Je suplie, de rechef, très humblement Vostre Majesté de faire bien informer l'ambassadeur d'Angleterre des choses qui ont passé à Paris, et garder que luy, ny nulz angloys soient oppressez de la sédition, car cella interromproit beaucoup la bonne intelligence qu'avez maintenant avecques ce royaulme. Et sur ce, etc.
Ce XXXe jour d'aoust 1572.
A la Royne