J'ay touché quelque mot au dict Sr de Quillegrey de ce que me mandiez en chiffre; à quoy il m'a respondu qu'il n'a pas quinze jours que la Royne, sa Mestresse, et les siens se fussent bien fort resjouys d'une telle déclaration, mais qu'à ceste heure il croyoit qu'ilz prendroient nouveaulx advis, et, possible, bien esloignés de ceulx qu'ilz avoient eus auparavant. Je l'ay fort assuré qu'aussytost que j'auroys de voz nouvelles, lesquelles ne pouvoient guières plus tarder, je les iroys apporter à la dicte Dame; et ainsy il l'est allé trouver. Je seray bien ayse, Sire, qu'incontinent après l'arrivée de Mr de La Mole, il vous playse me mander à quoy Voz majestez vouldront résouldre du propos de Monseigneur le Duc, affin que j'en reprenne les erres, le mieulx qu'il me sera possible.

Vendredy, XXIIe du passé, le comte de Northombelland a esté exécuté publicquement en la ville d'Yorc, non sans regret de plusieurs, mais sans tumulte de pas ung, parce qu'on révère bien fort par deçà la justice et l'authorité de leur Royne. Vray est qu'on n'a layssé de donner ung grand blasme aux Escouçoys sur l'indignité de cest acte, de ce que, contre l'ancienne observance d'entre ces ceulx royaulmes, ilz ont vendu la vie de ce seigneur, lequel estoit allé à refuge à eulx. Sur ce, etc.

Ce IIe jour de septembre 1572.

Depuis ce dessus, J'ay receu une lettre de Me Smith, à présent seul secrettaire d'estat d'Angleterre, touchant aulcunes choses d'Escoce, et le mémoyre qu'il m'a envoyé des dictes choses, en escouçoys. Il faict aussi quelque jugement de celles qui s'entendent de Paris, dont vous envoye l'original de sa lettre et le traduict du dict mémoyre. Ceste princesse est en quelque opinion d'envoyer bientost le Sr de Quillegreu en France. S'il y va, je creins qu'il passera en Allemaigne.

A la Royne

Madame, parce que ceulx cy délayssent presque toutes aultres choses en suspens, pour entendre à celles qu'on leur a rapportées de Paris, et sçavoir d'où est procédé l'occasion d'icelles, et quelles conséquences elles produiront, j'ay estimé qu'il n'estoit encores bien à propos d'aller trouver là dessus la Royne d'Angleterre, et qu'il estoit trop meilleur que j'attandisse vostre procheyne dépesche, affin de luy pouvoir mieulx apporter la certitude du tout, et avoir, premier que de luy en rien discourir, la forme comme il plerra à Voz Majestez que je en parle. Et cependant je satisfay, le mieulx que je puys, par la lettre du Roy, du XXVIe du passé, à toutz ceulx qui m'en viennent rechercher; et leur fay cognoistre que c'est ung cas fortuit qui oncques n'avoit esté projecté, et que le Pape, ny le Roy d'Espaigne, n'y sont, comme ilz l'estiment, en rien meslés; et qu'il y a grand apparance que ceulx de la nouvelle religion, après la blessure de monsieur l'Amiral, ayent eulx mesmes provoqué ceste entreprinse contre eulx.

Il y a plusieurs navyres dans ceste rivière, chargés de draps et aultres marchandises, pour France, qui debvoient faire voyle, à ce commancement de septembre; mais tout est arresté jusques à ce qu'on ayt plus grand esclarcissement de l'affaire, duquel je desire infinyement que l'ambassadeur d'Angleterre demeure bien édiffié, et que bonne édiffication en demeure pareillement vers toute la Chrestienté pour Voz Majestez Très Chrestiennes, et pour toutz les vostres, contre ceulx qui vouldront entreprendre d'en rien calompnier. Et sur ce, etc.

Ce IIe jour de septembre 1572.

Je ne puis faire, Madame, touchant le propos de Monseigneur le Duc, que je ne vous ramantoyve tousjours de faire accélérer les remèdes du visage, et de faire advancer, avec l'art, ce que la nature s'esforce de rabiller peu à peu d'elle mesmes, vous supliant très humblement d'essayer l'expérience du personnage que je vous ay envoyé; car la démonstration, qu'il m'en a faicte, est chose si aysée et si seure, que nul ne le pourra contredire, et j'en suis, de plus en plus, très instamment sollicité de ce costé.