L'on me vient de donner advis qu'en Escoce a succédé quelque grand meurtre, et que le comte de Mar y a esté tué. J'en sçauray mieulx la certitude, et la vous manderay par mes premières.

A la Royne

Madame, je loue bien fort les propos que j'ay veus en la lettre du Roy, du premier de ce moys, que sa Majesté et la vostre avez tenus à Mr de Walsingam, lequel j'espère qu'il les aura escriptz à la Royne, sa Mestresse, et que je la trouveray maintenant mieulx édiffiée de Voz dictes Majestez sur les choses advenues à Paris, que je ne fis l'aultre foys; dont je la suplieray de faire cesser en ceste ville les maulvaises parolles, pleines de diffâme, qu'on y tient, et les aultres grandes indignités, dont l'on uze assez publicquement là dessus; qui, vous prometz, me sont par trop insuportables. Je uzeray le plus discrètement que je pourray vers elle des deux lettres qu'il vous a pleu m'escripre du VIIe de ce moys, et mectray peyne de faire si bien prendre celle qui parle du feu Amiral, que, possible, cella nous remettra en bon chemin pour le propos de l'aultre; bien que je vous puis assurer, Madame, que ce nouvel accident luy est, à elle et à toutz les siens, une playe si profonde et si rescente, qu'il y faudroit ung bien expert cirurgien, et du baulme fort excellant pour si soubdein la guérir et rescouder. Et me creins assez, sellon aulcunes choses que j'ay entendues, qu'on vouldra aulcunement se rétracter de ce qu'on nous avoit accordé par l'escript que Mr de La Mole vous a apporté. Aulmoins ne m'attans je pas que ceste princesse, laquelle n'a nul certein successeur, face, en ce temps, ung seul pas hors du royaulme; tant y a que je n'obmettray rien de ce que j'estimeray la pouvoir bien persuader à l'entrevue, en la façon que me le mandez; vous supliant très humblement, Madame, de disposer en telle sorte le Sr de Walsingam par dellà, que ses lettres puissent remettre icy sa Mestresse et les siens en leur première bonne disposition: car vous prometz qu'il y peut beaucoup, et je ne m'y espargneray aulcunement de mon costé. Sur ce, etc. Ce XVIIIe jour de septembre 1572.

CCLXXVIe DÉPESCHE

—du XXIXe jour de septembre 1572.—

(Envoyée exprès jusques à la court par Tauriel.)

Exécutions faites à Orléans, à Lyon et à Rouen.—Entreprise dirigée contre le chancelier L'Hospital.—Excès de Strozzy contre les marchands anglais.—Irritation toujours croissante en Angleterre.—Éloignement montré à l'égard de l'ambassadeur.—Mauvais accueil qui lui est fait à la cour.—Audience.—Nouvelle insistance de l'ambassadeur sur la nécessité où s'est trouvé le roi d'ordonner l'exécution de Paris.—Pratiques imputées à l'amiral Coligni contre l'Angleterre.—Consentement du roi à une entrevue, sur mer, entre Élisabeth, le duc d'Alençon et la reine-mère.—Déclaration d'Élisabeth que les massacres ne peuvent être justifiés, et qu'elle ne doit compter désormais ni sur l'alliance de France ni sur la parole du roi.—Justification de l'amiral.—Refus d'accepter l'entrevue proposée sur mer.—Motifs qui ont dû forcer le roi à se défaire de chefs aussi entreprenans et aussi redoutables que l'étaient l'amiral et ses complices.—Demande de l'ambassadeur que le comte de Montgommery soit livré au roi.—Vive assurance que protection sera donnée aux protestans qui n'ont pas fait partie du complot.—Consentement de la reine-mère à ce que l'entrevue se fasse dans l'endroit que la reine d'Angleterre voudra désigner.—Délai demandé par Élisabeth pour donner sa réponse.—Elle accorde l'entrevue, pourvu qu'elle ait lieu à Douvres.—Armemens à Londres.—Demande d'un sauf-conduit pour les navires du commerce qui veulent se rendre à Bordeaux.—Violence des accusations portées en Angleterre contre le roi.

Au Roy.

Sire, les seigneurs du conseil d'Angleterre, lesquelz j'ay trouvés toutz assemblés auprès de la Royne, leur Mestresse, à Redin, avoient desjà, depuis ma dernière audience, heu assez de quoy faire mettre en suspens à la dicte Dame, par les choses advenues à Paris et à Orléans, toutes les bonnes dellibérations qu'elle avoit avec Vostre Majesté; mais, ayantz depuis ouy ce qui est advenu à Lion et à Roan, et ce qu'on leur a dict qui a esté faict du chancellier de l'Hospital[5], et ce que aulcuns de leurz marchandz d'Ouest, qui alloient à Bourdeaulx pour les vins, leur ont rapporté: que l'armée du Sr Strossy avoit pillé, tué, mis à fondz quelques ungs de leur flotte, ilz ont prins de là ung très ample argument, aulmoins les partisans de Bourgoigne, de dissuader tout ouvertement la confédération de France; de sorte que aulcuns de ceulx, qui l'avoient conseillée, m'ont faict advertir qu'ilz sont si honteux et confus, qu'ilz soufrent toutz les blasmes du monde, et qu'il n'y a que ceulx là qui soient maintenant loués jusques au bout, qui crioient tousjours qu'on ne se debvoit arrester à la foy des Françoys, ny quicter jamais l'intelligence du Roy d'Espaigne; lequel ne procédoit sans forme de justice en ce qu'il faysoit, et ne deffailloit de sa foy, ny de sa promesse, aux mesmes Mores et Mahométans qui habitoient en ses pays.