Depuis avoyr layssé la Royne d'Angleterre, elle a assemblé toutz ceulx de son conseil, qui, possible, luy auront faict changer quelque chose du bon propos où je l'ay layssée; mais je la reverray bientost sur les deux dernières dépesches, que j'ay reçues de Vostre Majesté. Je vous suplie très humblement de parler ung mot de bonne affection à Mr de Walsingam pour la Royne d'Escoce, car je vous puis assurer, Madame, qu'elle est en grand danger; mais que ce soit sans augmenter le souspeçon qu'on a par deçà.

CCLXXVe DÉPESCHE

—du XVIIIe jour de septembre 1572.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet.)

Nouvelles de France.—Efforts du roi pour arrêter les exécutions.—Preuves nouvelles de la conspiration qui avait été formée.—Assurance que le roi veut maintenir l'édit de pacification.—Le comte de Montgommery réfugié à Jersey.—Armemens en Angleterre.—Mort du comte de Mar.—Insultes continuelles faites à l'ambassadeur.—Difficultés que présente la négociation du mariage.

Au Roy.

Sire, je vays présentement retrouver la Royne d'Angleterre pour luy faire part du contenu ez deux dernières dépesches de Vostre Majesté, du premier et septiesme de ce moys, et croy bien qu'il me faudra temporiser quelques jours l'audience, parce que la dicte Dame part aujourdhuy, du lieu où je la layssay dernièrement, et s'achemine, ainsy qu'on dict, à Redin, où à peyne arrivera elle devant samedy au soyr, et je pourray parler à elle dimanche.

Je luy continueray le propos de la conjuration, naguières dressée contre Vostre Majesté et contre la Royne, vostre mère, et contre Messeigneurs voz frères, et que vous rendez infinyes grâces à Dieu de vous avoir toutz préservés de l'instant péril où avez esté de voz vyes, regrettant néantmoins, de tout vostre cueur, que la sédition, qui a esté suscitée à cause de cella, tant à Paris que ez aultres endroictz de vostre royaulme, où la nouvelle en est allée, ayt passé plus avant que contre les seuls conspirateurs; et toutesfoys que vous aviez mis bon ordre de la faire bientost cesser; et avez envoyé les gouverneurs, chacun en sa province, pour y rasseurer ceulx de la nouvelle religion, et les mettre en la plus grande saulvegarde que faire se pourra, sellon la continuation de l'édict; lequel vous dellibériez faire exactement entretenir, avec pareilh bon traictement à toutz ceulx de la dicte religion, qui n'auront esté de la conjuration, comme à voz aultres subjectz, en ce, toutesfoys, qu'ilz demeureront paysibles, et ne se pourront pour encores assembler; et que la dicte conjuration, oultre la première avération, qui en a esté faicte devant la sédition de Paris, se va, de jour en jour, descouvrant si à cler, et mesmes par l'audition de Briquemaut, qui a esté trouvé en l'escuyrie de Mr de Walsingam, et puis par Cavaignes, qui a esté prins ailleurs, lesquelz sont toutz deux ez meins de la justice, qu'il ne fault que l'on en demeure plus en doubte; et qu'après que l'information en sera parfaicte, Vostre Majesté en fera communicquation à toutz les princes voz alliez, et nomméement à la dicte Dame. Et n'obmettray rien vers elle, Sire, de ce qui pourra servir pour luy faire voyr que vous avez heu la plus juste occasion du monde de laysser passer les choses, ainsy qu'elles ont. En quoy il importe assez que la justiffication s'en sante par deçà par le moyen de Mr de Walsingam; et je m'assure que la Royne, sa Mestresse, aydera en ce qu'elle pourra de la faire bien recepvoir d'ung chacun; mais il y a une telle concurrence entre elle, son conseil et le commun du royaulme, qu'ilz ne veulent, ny ozent vouloir rien l'ung sans l'aultre; et creins bien fort qu'il faudra que la dicte Dame, premier qu'elle passe plus avant au propos de Monseigneur le Duc, fasse voyr quelque satisfaction à ses subjectz de cest accidant de Paris; lequel vous jugés bien, Sire, sellon les grandes difficultez qu'on a tousjours trouvé icy, sur le poinct de la religion, qu'il n'en a peu succéder ung qui y ayt apporté plus de traverse que celluy là. Néantmoins je proposeray à la dicte Dame l'entrevue, ainsy qu'il vous playst, et à la Royne, vostre mère, me le commander, sans luy obmettre, et aux siens, une seule de toutes les meilleures persuasions que je leur pourray alléguer en cella; mais je voy bien que le trop grand et le trop récent sentiment, qu'ilz ont de ce qui est advenu, ne leur permettra de m'y bien respondre. Dont semble qu'il ne les faudra trop presser, et qu'il sera meilleur, premier que de rien rompre, de renvoyer encores l'affaire à Voz Majestez.

Il estoit desjà quelque vent que le comte de Montgommery estoit passé à Gersé, mais j'attandoys de le sçavoir plus certeynement; et m'a le visadmiral d'Angleterre, son beau frère, prié et faict prier, par ceulx de ce conseil, de moyenner vers Vostre Majesté que le douayre de sa belle fille luy soit payé; à quoy je luy ay respondu que si le dict comte se justiffie bien de la conspiration de Paris, que luy mesmes le pourra payer, et sinon que je luy ayderay envers Vostre Majesté de tout ce qu'il me sera possible. Je n'oublieray, touchant le dict comte, de faire l'instance que me commandez.

Toutz les principaulx du conseil d'Angleterre sont allez trouver ceste Royne, et ont mis quelques nouveaulx ordres par le royaulme. Ilz avoient quelques gens prestz pour les passer encores à Fleximgues, mais ilz les ont arrestés et ont mis en dellibération si l'on révoquera ceulx qui sont desjà par dellà. L'on a mandé de tenir prestz dix grandz navyres, de ceulx qui mieulx peuvent suporter l'hyver en la mer, affin de les envoyer vers Porsemmue. Il passe toutz les jours beaucoup de Françoys icy, qui ne sont de grand nom. Je me suis layssé entendre que Vostre Majesté a volonté de rasseurer en leurz maysons ceulx qui n'auront esté de la conspiration; dont vous pléra me mander comme j'auray à me comporter vers eulx, et ce que j'auray à leur dire. Et sur ce, etc. Ce XVIIIe jour de septembre 1572.