Je n'ay deffailly de réplicques, lesquelles ilz m'ont promis de les faire toutes entendre à la dicte Dame, dont attandz meintenant sa responce.

Milord trézorier a jecté bien loing de faire meintenant nul voyage en France, à cause de ses indispositions de la goutte et colicque, mais le comte de Lestre m'a respondu qu'il seroit tousjours prest d'aller là où sa Mestresse luy commanderoit, et mesmes vers Voz Majestez Très Chrestiennes, quand il pourroit servir au propos de l'amityé et du mariage, et à la réconciliation de ceulx de sa religion. Et toutz deux m'ont rendu très humbles merciementz pour l'honnorable tesmoignage, que je leur ay monstré en voz lettres, que Voz Majestez leur rendoient, et la bonne estime en quoy vous les teniez; qui pourtant se santent d'avoir de plus en plus très grande obligation à vostre service. Et sur ce, etc.

Ce XIIIe jour d'octobre 1572.

CCLXXXe DÉPESCHE

—du XVIIIe jour d'octobre 1572.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par Grognet.)

Réponses faites au nom d'Élisabeth aux demandes du roi.—Efforts de l'ambassadeur pour combattre les intrigues de l'Espagne.—Nouvelles de la Rochelle; crainte que les armemens faits à Londres n'aient pour but de rallumer la guerre civile en France.—Affaires d'Écosse.—Danger de Marie Stuart.—Le vidame de Chartres réfugié en Angleterre.—Demande d'instruction sur la conduite que doit tenir l'ambassadeur à l'égard des protestans français réfugiés en Angleterre.—Nécessité où s'est trouvé l'ambassadeur d'accorder que l'entrevue se pût faire à Douvres.—Danger que pourrait avoir cette entrevue.—Demande par l'ambassadeur de son rappel.

Au Roy.

Sire, après que les troys seigneurs, avec lesquelz j'ay heu ceste foys à négocier sur la dépesche de Vostre Majesté, du XXIIe du passé, ont heu rapporté à leur Mestresse les choses que je leur avoys dictes, et qu'elle a heu longuement conféré là dessus avecques eulx, ilz se sont, avec tout le reste du conseil, plusieurs foys assemblés pour dellibérer comme l'on auroit à m'y respondre. Et enfin ilz m'ont mandé par ung des miens ce que Vostre Majesté verra en cest aultre escript, séparé, lequel luy mesmes, en leur présence, a recueilly, ainsy mot à mot, comme ilz le luy ont dict, qui monstre bien, Sire, qu'ilz mettent grand peyne de faire devenir ceste princesse fort ombrageuse et deffiante de tout ce qui leur est maintenant proposé de vostre part. Et, de tant qu'ilz y explicquent ouvertement leurs conceptions, je n'ay que y adjouxter, sinon qu'il me semble, Sire, qu'encores qu'ilz se monstrent bien farouches, si ont ilz grand plésir, pendant que l'intention du Roy d'Espaigne ne leur est encores bien cognue, de voyr que la vostre tend à persévérer vers eulx; en quoy, encor que tout ce dont ilz uzent à ceste heure vers vous, ne soit, à mon advis, que pour vous entretenir affin de gaigner le temps, si se peut il fère que le dict temps et les bons déportemens, dont vous et voz subjectz uzerez cepandant vers eulx, leur apprendra de ne se debvoir point départir d'avecques vous, et de n'espérer jamais trouver si bonne addresse vers le Roy d'Espaigne comme vers Vostre Majesté; qui est ce en quoy je travaille le plus maintenant, par toutz les moyens et démonstrations et communicquation de voz lettres, qu'il m'est possible de le faire, affin mesmement que les agentz du dict Roy d'Espaigne ne se prévaillent trop icy des choses advenues en France; qui, à la vérité, s'esforcent de les interpréter fort mal pour advancer leurs affères et traverser d'aultant ceulx de Vostre Majesté; car, sans cella, je ne mettroys la peyne de radoulcir tant les Angloys comme je fay; qui se monstrent si extrêmes que souvant ilz me font honte des choses qu'ilz me disent. J'eusse espéré pouvoir tirer quelque chose de plus gracieulx de ceste princesse, si je luy eusse faict voyr la bonne lettre de Vostre Majesté, que je n'ay pas faict de ceulx de son conseil. Tant y a qu'ilz ont meurement dellibéré leur responce; et leur Mestresse l'a aprouvée.

Guaras et Sanvictores, qui sont espaignolz, et le cavalier Geraldy qui est icy pour le roy de Portugal, sont beaucoup mieulx ouys, et plus favorablement receus en ceste court qu'ilz ne souloient. Icelluy Guaras a grande espérance de faire retirer toutz les angloys qui sont à Fleximgues et en Flandres, et qu'il remettra en bon trein l'accord des différendz et de l'entrecours des Pays Bas, bien que freschement soient arrivés aulcuns bourgois du dict Fleximgues et de Holande, qui font tenir ceste dellibération en quelque suspens. Les princes protestans ont aussy envoyé secrettement ung personnage de qualité qui ne se montre point, duquel je n'ay encores aprins le nom. Il négocie souvant avec quatre de ce conseil, et semble qu'il obtiendra quelque provision de deniers.