—du IIIe jour de juing 1572.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet.)
Négociation de Mr Du Croc en Écosse.—Demandes adressées secrètement par les partisans de Marie Stuart.—Propositions faites dans le parlement de mettre la reine d'Écosse à mort, de déclarer traître quiconque reconnaîtra son droit à la succession de la couronne d'Angleterre, et d'exiger l'exécution du duc de Norfolk.—Succès des Gueux dans les Pays-Bas; prise de Valenciennes par les révoltés.
Au Roy.
Sire, je vous ay escript, du XXVIIIe du passé, tout ce que, sur le partement du comte de Lincoln, j'ay peu aprandre des particullarités de sa légation, dont ne vous en toucheray, icy, davantage; et sera la présente pour accompaigner ung pacquet, que Mr Du Croc faict à Vostre Majesté, des choses qui luy ont succédé à son arrivée en Escoce, et de la bonne réception que ceulx des deux partys luy ont faicte, qui monstrent que, nonobstant les extrêmes difficultés de ce commencement, il y a aparance que la paix sera enfin embrassée des ungs et des aultres; et je juge, par une lettre, que j'ay receue en chiffres de ceulx de Lillebourg, que le dict Sr Du Croc s'est comporté si sagement en ses premières propositions qu'on n'a descouvert plus avant de son intention qu'aultant que de ses parolles générales l'on en a peu comprendre, et que ceulx, à qui sa commission est plus favorable, ont pour encores senty le moins de faveur. J'estime, Sire, que ce sera chose fort à propos que certeine demande du capitaine Granges et du Sr de Ledington, qui est portée par le dict chiffre, laquelle ilz veulent, pour ung temps, estre cellée au dict Sr Du Croc, leur soit accordée; car, par ce moyen, l'authorité de Vostre Majesté, demeurera plus grande au dict pays, et vostre allience mieulx confirmée. En confience de quoy je donray, par mes premières, grande espérance et mesmes assurance, comme de moy mesmes, aus dicts de Granges et de Ledington que Vostre Majesté les en gratiffiera; et n'aura, pour cella, le maréchal Drury, quand bien il le sçaura, occasion de se pleindre que Mr Du Croc ayt rien négocié par dellà contre ce qui a esté promis, icy, à la Royne, sa Mestresse. Cependant je vous supplie très humblement, Sire, me mander comme il vous plait qu'en vostre nom je leur en escripve, car c'est ung des principaulx poinctz dont ceulx de Lillebourg desirent estre promptement esclarcis: et l'aultre poinct après, est en quelle sorte il vous plaira qu'ilz facent l'accord. Le Sr de Vérac m'a mandé de le vouloir advertyr s'il s'en doibt retourner, ou non, attandu que Vostre Majesté ne luy en a rien escript. Sur quoy je luy conseilleray, par mes dictes premières, qu'il attande le commandement de Vostre Majesté; et je croy qu'il sera fort à propos qu'il ne bouge de là jusques à ce que la paciffication soit conclue, ou bien que l'abstinence de guerre soit bien accordée. J'ay envoyé au dict Sr Du Croc, avec vostre pacquet du Xe du passé, ung extrêt des articles du traicté qui concernent le faict d'Escoce. J'espère que bientost il vous mandera toutes aultres nouvelles de dellà.
Ce a esté, Sire, par les soixante six depputez du parlement, qui se tient maintenant icy, que les deux billetz, dont je vous ay cy devant faict mencion, ont esté proposés contre la Royne d'Escoce: l'ung, de la faire mourir; et l'aultre, de déclarer traître quiconques, à jamais, métroit en compte, ou relèveroit, le tiltre qu'elle prétend à la succession de ceste couronne; et y ont adjouxté ung troysiesme, de la sentence de mort contre le duc, demandant qu'elle fût exécutée. Lesquelz billetz, après que la Royne d'Angleterre a heu remercyé les dicts depputés du soing qu'ilz avoient d'elle et de sa seureté, parce qu'ilz fondoient là dessus l'occasion de leurs troys propositions, elle les a priés de se déporter entièrement de la première; et ayant encores considéré, de plus près, la segonde, elle ne l'a voulu admettre, et m'ont ses conseillers mandé que je ne sois plus en peyne de cella, car leur Mestresse estoit dellibérée de respecter tant vostre amityé qu'elle ne laysseroit passer en cest endroict rien qui pût offancer l'honneur et réputation de Vostre Majesté; en quoy j'entendz, Sire, que la contradiction, que ceulx de la noblesse y ont faicte, y a beaucoup valu; et a beaucoup servy de rabatre aussi la proposition contre le dict duc, car ont remonstré qu'ilz avoient faict leur debvoir de procéder par les loix à le condampner, mais qu'il n'apartenoit aulx subjectz de recalculer rien maintenant sur la clémence de la Royne, leur Mestresse. Or, demeure la détermination des dicts trois poinctz encores en quelque suspens par l'opiniastreté de ceulx de la segonde chambre, dont le duc court grand péril ceste sepmayne. Et semble qu'il sera depputé troys évesques, troys comtes, troys barons et troys chevalliers, pour aller ouyr et examiner sur quelques poinctz la dicte Royne d'Escoce.
Le bruict de la prinse de Valenciennes[1], par les Gueux, et ce, qu'on présume que les Huguenotz veulent ayder de tout leur pouvoir et moyen leur entreprinse, et qu'on dict que le prince d'Orenge marche avec trente enseignes d'allemans et six mille chevaulx, et le jeune comte d'Ayguemont avec aultres deux mille chevaulx, pour les venir secourir, eschauffe ung peu ceulx cy de s'en vouloir mesler. Vray est que Anthonio de Guaras, lequel a receu pouvoir expécial, par lettres du duc d'Alve, d'assister, icy, ez choses qu'il verra appartenir au service du Roy d'Espagne, a faict mettre en prison deux capitaines qui levoient des gens de guerre pour aller à Fleximgues. Je croy bien qu'ilz ont esté depuis relaschés, et qu'ilz sont desjà embarqués pour suyvre leur voyage avecques leurs gens; tant y a que le dict de Guaras a grand accès en ceste court, et est favorablement ouy; et j'entendz qu'il faict de fort grandes offres, de la part du dict duc d'Alve; lesquelles ceulx cy trouvent recepvables et ne les rejettent nullement. Sur ce, etc. Ce IIIe jour de juing 1572.
CCLVe DÉPESCHE
—du Ve jour de juing 1572.—