Madame, sur ung cas si nouveau et si inopiné, comme celluy qui est advenu, dimanche dernier, à Paris, l'on faict desjà icy tant de diverses interprétations, qu'on me met en grand peyne comme y respondre; et, ce matin, Me Wilson, maistre des requestes de ceste princesse, m'en est venu curieusement demander les particullarités, mais je me suis excusé de luy en rien respondre, à l'occasion que je n'avoys encores mon pacquet; et seulement luy ay dict que je creignois que ceulx de la nouvelle religion eussent donné occasion à ceulx de Paris de s'eslever contre eulx. Il n'est pas à croyre combien ceste nouvelle esmeut grandement tout ce royaulme. Je verray comment les choses s'y disposeront, et vous advertiray, le plus particullièrement qu'il me sera possible, de tout ce que, jour par jour, j'en pourray comprendre. Et sur ce, etc.

Ce XXXe jour d'aoust 1572.

CCLXXIIIe DÉPESCHE

—du IIe jour de septembre 1572.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet.)

Remise à l'ambassadeur de la dépêche qui a été saisie.—Premiers détails de la Saint-Barthèlemy.—Mort de l'amiral Coligni.—Assurance que Walsingham n'a dû courir aucun danger.—Protestation de l'ambassadeur que l'exécution n'a point été préméditée.—Interruption de toutes les négociations avec la France.—Projet des Anglais de renouer leur alliance avec l'Espagne.—Demande de nouvelles instructions sur la négociation du mariage.—Exécution du comte de Northumberland à York.—Suspension du commerce avec la France.

Au Roy.

Sire, aussytost que les officiers de la Rye, qui avoient prins le pacquet que Vostre Majesté m'envoyoit par Nicollas le chevaulcheur, l'ont heu apporté en ceste court, ceulx de ce conseil, s'estant bien courroucés à eulx de la faulte qu'ilz avoient faicte de me l'avoir retardé, me l'ont incontinent remandé par le Sr de Quillegrey, avec plusieurs bien honnestes excuses, et m'ont faict prier que je leur fisse sçavoir si ce qu'ilz avoient ouy de tant de meurtres advenus à Paris, estoit chose véritable, et si Mr de Walsingam y avoit prins nul mal. A quoy pour leur satisfaire, j'ay communicqué au dict Sr de Quillegrey la première lettre de Vostre Majesté, du XXVIe du passé, et luy ay dict que je n'avois rien davantage de tout le dict faict de Paris, sinon que le chevaulcheur, qui estoit venu, assuroit que, depuis icelle escripte, et avant qu'il montât à cheval, il avoit veu la sédition bien allumée par la ville, et qu'il sçavoit certaynement que monsieur l'Amiral et plusieurs aultres de la nouvelle religion estoient mortz, mais n'avoit entendu d'où cella estoit procédé; et, quand à Mr de Walsingam, il croyoit qu'il n'avoit nul danger, parce que ceulx de Paris estoient assez bien instruicts qu'il failloit, en toutes choses, tousjours respecter les ambassadeurs.

Je croy, Sire, qu'il a esté fort à propos que le dict Sr Quillegrey et Me Wilson, maistre des requestes de ceste Royne, qui aussi m'est venu trouver de la part des seigneurs de ce conseil sur ceste occasion, ayent veu la dicte lettre, affin d'oster aux ungs et aux aultres l'impression qu'ilz avoient que ce fût ung acte projecté de longtemps, et que vous heussiez accordé avecques le Pape et le Roy d'Espaigne de faire servir les nopces de Madame, vostre seur, avec le Roy de Navarre, à une telle exécution pour y atraper, à la foys, toutz les principaulx de la dicte religion assemblés; ce que la dicte lettre monstre combien vostre intention a esté esloignée de cella, et combien le cas a esté fortuit et soubdein.

Je voy bien, Sire, que tout ce royaulme en est merveilleusement esmeu, et qu'on met en suspens le propos de Monseigneur le Duc, celluy du commerce, les entreprinses de Flandres et toutes aultres choses, jusques à ce que l'on ayt l'entier esclarcissement comme la chose a passé, et à quoy se résouldra meintenant Vostre Majesté de l'entretènement de l'édict de paciffication. Et cependant, Sire, il semble que ceulx cy veulent, en tout évènement, reprendre quelque nouvelle praticque avec Anthonio de Guaras, sur les lettres qu'il a apportées du Roy d'Espaigne et du duc de Medina Celi à ceste princesse, quand elle estoit à Quilingourt; desquelles la substance n'estoit que de la venue du dict duc aux Pays Bas; mais ilz veulent maintenant, sur l'occasion des choses de Paris, les fère servir à ung plus grand effect, s'ilz peulvent, et préparent aussy d'envoyer, du premier jour, quelqung en Allemaigne devers les princes protestans. Dont je retourne suplier très humblement Vostre Majesté, comme je l'ay desjà supliée par mes précédantes lettres, qu'il luy plaise me mander la façon comme j'auray à parler de cecy à ceste princesse, affin de la rendre capable de la vérité des choses; et que faciez, Sire, que Mr de Valsingam en soit aussy informé, affin qu'il le luy représente de mesmes par ses dépesches.