Sire, le deuxiesme de ce moys, Mr de Mauvissière et moy sommes allez trouver la Royne d'Angleterre à Hamptoncourt, laquelle l'a beaucoup mieulx et plus favorablement receu que l'occasion des choses passées ne me le faysoit espérer, et croy, à la vérité, qu'en l'endroict d'ung aultre, elle n'eut si bien uzé qu'au sien; qui a bien voulu, dès l'entrée, luy commémorer les honnestes charges que, d'autrefoys, il a heu vers elle[13], qui luy avoient faict dès lors cognoistre sa vertu, et que ce où il s'estoit depuis loyallement porté en bon et fidelle subject, d'advertir Vostre Majesté d'éviter la dangereuse entreprinse de Meaulx[14], luy avoit faict mériter qu'elle et toutz les aultres princes en ouyssent bien parler; et qu'au reste il avoit tousjours heu une si bonne inclination à tout ce qui estoit de la commune amityé d'entre Voz Majestez, et avoit uzé de tant de sortes de courtoysies envers ceulx qu'elle avoit envoyé en France et envers toute la nation, qu'elle se sentoit obligée d'en avoyr mémoyre à jamais; et pourtant qu'elle remercyoit Vostre Majesté de luy avoir envoyé ung tel messager, et qu'il fût le très bien venu.
A quoy luy ayant le dict Sr de Mauvissière faict l'humble mercyement qui convenoit, il luy a présenté, avec les recommandations de Vostre Majesté, de la Royne, et de la Royne, vostre mère, et de Monsieur, les lettres de toutz quatre, réservant celle de Monseigneur le Duc, après le récit de sa créance; et luy a faict, en fort bonne façon, entendre sa dicte créance, laquelle elle a monstré d'avoyr bien fort agréable.
Elle nous a respondu que nul, après Voz Majestez Très Chrestiennes, avoit receu ung plus accomply plésir qu'elle de l'heureuse nayssance de vostre petite fille, et l'eût senty plus grand, si ce eut esté ung filz, et qu'elle réputoit l'offre, que luy fesiez d'estre vostre commère, pour ung des plus certeins signes de vraye et parfaicte amityé qui se pouvoit uzer non seulement entre princes, mais entre toutes aultres plus inthimes et conjoinctes personnes; et pourtant qu'elle vous remercyoit, et remercyoit la mère, et la grand mère, et les oncles, de la plus grande affection de son cueur, de ceste vostre tant bonne et tant cordialle démonstration vers elle. Et, après s'estre ung peu enquise comme nous estimions que l'Impératrix en uzeroit, et laquelle des princesses de vostre court pourroit elle prier de fère l'office pour elle, elle a suivy à dire que ce, où elle se trouvoit le plus empeschée, estoit d'envoyer quelqu'ung par dellà, après ce qui y estoit advenu, non pour deffiance qu'elle heût de Vostre Majesté, mais qu'elle n'avoit ung seul personnage de qualité qui n'estimât qu'elle le tînt en fort petit compte, et qu'elle se vouloit deffayre de luy, si elle luy parloit de le vouloir envoyer en France, néantmoins qu'elle aviseroit d'y uzer le plus honnorablement qu'il luy seroit possible.
Et s'estant le propos adonné à parler des choses de Paris, le dict Sr de Mauvissière luy a confirmé ce que j'en avois devant dict à la dicte Dame et aux siens. Et elle y a respondu quasy de mesmes qu'elle avoit faict les aultres foys, monstrant creindre que les choses passassent jusques à elle et jusques à troubler son estat, ce que nous avons mis peyne de luy fort dissuader. Et après, il luy a présenté la lettre de Monseigneur le Duc, et l'a accompaignée de plusieurs honnestes propos de l'affection et du vray amour qu'il luy porte, et du singullier desir que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, et Monseigneur avez que l'accomplissement du mariage s'en ensuyve.
A quoy elle a respondu que Dieu luy est tesmoing que les choses en estoient venues à si bons et si procheins termes, de sa part, qu'elle ne pensoit qu'il s'y deût trouver plus de difficulté; mais qu'elle voyoit, à ceste heure, que l'extérieur, de l'inégalité des aages, et l'intérieur, de la différance des consciences en la religion, y remettoient plus d'empeschement qu'elle n'eût pensé, et qu'il faudroit qu'elle renouvellât toutz ceulx de son conseil pour prendre quelque bonne résolution là dessus, parce que nul de ceulx, qui y estoient à présent, n'en pouvoient estre d'advis; néantmoins qu'elle ne layssoit de se santir pour jamais très obligée à Vostre Majesté et à la Royne, vostre mère, et encores à Monseigneur le Duc, et qu'elle adviseroit pour ce soyr comme nous respondre le lendemein à toutes ces choses, affin de donner le plus de satisfaction à Vostre Majesté qu'il luy sera possible.
Et n'ayant Mr de Mauvissière rien obmis de tout ce qui la pouvoit rendre bien disposée, et luy ayant aussy, de ma part, touché aulcunes particullaritez pour l'induyre à vous debvoir fère de meilleures responces que jamais, je luy ay baillé la lettre que Mon dict Seigneur le Duc m'avoit escripte, laquelle elle a volontiers reçue et retenue; et nous nous sommes pour ceste foys licenciez d'elle. Et, après avoyr fayct les meilleurs et les plus exprès offices que nous avons peu vers ses conseillers, lesquelz, à la vérité, nous avons trouvez fort froidz, nous sommes, pour ce soyr, allez loger à ung mille de la court.
Et, le grand matin, elle nous a mandé qu'elle nous prioit de luy donner temps de nous faire sa responce jusques à vendredy, qui sera demein; dont avons advisé, Sire, de vous faire cepandant ce mot, affin que Vostre Majesté sache en quelz termes est toute ceste négociation. Sur ce, etc.
Ce IVe jour de décembre 1572.
CCLXXXIXe DÉPESCHE
—du Xe jour de décembre 1572.—