Dont, du premier, j'ay desjà assez souvent escript à Vostre Majesté ce que la dicte Dame et les siens m'en ont respondu, toutes les foys que je leur en ay parlé; et, quand aux aultres troys, j'ay fait un mémoire[11] à part de tout ce que, jusques à ceste heure, il m'en est venu en cognoissance; dont je n'auray à vous dire icy davantage, Sire, sinon que ceulx cy ne layssent cepandant d'encourager le prince d'Orange à la poursuyte de son entreprinse, et luy donner grande espérance qu'il sera assisté, bien qu'ilz se soyent accordés avecques luy de retirer ce qui restoit d'anglois à Fleximgues, qui achèveront d'arriver ceste sepmayne; et pressent, le plus qu'ilz peuvent, les choses d'Escosse pour les faire réuscyr à leur intention; en quoy, pour y surmonter les difficultez qui s'y trouvent, l'on m'a adverty qu'ilz dépêchent une bonne somme de deniers au Sr de Quillegreu, affin de faire tomber la régence et le gouvernement du Prince ez meins de ceulx qu'il recognoistra dévotz à l'Angleterre; et qu'il a charge de praticquer la dicte régence pour le comte d'Arguil, et la garde du Prince pour le comte de Morthon. En quoy est fort à creindre, si le dict d'Arguil prent le dict party, qu'il n'y mène le duc son oncle, et ses enfans, et que le comte de Honteley demeure seul, de toutz les grandz, pour le party de la Royne d'Escoce; et, si le susdict de Morthon a le Prince en ses meins, qu'il ne le livre aulx Angloys, aussy bien comme il leur a vendu le comte de Nortomberland.
Je sçay bien que, pour encores, les choses n'y vont du tout ainsy que ceulx cy voudroient, et n'y espèrent guyères la paix, au bout de l'abstinence; tant y a que leur argent y pourra faire beaucoup incliner les choses à leur desir, et y en employent de tant plus volontiers qu'ilz ont descouvert que l'entreprinse, que les saulvages d'Irlande ont cuydé exécuter sur Dublin, Corc et aultres places de la Palissade, a esté tramée par le comte de Honteley. Dont, en ce conseil, a esté dict que la Royne d'Escoce, de laquelle il se porte lieutenant au North, y avoit besoigné, et que, tant qu'elle vivra, ces troys royaulmes, d'Angleterre, d'Escoce et d'Irlande, ne seront jamais en paix, qui est ung trêt pour remettre ceste pouvre princesse en grand danger; de laquelle j'ay heu deux lettres du premier de ce moys, que milord trézorier m'a envoyées, le XXIIe, toutes ouvertes; et encores il a fallu que je les luy aye prestées pour en communiquer quelques poinctz à la Royne, sa Mestresse.
J'avoys prié monsieur le Vidame de Chartres et le jeune Pardaillan, et le Sr Du Plessis, et quelques aultres françoys, de ceulx qui sont fuitifz, de venir prendre leur dîner en mon logis, affin de leur faire entendre l'intention de Vostre Majesté; mais, pour creinte qu'ilz ne donnassent quelque souspeçon d'eux aux Angloys, s'ilz y venoient, et pour quelque opinyon, qu'on a imprimé au dict vidame, que Vostre Majesté le vouloit faire tuer, fût par poyson ou aultrement, ilz se sont toutz excusez, ormis le jeune Pardaillan, lequel à grande difficulté a voulu manger une foys avecques moy; et par luy j'ay mandé à toutz les aultres que vostre desir est, Sire, qu'ilz se retirent en leurs maisons, et que vous leur promettés, sur vostre honneur, qu'il ne leur y sera faict ny mal, ny déplaysir; et si, pour prendre plus grande seureté de cella, ilz vouloient envoyer ung d'entre eulx vers Vostre Majesté, que je l'accompaignerois de mes lettres. Sur quoy, au bout de deux jours, ainsy que les dicts vidames et de Pardaillan alloient trouver ceste princesse à Hamptoncourt, ils me sont venus, en passant, tenir le propos que je metz à l'instruction de ce porteur[12], affin de tenir ceste lettre tant plus briefve. Et adjouxteray seulement à icelle que je sentz bien qu'on uze de toutz les artiffices et persuasions qu'on peut pour retirer, peu à peu, ceste princesse de l'opinyon qu'elle s'estoit imprimée de vouloir establir une privée amityé, et une fort estroicte intelligence avec Voz Majestez Très Chrestiennes et avec vostre couronne: dont je seray bien fort ayse qu'en la faysant vostre commère, vous la confirmiez en son premier bon propos; et croy que difficillement la pourra l'on du tout tirer à l'aultre party, tant je l'ay une fois vue très fermement résolue de suyvre du tout le vostre. Sur ce, etc. Ce XXIXe jour de novembre 1572.
Ainsy que ce porteur montoit à cheval, Mr de Mauvissière est arrivé. Je n'ay layssé pour cella de le faire partir.
CCLXXXVIIIe DÉPESCHE
—du IIIIe jour de décembre 1572.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo.)
Audience accordée à l'ambassadeur et à Mr de Mauvissière.—Demande officielle faite à Élisabeth de tenir la fille du roi sur les fonts de baptême.—Acceptation de la reine.—Embarras qu'elle témoigne pour envoyer, à cette occasion, un ambassadeur en France, de peur qu'il ne soit massacré.—Nouvelle proposition du mariage.—Difficulté opposée par la reine à la reprise de cette négociation.—Froide réception faite par les seigneurs du conseil à l'ambassadeur et à Mr de Mauvissière.
Au Roy.