Madame, j'ay esté en une merveilleuse peyne pour la partinacité de laquelle ceulx de ce parlement ont incisté que la Royne d'Escoce fût punie de mort, et que le tiltre, qu'elle prétend à la succession de cette couronne, fût aboly pour elle et pour les siens à jamais, car cella tournoit merveilleusement à l'indignité du Roy; et non seulement faisoit mal sonner le traicté de la ligue, qu'il a faicte avec ceste princesse, mais diffamoit beaucoup tous les aultres honnestes pourchas d'allience, que Voz Majestez Très Chrestiennes ont mené, et continuent de mener encores avec elle. Je rends grâces à Dieu que ce danger est, pour ceste fois, évité; de quoy la dicte Royne d'Escoce en doibt recognoistre l'obligation, après Dieu, au seul respect que la Royne d'Angleterre a heu de ne vouloir ou de n'ozer, en ce temps, offancer le Roy. Il est vray que le pouvre duc de Norfolc a passé; lequel, par l'acte dernier de sa vye, a confirmé davantage au monde une très grande justiffication de luy, et a layssé ung grand regret et une grande compunction du cueur à ung chacun. Il a parlé fort clèrement de tout son faict; dont la Royne d'Angleterre peut, à ceste heure, demeurer esclarcye si je y ay esté jamais en rien meslé, ainsy que ses ambassadeurs vous en avoient quelquefoys touché quelque mot. J'ay requis que le collier de l'ordre du Roy, qu'il avoit, fût remis entre mes mains, ce qui ne m'a esté encores accordé; tant y a que je supplye très humblement Voz Majestez trouver bon que je m'en charge, sellon qu'il me faict aussy grand besoing d'en avoir ung pour la dignité de ceste charge, aux jours de solennité.
L'apareil de la réception de messieurs voz depputés est si honnorable par deçà, et la provision si grande pour les bien traicter, avec toute leur compagnie, dez qu'ilz descendront à Douvres, que je ne veulx fallir de le recorder à Voz Majestez affin de faire uzer de quelque correspondance vers monsieur l'admiral d'Angleterre; car c'est chose qu'on regarde bien fort en ceste court: et desjà s'est dict quelque mot qu'il n'avoit esté assez favorablement receu à Bouloigne, mays une lettre de Mr de Foix, qui m'est arrivée fort à propos, en a aporté la satisfaction. Et se dict, Madame, que le présent de Mr de Montmorency sera d'envyron vingt mille escus; tant y a que je mettray peyne de le sçavoir plus au vray. Sur ce, etc.
Ce Ve jour de juing 1572.
CCLVIe DÉPESCHE
—du IXe jour de juing 1572.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Chamberland.)
Préparatifs faits à Londres pour recevoir. MMrs de Montmorenci et de Foix.—Résolution secrète arrêtée dans le parlement de soumettre la reine d'Écosse aux lois d'Angleterre.—Nécessité de s'opposer à cette résolution.—Défense faite en France de porter secours aux révoltés des Pays Bas.
Au Roy.
Sire, à ce matin, bon matin, j'ay receu des lettres de Mr de Montmorency et de Mr de Foix, de devant hier, VIIe de ce moys, à Boulogne, qui me mandent que ce sera à la première marée de ce jourdhuy, IXe, qu'avec l'ayde de Dieu, ilz passeront la mer; de quoy toute ceste court est grandement ayse, laquelle adjouxte toutjour quelque chose de plus à l'ordre de leur réception, affin de la faire plus honnorable. Eulx deux, par la fréquence des lettres qu'ilz m'ont souvant escriptes sur la légitime excuse de leur retardement, m'ont beaucoup aydé de pouvoir solager ceulx cy en leur atante; lesquelz ont desjà tant faict qu'ilz ont prolongé le parlement jusques après la St Jehan, affin d'avoyr plus grande compagnie de noblesse en ceste ville quand ilz arriveront; et le comte de Pembroth, milord de Vuindesor et milord Bocaust, avec bon nombre de noblesse, n'ont jamais bougé de Douvres, depuis le dernier de l'aultre moys.