Sire, de tant que, par vostre lettre du IXe et Xe du passé[15], je me suis trové non seulement bien respondu sur mes précédantes dépesches, mais encores fort amplement informé de certeins poinctz bien importans, que desirez estre de nouveau négociez avec ceste princesse, je n'ay fally de les luy déduyre toutz par le mesmes ordre que je les ay trouvés en vostre dicte lettre, et avec le plus de respect et d'expression qu'il m'a esté possible, pour tout ensemble les fère bien prendre et bien comprendre à la dicte Dame. Dont je ne les réytèreray icy; car c'est de Vostre Majesté mesmes que j'en ay heu la substance, et je y ay adjouxté seulement quelque forme de parolles; mais je charge le présent pourteur de vous dire, Sire, ce que la dicte Dame m'a respondu.

Il seroit long de vous racompter icy aulcunes réplicques que j'ay estimé ne debvoir obmettre de luy fère, lesquelles elle a prinses de bonne part; et, en me licenciant, m'a pryé que je voulusse communicquer, avec milord trézorier et avec le comte de Lestre, des mesmes poinctz que je luy avoys déduictz; ce que j'ay faict. Je les ay trouvés l'ung et l'aultre bien facilles et promptz à l'entretennement du traicté, doubteux et incerteins aulx propos du mariage; mais si estonnez, des choses naguières passées, qu'ilz ne sçavent comme prendre les présentes, ny comme juger de celles d'advenir. Ilz ont voulu avoyr temps pour rapporter le tout en l'assemblée de leur conseil et en conférer de rechef avec leur Mestresse. Sur ce, etc.

Ce IIe jour de janvier 1573.

INSTRUCTION DES CHOSES
dont le Sr de Vassal, suyvant la présente dépesche, aura à informer Leurs Majestez:

Que la Royne a respondu à mes demandes, Sire, qu'elle confesse que vous auriez occasion de vous fyer peu de son amityé, si cognoissiez qu'elle ne se confiât de la vostre, et pourtant qu'elle vouloit de bon cueur déposer les escrupulles, qu'elle avoit prins de ce qui s'estoit faict, sur l'assurance de ce que luy fesiez dire; et que je luy estois tesmoing qu'encor qu'elle n'eût approuvé l'acte, qu'aulmoins s'estoit elle tousjours efforcée de l'excuser d'elle mesmes, mais ne l'avoit peu justiffier vers les siens; qu'il n'estoit rien advenu, de son costé, qui vous deût faire changer de volonté; et, puisqu'il vous plésoit de persévérer au traicté, qu'elle ne s'en départiroit pour occasion qui se peût jamais présenter;

Que de rechef elle commanderoit fort volontiers à ceulx de son conseil de pourvoir aulx choses qui restoient à accomplir des articles du dict traicté, et que l'offre de Vostre Majesté de vouloir assoyr l'estappe aulx marchandz angloys, aussytost qu'ilz auroient choisy leurs lieux et places en France, avec les privilèges accordez, et l'émologation de voz parlementz, estoit très honnorable, mais qu'ilz refuzoient d'y entendre, parce que la peur les tenoit encores des évènementz de dellà; néantmoins qu'elle les en feroit de rechef exorter; et, quand bien ilz s'y rendroient opinyastres, le reste du traicté pour cella ne laysseroit de demeurer en sa vigueur, ny l'ancien commerce d'estre continué;

Que, pour la paix d'Escoce, elle ne voyoit pas que de nouveaulx ambassadeurs, encor qu'ilz fussent de plus grande qualité que les premiers, y peussent rien advancer, aulmoins pour le regard d'elle, qui ne sçauroit y faire ny dire davantage que ce qu'elle y avoit desjà dict et faict, et que le comte de Morthon, qui estoit à présent régent, avoit offert le chasteau de St André pour recouvrer le chasteau de Lislebourg, et d'aultres grandes récompances qui valoient vingt foys mieulx que le dict chasteau, mais ceulx de dedans estoient opinyastres; et qu'elle espéroit qu'ilz s'accorderoient à la fin par force:

Au regard de voz subjetz qui sont icy, qu'elle ne leur avoit peu dénier refuge pour l'occasion qu'ilz y estoient passez, et qu'il estoit en leur liberté de s'en retourner quand ilz voudroient; néantmoins que, de les en faire exorter, cella luy seroit imputé à cruaulté, jusqu'à ce qu'on vît que vostre justice ozât bien exécuter la punition qu'aviez commandé de faire des autheurs des meurtres et séditions passées;

Mais que, de donner secours ny assistance à ceulx de la Rochelle, elle seroit très marrye de le faire: bien avoit entendu que quelques ungs des habitans estoient descendus vers la coste de Ouest, lesquelz elle n'avoit point veus, et s'asseuroit qu'ilz ne trouveroient en ce royaulme chose aulcune qui leur peût servir pour maintenir leur rébellion, s'ilz la vouloient faire; vray est qu'elle ne pourroit, sans injure, deffendre que quelques ungs de ses marchandz, qui y avoient leur commerce de longtemps, et y avoient leurs biens engagés, ne l'y continuent, non toutesfoys d'y en fère establir de nouveau;

Qu'elle vous remercyoit grandement de ne vous estre layssé surprendre des persuasions du cardinal Ursin, non qu'elle ne louât bien fort que vous vous liguissiez contre le Turcq, comme encores elle se voudroit bien obliger à une si saincte ligue, affin de résister au commun ennemy et adversayre du nom chrestien, lequel, s'il n'estoit réprimé, opprimeroit quelquefoys les plus grandes puissances et les premières authoritez, et toute la liberté de la Chrestienté; mais que le vray moyen de luy résister seroit de mettre toutz les princes chrestiens en bonne union, et les différendz de la religion en accord, non de liguer contre luy, ainsy en apparance, une partie des forces chrestiennes, en intention de ruyner les aultres, et que, si Vostre Majesté s'estoit à bon esciant excusée d'entendre à telles praticques, elle estimoit que vous cognoistriez bientost que vous auriez beaucoup faict pour vostre réputation; qu'elle vouloit fort fermement croyre, sans y mettre aulcun doubte, que ne layssiez de l'aymer, pour la diversité qui estoit entre vous de la religion, car, avant que vostre dernière amityé fût promise ny jurée, vous sçaviez toutz deux quelle estoit la religion l'ung de l'aultre, et qu'elle croyoit bien qu'elles estoient diverses en quelques parolles, mais nullement contrayres en substance; dont tout ainsy qu'elle vous réputoit prince chrestien, qui ne luy manqueriez de vostre foy ny de vostre parolle, qu'ainsy la trouveriez vous princesse fort chrestienne, qui vous tiendroit toutes les choses qu'elle vous avoit promises et jurées.