Ilz m'ont réplicqué que ce nouveau accidant, qui estoit survenu, requéroit nouvelle provision et confirmation de ces deux choses, et qu'avec icelles ilz vous prioient d'avoir leur ambassadeur pour recommandé.
Et, le jour après, ilz m'ont mandé qu'ilz avoient conféré avec leur Mestresse, et qu'elle m'envoyeroit la responce, conforme à ce que j'avoys desiré.
J'ay obtenu d'eux qu'il se fera, de la part de la dicte Dame, au Sr de Quillegrey, lequel a succédé au Sr Drury, en Escoce, une dépesche conforme à ce que desirez, d'incister que la ville de Lillebourg soit layssée en liberté; que l'interprétation «de rentrer chacun en sa mayson» s'entende chacun en ses biens, tant eclésiasticques que temporelz; et que l'abstinence soit prorogée pour aultres deux moys, si la paix ne peult succéder. Et ainsy j'ay layssé le Sr de L'Espinasse devers eulx pour s'acheminer, avec vostre dépesche et la leur, par dellà.
Despuis, estant de retour en ce lieu, j'ay receu celle de Vostre Majesté, du premier, segond et troisiesme de ce moys; sur laquelle j'yray retrouver la dicte Dame le plus tost qu'il me sera possible; et sur ce, etc.
Ce XIVe jour de septembre 1572.
Pendant que j'achevoys ceste dépesche, le courrier de la Royne d'Angleterre a passé en ceste ville; par lequel j'entends qu'elle mande à son ambassadeur de vous fère sa response. Je ne sçay si l'arrivée de milord Quiper, et du comte de Bedfort, à la court, depuis mon audience, y aura faict changer quelque chose. Tout présentement, je viens de recepvoir vostre pacquet du VIIIe du présent.
A la Royne
Madame, jamais nul accidant ne se fit tant sentir, en nul pays, estrange, comme celluy qui est advenu à Paris, se ressent par deçà, et a esté bien besoing que je me soye comporté en quelque façon qui n'ayt point offancé ceulx cy, car j'ay esté le plus observé du monde; et encores n'aparoit il que violence et ung grand débordement de parolles et reproches, par ceste ville, contre toute la France; et cuydoit l'on que ceste princesse ne me deût aulcunement admettre en sa présence. Néantmoins elle m'a receu assez humaynement, et, après m'avoir ouy, m'a encores plus gracieusement licencié; et ceulx de son conseil aussy, après ung peu d'aigreur, se sont radoulcis, et sont venus à la modération que Vostre Majesté verra par la lettre du Roy, leur ayant franchement dict qu'il importoit beaucoup de quelle façon, elle et eulx, prendroient cest affaire, et de quelle responce ilz vous y satisferoient; car, s'ilz monstroient de n'en rester point offancés, et de ne vouloir, pour cella, changer rien des bons termes, auxquelz ilz estoient avecques Voz Majestez et vostre royaulme, que vous persévèreriez très constemment de mesmes vers eulx; mais, s'ilz en uzoient aultrement, ilz vous contreindroient de vous getter entièrement du costé de ceulx à qui, pour aulcuns leurs respectz, ce qui avoit esté faict ne pouvoit déplaire; qui, possible, vous induiroient de mener encores les choses à de pires conséquences que les passées.
Sur quoy me semble, Madame, que les ay mis à penser, et que si, d'avanture, ils voyent que les affères en France n'aillent à telle extrémité contre ceulx de la religion, qu'ilz ne puissent bien demeurer en vostre intelligence, qu'ilz ne s'en départiront point pour encores; bien qu'il ne fault doubter qu'ilz n'ayent conceu une très grande deffiance de nous, et que pourtant il ne nous faille estre ung peu deffians d'eux. Dont sera bon que faciez prendre garde en Allemaigne qu'est ce qu'ilz y négocieront, et, en Flandres, en quelles nouvelles praticques ilz rentreront avec le duc d'Alve; et qu'est ce qu'ilz traicteront, en vostre royaulme, avec voz subjectz qui sont de leur religion; et advertir les gouverneurs des places de dessus la mer, de deçà, qu'ilz se tiennent sur leurs gardes; et, en Escoce, à ceulx du bon party, d'estre bien advisés sur les menées que le Sr de Quillegreu y fera, mesmement touchant le chasteau de Lislebourg; et j'auray l'œil s'ilz hasteront rien icy des préparatifz qu'ilz ont ordonné pour mer et pour terre, affin de vous en advertyr incontinent.
Il semble néantmoins que si Vostre Majesté dispose bien le Sr de Walsingam, et le rende capable de la justiffication des choses qui sont advenues; et luy faciez voyr qu'il n'y a heu rien de meslé de la religion, et que mesmes les Angloys n'ont à espérer moins de seureté et de bon traictement en France, qu'ilz faysoient auparavant, qu'il sera possible que le propos de mariage se repreigne; et aulmoins que la confédération se continue; et qu'on n'yra pas rechercher le Roy d'Espaigne, et encores procèdera l'on, par advanture, plus modéréement vers la Royne d'Escoce, laquelle je vous puis assurer, Madame, qu'elle est en très grand danger. Il sera bon de satisfaire, le plus promptement qu'on pourra, à ceulx de ce conseil, sur les deux poinctz qu'ilz demandent, de la seureté de leurz marchandz à Bourdeaulx, et du faict de l'armée du Sr Strossy. Et sur ce, etc. Ce XIVe jour de septembre 1572.