Ung bourgoys de la Rochelle, nommé Duret, est icy, lequel, encor qu'il monstre d'y estre venu pour le faict de marchandise, si a il, et ung Bobineau qui est aussy de la Rochelle, esté quelques jours à Vindezor. J'entendz qu'on a dépesché incontinent ung vaysseau angloys au dict lieu de la Rochelle pour aller voyr comme les choses s'y passent; car il s'en parle icy diversement. Et c'est de ce costé là, Sire, que je ne puys cesser de vous suplier très humblement qu'il vous playse en quelque façon y pourvoir, le plus promptement qu'il vous sera possible: car, voyant que ceulx cy sont fort dégoustés de la France, et que, toutz les jours, ilz tiennent plusieurs heures, soyr et matin, très estroictement le conseil; et qu'ilz ont mandé force capitaynes et mariniers, et préparent de mettre dix grandz navyres dehors pour les tenir à Porsemue, je ne puis avoir sinon bien suspecte ceste leur grand deffiance, et creindre que, pour s'en rasseurer, ilz vueillent fomenter en ce qu'ilz pourront les troubles dans vostre royaulme; et ne fay doubte qu'ilz ne recherchent le comte de Montgommery par le moyen de son beau frère, qui est voysin du dict Portsemmue, et pareillement le cappitaine Sores, auquel a esté desjà ordonné ung logis pour luy et sa famille à Hamptonne.
Je sentz bien aussy qu'ilz font de grandes dellibérations sur l'Escoce pour y suprimer du tout l'authorité de la Royne d'Escoce, et y relever celle du prétandu régent, et pour parachever icy, s'ilz peuvent, la ruyne de la dicte Dame à ce prochein parlement; lequel, à ce que j'entendz, ilz veulent rouvrir le lendemain de la Toutz Sainctz pour ce seul effect, qui ne sera sans que la pouvre princesse ayt grand besoing de vostre faveur; et néantmoins je creins assez qu'elle ne luy sera de si seur refuge comme elle luy a esté jusques icy. Il a esté dépesché, coup sur coup, troys courriers à Barvic pour les choses du dict pays, sans qu'on m'ayt faict part de rien, et n'ay nulles lettres de dellà depuis le VIIIe de septembre; tant y a que quelqu'ung m'a dict que les seigneurs du pays ont prins ung expédiant d'accord d'entre eulx, et que l'ung party s'est uny avecques l'aultre, et toutz deux avecques les Anglois pour se munir et pourvoir contre l'aparance, que les choses de France leur font creindre, qu'il y ayt entreprinse faicte pour exterminer de toutz pointz leur religion; et que Mr Du Croc et son beau filz, et monsieur de Vérac, seront icy le XXe ou XXIIe de ce moys, estantz desjà arrivés à Barvic. Ce que je mettray peyne de sçavoir mieulx au vray.
Mr le vidame de Chartres, ayant trouvé ung des miens à Windesor, est venu parler à luy, et luy a dict que, nonobstant l'exécution de Paris, il avoit une foys résolu de se tenir en sa mayson soubz la sauvegarde que Vostre Majesté luy avoit envoyée, mais que depuis il fut adverty que le Sr de Saint Légier venoit avecques forces pour le surprendre, ce qui l'a contreinct de passer deçà, et qu'il me viendroit voyr; dont vous suplie très humblement, Sire, me commander comme j'auray à uzer vers luy et vers toutz ceulx de la nouvelle religion qui ont passé deçà, qui s'adressent à moy. Et sur ce, etc.
Ce XVIIIe jour d'octobre 1572.
