Et semble bien, Madame, s'il se pouvoit faire que ceulx de la nouvelle religion se voulussent ung peu rassurer, et que Mr de Walsingam représentât par deçà une partie de ces tant importantes occasions, qui ont meu Voz Majestez de leur faire supercéder des presches et des assemblées publicques, sans leur oster la privée liberté de leurs maysons, que cella serviroit beaucoup à l'advancement du propos de Monseigneur le Duc, et m'ayderoit grandement de conveincre aulcuns de la dicte religion, qui afferment qu'encores après les grandes exécutions passées, eulx, estantz depuis à Roan, ilz ont esté ung soyr advertys par leurs hostes de s'en fouyr, parce qu'ung nouveau mandement estoit secrettement arrivé de la court, par où l'on mandoit de mettre à mort ceulx qui restoient de la dicte religion qui ne la vouldroient renoncer. De quoy les Anglois s'animent davantage contre nous, et crient que toutz les édictz et trectés que le Roy faict pour ou avec ceulx de leur religion, ne sont que pour les tromper. Je feray tout ce que je pourray pour entretenir ceste princesse et les siens en bonne disposition, mais il fault que le plus grand moyen m'en viegne du Roy et de Vostre Majesté; que toutz deux me faciez parler avec eulx, tant du présent que de ce que prétandez pour l'advenir, en ce que vous sçavez qu'ilz ont à cueur, comme pouvez bien juger, Madame, que leur ambassadeur ne leur en déguysera rien, ou aultrement vostre parole viendra à estre de nulle authorité, et moy ridiculle, en tout ce que je leur diray ou promectray de vostre part. Et sur ce, etc. Ce VIIe jour d'octobre 1572.
CCLXXIXe DÉPESCHE
—du XIIIe jour d'octobre 1572.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet.)
Conférence de l'ambassadeur avec le comte de Sussex, Leicester et Burleigh pendant la maladie de la reine.—Efforts de l'ambassadeur afin de renouer les diverses négociations.—Motifs donnés par Burleigh du peu de confiance que les Anglais doivent avoir dans le roi.—Assurance de l'ambassadeur que les protestans recevront toute protection en France.—État de la négociation du mariage.
Au Roy.
Sire, ce que, par mes précédantes, je vous ay escript, de quelque petite indisposition qui avoit prins à la Royne d'Angleterre, au retour de son progrès, cella peu à peu s'est converty en ung ou deux accès de fiebvre, et après en la picote ou petite vérolle, qui luy faict tenir le lict; dont n'ay ozé incister de parler à elle, par ce mesmement qu'il luy en estoit sorty au visage, mais non pas beaucoup.
Elle a depputé milord trézorier et les deux comtes de Sussex et de Lestre pour entendre ce que j'avoys à luy dire de la part de Vostre Majesté; ausquelz j'ay récité le contenu de vostre lettre du XXIIe, ainsy qu'elle est bien ample et pleine de beaucoup d'honnestes particullarités, si bien déduictes pour la satisfaction de ceste princesse et de tout ce royaulme, qu'il ne m'a esté besoing d'y adjouxter quasy ung seul mot du mien; et seulement j'ay uzé de la plus grande expression qu'il m'a esté possible pour leur confirmer ce que je leur disoys, et les assurer que leur Mestresse trouvera toute vérité et certitude en ce que Vostre Majesté luy promect.
Ilz m'ont presté fort bénigne audience; et, après avoir conféré ensemble, milord trézorier, pour les troys, m'a dict qu'ilz avoient grand plésir de cognoistre par mon discours que Vostre Majesté continuoit en une semblable bonne et sincère disposition vers leur Mestresse, qu'il sçavoit bien qu'elle persévéroit vers vous; et que, de toutes les particularités que je venois de leur réciter, qui estoient beaucoup en nombre, ilz n'en avoient ouy pas une qui ne fût pour luy apporter du contantement, et plus celle que nulle aultre, par où apparoissoit qu'en toutes choses vous aviez desir de la contanter; dont ne feroient faulte de luy rapporter fort fidellement le tout, aulx mesmes termes que je le leur avois dict, ou le plus près d'iceulx qu'il leur seroit possible; et que, s'il me plaisoit leur donner ung extrêt de vostre lettre, ou bien l'original, qui estoit signé de vostre mein, puisqu'il ne contenoit sinon les bonnes choses que je leur avois rapportées, qu'ilz donroient ce plésir à leur Mestresse de la luy lire entièrement.
Je leur ay respondu que, possible, auroient ilz pensé que, comme ministre affectionné à la paix, et desirant toujours une bonne intelligence entre ces deux royaulmes, j'avoys entreprins, affin de rabiller les choses, de faire cest office de moy mesmes, sans en avoir charge; mais je les priois que, comme je n'avoys jamais rien faict de semblable, qu'ainsy voulussent ilz croyre qu'à ceste heure, moins que jamais, vouldrois je advancer une seule parolle à leur Mestresse ny à eulx, sans en avoir ung bien exprès commandement, et pourtant qu'ilz pouvoient voyr les propres lettres de Vostre Majesté, lesquelles j'avois en la mein, et les leur ay incontinent exhibées; car aussy avoys je proposé de les monstrer à la dicte Dame, ayant seulement immué une sillabe d'ung mot, et adjouxté par interligne ung aultre mot, et changé ung bien peu la substance du déchiffrement qui y estoit; duquel je ne leur ay faict que lecture en passant, sans leur en laysser rien par escript.