J'ay receu une lettre, d'assez vielle dathe, de Mr Du Croc, par laquelle j'ay comprins que luy et le Sr de Quillegreu debvoient partir ensemble, le XXIe du passé, et que l'assemblée de la noblesse du pays se faysoit le lendemein, XXIIe du passé, incerteins toutz deux de ce qui pourroit succéder. Et puis adjouxte en chiffre que l'abstinence a esté très profitable à ceulx de Lillebourg, car ilz se sont pourveus de vivres, dont ilz avoient grand faulte; et que le comte de Morthon ne s'est voulu trouver au mandement que le comte de Mar a faict de la noblesse, dont semble que ce soit luy qui vueille empescher la paix; et que le comte de Hontely et son frère sont pour faire parler d'eux, si la guerre recommance; et que les adversaires de la paix se repantiront, pour peu de moyen que ceulx du bon party ayent de dehors, ou pour le moins ilz feront qu'on se contantera de rayson.
Il n'y a rien de plus vray, Sire, qu'on a mis en dellibération icy comme l'on pourroit procéder contre la Royne d'Escoce pour la faire mourir, et qu'on a envoyé la reserrer davantage, parce qu'on a observé que le samedy, dont l'exécution se fit le dimanche après à Paris, elle se monstra beaucoup plus joyeuse, (et veilla quasy toute la nuict à se resjouyr), qu'elle n'avoit faict depuis sa prison. De quoy l'on a conjecturé qu'elle sçavoit l'entreprinse, et que quelqung des miens, que naguyères j'avoys envoyé vers elle, la luy avoit faicte sçavoir; dont, comme de moy mesmes, j'ay bien voulu dire à la Royne d'Angleterre qu'il sembloit qu'on se voulût prendre icy à la Royne d'Escoce de ce qui avoit esté faict à Paris, et que je la supliois de considérer que la pouvre princesse n'en pouvoit mais, et n'en avoit jamais rien sceu, dont n'en debvoit estre plus mal trectée, et que ce ne seroit qu'engendrer nouvelles querelles. A quoy elle m'a respondu que la dicte Royne d'Escoce avoit assez de ses propres péchés sans luy impétrer ceulx d'aultruy. Et depuis, j'ay intercédé pour elle vers aulcuns de ce conseil, qui ne luy sont mal affectionnés; lesquelz m'ont promis qu'ilz s'employeroient de tout ce qu'ilz pourroient en sa faveur, et qu'à la vérité toutes choses luy sont à présent plus contraires que jamais en ce royaulme, toutesfoys que, pour encor, il n'y a rien d'ordonné contre elle. Sur ce, etc.
Ce IIe jour d'octobre 1572.
A la Royne
Madame, je ne m'attandz pas que, jusques à ce que l'ambassadeur d'Angleterre ayt de rechef escript par deçà, sur ce qu'il aura négocié avec Voz Majestez, touchant la responce que sa Mestresse m'a faicte, le XXVe du passé, laquelle je vous ay envoyé le XXIXe, je puisse de rien faire advancer davantaige la dicte Dame au faict de l'entrevue, ny sur le propos du mariage, car elle a bien fort meurement dellibéré ce qu'elle m'a ceste fois respondu, et n'est pour y rien changer qu'elle ne voye plus avant. Néantmoins j'yray trecter avec elle sur les particullarités de la dépesche de Voz Majestez, du XXIIe du passé, lesquelles luy debvront apporter du contantement. Et ne fays doubte que je ne la trouve elle bien disposée, car me semble qu'elle ne reçoit, sinon fort bien, tout ce qui luy est dict de ce propos, et toutes ses parolles et démonstrations monstrent assez qu'elle demeure bien inclinée au mariage, et qu'elle a très bonne opinyon de Monseigneur le Duc vostre filz; mais elle a bien tant de respect à ce que ceulx de son conseil luy disent, et à conserver le repos de son royaulme, qu'il ne se fault pas attandre, Madame, qu'elle fasse jamais rien ny contre l'advis des ungs, ny contre ce qui pourra avoyr la moindre apparance du monde de préjudicier à l'aultre. Par ainsy, j'ay meintenant plus à faire, à contanter ceulx de son dict conseil et à les rasseurer de l'espouventement qu'ilz ont prins des choses qui sont freschement advenues en France, que non pas de la bien persuader à elle; et voy bien que de son ambassadeur dépend quasy la meilleure résolution du faict, sellon qu'il rendra ceulx cy bien édiffiez de Voz Majestez et des choses qui passeront de delà: dont, Madame, à Vostre Majesté sera de le tenir bien disposé. Je n'ay obmis de l'excuser vers sa Mestresse, touchant la responce qu'il vous avoit faicte à la fin de juillet, et comme Vostre Majesté la prioit d'en attribuer la faulte, qui y pourroit estre, à vous mesmes et non à luy; et luy ay touché aussy, en passant, comme le Roy ny Vous, Madame, n'aviez peu interpréter à mal ce qu'il avoit retiré Briquemau en son logis: desquelles deux choses la dicte Dame a esté bien fort ayse, et m'a prié de vous assurer qu'en tout ce qu'il escript, et en toutz les offices qu'il faict, il monstre de n'estre moins affectionné à Voz Majestez Très Chrestiennes que à elle mesmes.
Au surplus, j'ay bien noté, par le propos des privés conseillers de la dicte Dame, qu'auparavant que ces choses de Paris advinsent, elle s'attendoit d'estre une des commères aux premières couches de la Royne, vostre belle fille, affin de confirmer davantage la plus estroicte amityé et confédération, qui a esté nouvellement faicte entre Voz Majestez; mais elle ny eulx ne croyent, à ceste heure, que vous en ayez jamais heu la volonté, et j'ay bien opinyon, Madame, que, si c'estoit chose que Voz Majestez estimassent estre bonne de faire, qu'elle seroit bien fort à propos pour retenir ceste princesse et tout ce royaulme en vostre dévotion.
La dicte Dame a heu grand plésir que je luy aye faict voyr, par une de voz lettres, comme le visage de Monseigneur le Duc se va tous les jours rabillant, et qu'encores vous y voulez faire applicquer les remèdes du mèdecin, qui est allé par dellà; en quoy elle m'a dict qu'elle s'estoit fort esbahye, veu l'extrême bonne affection qu'avez tousjours monstrée vers toutz voz enfans, que ne luy heussiez faict pourvoir de bonne heure à ce grand inconvénient, qui tant luy gastoit le visage. Sur ce, etc.
Ce IIe jour d'octobre 1572.