A la Royne
Madame, j'eusse espéré une meilleure responce de la Royne d'Angleterre si j'eusse parlé à elle, que non de l'avoir heue ainsy par l'entremise de ceulx de son conseil. Il est vray que tout ce qu'on m'a dict ceste foys n'est qu'en attandant ce que le Roy et Vostre Majesté aurez advisé sur ma dépesche, du XXIXe du passé, et sur ce que, conforme à icelle, Mr de Walsingam vous aura dict davantage; dont m'assurant que Voz Majestez y auront prins une bonne et vertueuse résolution, je ne m'advanceray de rien vers eulx jusques à voz premières lettres et voz procheins commandementz. Mais sur ce, Madame, que Vostre Majesté avoit trouvé ung peu estrange que j'eusse offert l'entrevue à Douvre, et qu'il ne vous souvenoit de me l'avoir ainsy expressément mandé, je vous suplie très humblement de considérer que, ayant la Royne d'Angleterre jetté bien loing de faire la dicte entrevue sur mer, jusques à me dire que ses conseillers estimoient qu'on se mocquât d'elle, de l'avoir mis en avant; et luy ayant respondu que vous n'aviez pensé qu'elle le deût trouver maulvès, à cause qu'elle a ung équippage de mer si beau et si bon, qu'il ne luy pouvoit revenir qu'à plésir et commodicté de s'en servir à cest honnorable effect; et néantmoins que, sur ce que Mr de Vualsingam vous en avoit depuis remonstré, vous luy aviez promis d'escripre à la dicte Dame que vous n'estiez trop escrupuleuse, et que vous seriez contante que ce fût là où seroit advisé, dont estimiez qu'il seroit bien à propos, pour l'une et pour l'aultre, de choisir à cest effect l'isle de Gerzé ou de Grènezé; et m'ayant la dicte Dame rejecté cella aussy loing que le premier, me disant qu'elle ne voyoit nul lieu plus à propos que Douvre, mais qu'elle ne pensoit pas que nul de ses conseillers en peût estre maintenant d'advis; et que mesmes il y avoit bien à regarder comme recepvoir et traicter une si grande Royne et ung si grand trein comme celluy que Vostre Majesté admèneroit, je ne peus faire de moins, voyant toutz aultres expédiantz rejectés, que de luy dire que, veu ce qu'aviez promis à Mr de Walsingam d'escripre, Vostre Majesté pourroit accorder de venir en quelque lieu en terre qui seroit advisé, sans expéciffier nullement Douvre, et avec compagnie modérée, et avec les seurtés telles, comme il convenoit à la personne d'une si grande princesse. En quoy je n'estime pas, Madame, m'estre advancé en cella de luy offrir davantage que ne pourtoient les lettres du Roy et vostre, du XIIe de septambre, et si, ay tousjours réservé, plus que n'est en icelles, les seuretés que vouldrés demander, n'ayant jamais accordé du dict lieu de Douvre, ny aussy je ne l'ay pas contredict; car je vous puis asseurer, Madame, qu'il n'y a nul aultre lieu si commode que celluy là, et ne voy point, si vous le débatez, qu'il en faille parler de nul aultre.
Tant y a que les choses n'en sont encores si près, et si, se représantent, de jour en jour, tant de nouveaulx escrupules devant mes yeulx, sur la dicte entrevue, pour le regard de Vostre Majesté, que je ne l'oze aulcunement solliciter, non que je y cognoisse aulcun apparant danger; mais il y pourroit intervenir ou parolle ou démonstration de quelque anglois, en l'endroit de quelqu'un des vostres, sur l'émotion de Paris, que je le voudrois, puis après, avoir rachepté avecques la vie, joinct que nous sommes si procheins de l'yver que la mer commancera de devenir bientost bien fâcheuse. Et je desirerois bien aussy, Madame, avant cella, que quelque principal personnage de ce costé fût envoyé visiter la Royne, vostre belle fille, en ses premières couches, affin qu'il se fût ung peu prins plus de confidence entre ces deux royaulmes qu'il semble n'en y avoir meintenant, vous supliant au surplus, Madame, le plus humblement qu'il m'est possible, que si à Mr de Walsingam est permis de venir par deçà, sellon que ceulx cy y incistent, qu'il vous plaise m'octroïer d'aller trouver Voz Majestez; car, oultre qu'ilz ne doibvent gaigner cest advantage sur le Roy, je serois, et toutz les papiers de ceste négociation, en danger: et m'y seroit à tout coup fait quelque trêt qui seroit contre la dignité de vostre couronne; bien que j'ay à me louer infinyement des honnestes faveurs que j'y reçoys de ceste princesse, et de la modeste façon dont ceulx de son conseil et toute la noblesse de ce royaulme m'y uze. Néantmoins je retourne vous suplier très humblement, Madame, qu'ayant esté quatre ans toutz completz au continuel service de ceste charge, non sans du travail beaucoup, qui m'a infinyement envielly, il vous playse meintenant prendre tant de pitié de moy que de me vouloir révoquer, sellon que Vostre Majesté sçait qu'il n'y a gentilhomme, au service de Voz Majestez, qui plus ayt besoing de s'aller reposer, et pourvoir à sa pouvreté et nécessité que moy. Sur ce, etc.
Ce XVIIIe jour d'octobre 1572.