—du XXIIe jour d'octobre 1572.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet.)
Nouvelle des massacres de Bretagne.—Craintes témoignées par les marchands anglais qui se disposent à se rendre à Bordeaux.—Défiances continuelles des Anglais sur toutes les négociations de l'ambassadeur.—Retour de MMrs Du Croc et de Vérac venant d'Écosse, où ils ont conclu une nouvelle suspension d'armes.—Bon accueil fait par les habitans de la Rochelle à Mr de Biron.—Assurance donnée par Mr de La Meilleraie qu'il promet toute protection, dans son gouvernement de Normandie, aux protestans fugitifs.—Effet produit en Écosse par la nouvelle des massacres de Paris.
Au Roy.
Sire, estant la flote des navyres preste à partir pour Bourdeaulx, les marchandz de Londres ont heu quelque advis que les gallères avoient de rechef prins des vaysseaulx angloys qui alloient celle routte, et que pareillement il en avoit esté déprédé quelques ungs sur la coste de Bretaigne, et que, au dict pays de Bretaigne, s'estoit ensuivye une semblable exécution sur ceulx de la nouvelle religion comme à Roan; dont sont tournés les dicts marchandz s'excuser aulx seigneurs de ce conseil du dict voyage, alléguans qu'encor que l'intention de Vostre Majesté soit qu'ilz soient bien traictez en vostre royaulme, que néantmoins il se voit si peu d'obéyssance en vos subjectz qu'il est très dangereulx de se commettre à leur discrétion. Sur quoy, iceulx seigneurs du conseil leur ont faict plusieurs honnestes remonstrances pour les rasseurer, et leur ont monstré vostre édict que je leur avoys baillé imprimé, et leur ont faict entendre ce que, d'abondant, il vous avoit pleu m'escripre à ce propos, et ont tant faict que la dicte flote part résoluement ceste sepmayne; mais ce n'est sans estre venu, quasy chacun vaysseau, prendre nouvelle seureté de moy, et mes lettres de saufconduict. Dont vous suplie très humblement, Sire, qu'il vous playse faire en sorte qu'ilz ne reçoivent poinct de mal, et que là dessus soit refreschy le commandement, à vostre armée de mer, de servir plustost de conserve que de dommage aux dictz Angloys, et que, à Bourdeaulx, ilz les veuillent bien recepvoir, et leur y fère le bon traictement qu'on avoit accoustumé.
Mr de La Melleraye et Mr de Sigoignes m'ont envoyé des pleinctes pour aulcunes déprédations qui ont naguières esté faictes, en ceste mer estroicte, sur voz subjectz, et sur l'empêchement qu'aulcuns vaysseaulx, équippés en guerre, donnoient à la pescherie de l'aranc. Sur quoy, je leur ay incontinent envoyé une commision de la Royne d'Angleterre pour deffandre à toutz ses vaysseaulx de ne troubler la dicte pescherie; et, quand aux prinses, elle a fait commander aux juges de son admiraulté d'y pourvoir: et ainsy je vays gaygnant, peu à peu, tout ce que je puis vers eulx, mais leur deffiance est si grande qu'ilz croyent que tout ce que je leur dis de vostre part est pour les surprendre et tromper.
Mr Du Croc et le Sr de Vérac sont arrivés, et sont allés prendre congé de la Royne d'Angleterre à Windesor. Il leur a semblé, après avoir procuré la prorogation de l'abstinence pour aultres deux moys, que leur demeure par dellà seroit plus dommageable que utille à vostre service, dont s'en sont venus, et le Sr de Quillegreu y est encores demeuré, qui inciste fermement à la paix; mais c'est en réduysant l'ung et l'aultre party à l'obéyssance du prétandu régent, et toutz deux à la mutuelle deffence avec les Anglois de leur commune religion. Le dict Sr Du Croc espère partir d'icy, dans ung jour ou deux, pour vous aller donner bon compte de toutes les choses de dellà.
Vendredy au soyr, arriva nouvelles au change royal de ceste ville comme Mr de Biron avoit esté receu à la Rochelle, et que la dicte ville persévéroit de tout poinct en vostre obéyssance; ce que je cognois estre de grand moment, et que cella amortira bien fort, s'il est ainsy, toutes les imaginations que les Angloys pourroient avoyr d'entreprendre quelque chose par dellà.
Le dict Sr de La Melleraye m'a mandé de faire entendre à ceulx de la nouvelle religion, qui sont de son gouvernement, qui ont fouy, de s'en retourner en leurs maysons, soubz le commandement que toutz les gouverneurs ont de les tenir en la plus grande saulvegarde que faire se pourra; dont ay donné passeport à quelqung d'entre eulx, pour aller jusques à Roan voyr quel il y faict pour eulx; mais ilz ne s'y ozent fier pour encores.
Les agentz du duc d'Alve sont, à ceste heure, si ordinayres en ceste court que quasy ilz n'en bougent. L'on m'a dict qu'ilz ont faict dépescher deux personnages à Fleximgues pour aller retirer les angloys qui y sont, et que tant plus facillement ilz ont obtenu cella, quand on a rapporté icy que Vostre Majesté avoit faict mettre en pièces ceulx qui estoient sortis par composition de Montz[7]. J'entendray plus au vray comme il va de toutes ces choses affin de m'y comporter sellon qu'elles seront vrayes. Et sur ce, etc.