(Envoyée jusques à la court par Mr de Mauvissière.)
Réponse de la reine sur la négociation de Mr de Mauvissière.—Acceptation du titre de marraine.—Objections faites contre le mariage.
Au Roy.
Sire, après que la Royne d'Angleterre a heu à loysir dellibéré des troys poinctz de la créance de Mr de Mauvissière, sçavoir est: d'estre vostre commère, de continuer l'amityé, et de passer oultre au propos de Monseigneur le Duc; et qu'elle a heu, comme j'ay esté bien adverty, faict cognoistre à ceulx de son conseil qu'elle continuoit d'avoyr toujours bonne inclination à la France, leur mettant en grand compte ceste présente signiffication de vostre singullière bienvueillance vers elle, et leur remonstrant que les quatre lettres de Voz Majestez et de Monsieur, et la cinquiesme de Monseigneur le Duc, escripte de sa mein, et les propos que le dict Sr de Mauvissière et moy luy avons tenus, l'assuroient que vous la fesiez vostre commère tout exprès pour luy tesmoigner, et à toutz ses subjectz, et encores pour manifester à tout le monde, que vous la vouliés aymer et respecter aultant, et possible plus, que prince ny princesse de vostre alliance, ainsy que, parmy les choses qui sont advenues en France, vous avez heu ung grand soing de faire garder à elle et à ses dictz subjectz ung fort grand respect, elle a conduict iceulx de son dict conseil à luy aprouver qu'elle nous ayt, vendredy dernier, faict la responce qui s'ensuit:
«Qu'elle accepte de bon cueur l'honneur que luy faictes de vouloir qu'elle soit l'une des marraines de vostre fille aynée, et prend cella pour une bien fort grande et singullière récompense de la droicte affection dont elle s'est resjouye de sa nayssance, et qu'il ne luy heût sceu advenir, en ce temps, chose aulcune de plus grande satisfaction que de se voyr par Vostre Majesté, et par la Royne Très Chrestienne, et la Royne, vostre mère, et Messeigneurs voz frères, recherchée de signe de vostre plus estroicte amityé vers elle, dont elle vous en rend le plus grand mercys qu'elle peut, et n'estime que faciez peu pour elle de la convyer à estre compagne en ce sainct acte d'une si excellante princesse comme est l'Impératrix, laquelle elle honnore en toutes sortes pour sa grandeur et pour ses vertueuses qualités, et espére que d'elle procèdera tant de bien et de bonheur à leur petite filleule, oultre celluy qu'elle tirera de la bonne fortune du père et de la mère, et des princes dont elle descend, que tout le mal qui luy pourroit venir de son costé, n'y pourra à peyne paroistre; et, encor que de ces premières couches de la Royne Très Chrestienne son plésir ne puysse estre si parfaict, comme si celluy de Vostre Majesté heût esté du tout accomply par la nayssance d'ung beau filz, si répute elle à grande bénédiction de Dieu que vostre mariage, qui est en toutes sortes très honnorable, vous ayt desjà rendus toutz deux l'ung père et l'aultre mère de ceste heureuse princesse, ayant espérance qu'il vous adviendra, sellon le commun dire, que, qui par filles commance de masles hérite; et qu'elle a desjà advisé que de deux seigneurs, qui sont des plus grandz de son royaulme, l'ung yra trouver Vostre Majesté pour assister, pour elle, au baptesme, et pour faire tout ce que Vostre Majesté luy ordonnera; mais parce que l'ung ny l'aultre ne sont à présent en court, et qu'elle ne sçayt encores lequel se trouvera le plus disposé de faire le voyage, qu'elle différoit de les nous nommer; et qu'elle vous prie, au reste, Sire, de croyre que, comme en la faysant vostre commère, vous luy monstrez, et donnez à cognoistre à ung chacun, que vous voulez persévérer en son amityé, que aussy, de son costé, en acceptant de l'estre, et par toutz aultres bons effectz en quoy la voudrez employer, elle vous fera voyr, et à toute la Chrestienté, qu'elle veut de mesmes persévérer très constamment en la vostre;
«Que, pour le regard du propos de Monseigneur le Duc, il me peut bien souvenir où les choses en sont demeurées au partir de Quilingourt, et que, pour estre despuis survenus plusieurs divers accidans, elle a mandé à son ambassadeur, après mon audience de Redinc, de tirer de Voz Majestez Très Chrestiennes, le plus dextrement qu'il pourra, l'esclarcissement d'ung certein poinct, duquel par ses lettres, qu'il a depuis escriptes, encor qu'il y récite plusieurs propos que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, luy en avez tenus, qui sont très honnorables et qui la rendent très obligée de vous en remercyer, ilz sont néantmoins si généraulx qu'elle n'y peut trouver la satisfaction de ce qu'elle desire; et pourtant qu'elle vous prye de prendre en bonne part qu'elle vous dye encores ceste foys qu'il ne luy est possible de vous résoudre si clèrement là dessus, comme vous le voudriez, et comme elle desireroit le pouvoir faire.»—Et est entrée en deux divers discours, l'ung, de l'entrevue, comme ung voyage en poste n'eut peu estre réputé ny mal séant ny mal honnorable, ny, possible, inutille à Monseigneur le Duc pour cest effect; et l'aultre, de la religion, comme le Pape, par aulcunes lettres et briefz qu'elle a naguyères veus, qu'il a escript à ses rebelles, résidans en Flandres, l'appelle illégitime et prétandue royne usurparesse de ce royaulme, ce que pourroit, possible, fère raviser Monseigneur le Duc de ne se vouloir si mal loger que de l'épouser; et pareillement Vostre Majesté de ne vouloir avoyr de eux deux ung nepveu, ni la Royne, vostre mère, ung petit filz qui fût réputé sismatique; avec d'aultres propos qui monstrent que ceulx de son conseil l'ont merveilleusement agitée de beaucoup d'escrupulles et de plusieurs grandes difficultés.
Dont nous avons mis peyne de luy en diminuer l'impression, luy remonstrant, quand au premier, qu'il n'a tenu et ne tient qu'à elle qu'elle ne soit desjà satisfaicte de l'entrevue; et, quand au segond, que vous avez tousjours monstré, avant la bulle, et depuis encores, en ce présent acte, que vous la réputés pour vraye et légitime et indubitable Royne d'Angleterre. Et se sont conduictz les propos à plusieurs particullaritez bien gracieuses de la vraye et droicte intention, et de l'affection non feinte, dont persévérez tousjours à desirer son allience; y adjouxtant, Mr de Mauvissière, plusieurs expéciallités qu'il luy a assuré avoir freschement ouyes de Vostre Majesté et de la Royne, vostre mère, et de Monsieur, et encores de plus expécialles de Monseigneur le Duc qu'elle n'a poinct dissimulé de les avoyr bien agréables. Et nous a faict cognoistre en somme qu'elle ne veut qu'on délaysse aulcunement la poursuyte de ce propos; puis a prié le dict Sr de Mauvissière de vouloir retourner le lundy ensuyvant pour prendre ses lettres et son congé.
Dont je laysse à luy, Sire, de vous rendre plus ample compte de tout le reste de sa légation, et seulement je adjouxteray icy qu'il l'a accomplie ainsy dignement et avec la dextérité qu'il a accoustumé toutes les aultres charges que Vostre Majesté luy a souvant commises. Et sur ce, etc.
Ce Xe jour de décembre 1572.