Du costé d'Escoce, Sire, il s'entend que, le XVe de ce moys, se debvoit faire l'assemblée de la noblesse du pays à Lillebourg pour créer ung nouveau régent, et pour pourvoir à la seureté du petit Prince, mais l'on n'espère guières que la paix puisse réuscyr au bout des deux moys de l'abstinence.
Fleximgues monstre de se vouloir opiniastrer, car l'on y faict une extrême dilligence de se bien fortiffier, et le capitaine Morguen, avec une compagnie d'angloys, y est enfin demeuré. Le prince d'Orange est encores en Olande, et ung sien agent est tousjours par deçà. L'on m'a adverty que le comte de Montgommery doibt bientost venir secrettement en cette ville. Je mettray peyne de l'observer. J'entendz que ceulx de la Rochelle, qui sont icy, ont esté en ceste court; et, à dire vray, Sire, la responce, que ceste princesse m'a faicte touchant l'opinyastreté des dicts de la Rochelle, ne me contante assez. Ceulx cy mandent pour toute provision en Irlande trente mille escus pour résister aulx saulvages. Sur ce, etc.
Ce XXIIIe jour de novembre 1572.
CCLXXXVIIe DÉPESCHE
—du XXIXe jour de novembre 1572.—
(Envoyée exprès jusques à la court par Joz, mon secrettère.)
Défiances inspirées aux Anglais par la légation du cardinal Orsini et par les armemens faits en France.—Résolution prise par Élisabeth de maintenir l'alliance avec le roi, et néanmoins de rechercher l'alliance d'Espagne, de s'unir aux princes protestans d'Allemagne, et de soutenir les mécontens de France.—Affaires d'Écosse.—Méfiances témoignées contre l'ambassadeur par les français réfugiés en Angleterre.—Assurance qu'il leur donne au nom du roi qu'ils peuvent en toute sûreté rentrer en France.—Arrivée de Mr de Mauvissière.
Au Roy.
Sire, après que j'eus parlé à la Royne d'Angleterre, le XVIIe de ce moys, et que j'eus baillé par escript à ceulx de son conseil ce que je luy avoys dict, ung des gens de Mr de Walsingam leur arriva, le jour d'après; de la dépesche duquel il semble que la jalousie et la deffiance ayt augmenté à la dicte Dame et à eulx, touchant la légation du cardinal Ursin, et touchant quelques levées de Suisses qu'on leur a mandé que Vostre Majesté faict desjà marcher, creignant que ce soit contre leur religion, et nomméement contre l'estat et repos de ce royaulme, en faveur de la Royne d'Escoce, dont se sont assemblés plusieurs foys pour dellibérer de leurz affères. Et j'entendz qu'après les avoyr bien débattus, ilz se sont résolus à quatre poinctz: l'ung, d'observer, de la part de leur Mestresse, le traicté que naguyères elle a faict avec Vostre Majesté, sans toutesfoys y mettre grand fiance; le segond, d'estreindre l'accord avec le Roy d'Espaigne; le troysiesme, de faire une prompte et bien ample dépesche en Allemaigne; et le quatriesme, de se prévaloir, si elle peut, de voz subjectz malcontantz, qui sont par deçà, au cas qu'elle et eux ne puissent voyr plus cler dedans voz entreprinses qu'ilz ne font.