Et adjouxta qu'elle croyoit que Dieu, au pis aller, n'avoit pas encores déterminé de faire que l'Angleterre ne demeurât là où elle estoit; aulmoins ne comprenoit elle pas qu'il eût encores mis en pouvoir de le fère à ceulx d'entre les hommes qui, possible, le voudroient bien entreprendre.
Et ayant la dicte Dame là dessus faict ung peu de pause, je luy ay dict, voyant que le temps estoit court, qu'à mon advis il y avoit de quoy louer et approuver, et de quoy plus la remercyer en sa responce, qu'il n'y avoit lieu d'y rien replicquer, et pourtant je la priois de passer oultre aulx aultres choses que je luy avois dictes.
Elle a suivy qu'à son advis Vostre Majesté se contanteroit de l'élection qu'elle avoit faicte du comte de Wourchester, car estoit de mesmes mayson qu'elle, personnage nourry en la court, qui avoit esté uniquement aymé du feu Roy, son père, et lequel vous trouveriez très inclin à Vostre Majesté et prest à faire tout ce que vous voudriez, et vous accompaigner là où luy commanderiez, et estimoit que vous le recepvriez et favoriseriez ainsy qu'avez tousjours faict ceulx qu'elle vous avoit cy devant envoyez; que, d'adjouxter à la commission, qu'elle luy donroit du baptesme, celle du mariage, elle s'en trouvoit en quelque perplexité, parce que son ambassadeur ne l'avoit encores résolue des poinctz dont elle luy avoit, longtemps y a, donné charge qu'il s'en esclarcît avec la Royne, vostre mère; mais qu'avant le troysiesme de janvier que le dict comte partiroit, elle pourroit avoyr receu la responce de son ambassadeur pour luy en mettre quelque article en son instruction, ou bien le luy envoyeroit après; et qu'elle creignoit assez qu'encor que Voz Majestez dissent que les difficultez de l'extérieur, qui estoient ez personnes, fussent beaucoup amandées, que néantmoins celles de l'intérieur, qui restoient ez consciences et en la religion, ne se fissent de jour en jour plus grandes; dont voudroit de bon cueur qu'elles fussent vuydées: car y avoit apparence, comme je le luy avoys bien remonstré, qu'après ceste foys, l'on réputeroit que ce ne fût plus qu'entretènement et peyne perdue d'en parler.
CCXCIVe DÉPESCHE
—du IXe jour de janvier 1573.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo.)
Audience.—Nouvelles assurances d'amitié de la part de la reine.—Conférence de l'ambassadeur avec Burleigh, le comte de Sussex, et Mr Smith.—Préparatifs pour la Rochelle.—Mémoire. Détails de l'audience.—Blessure du roi.—Retard apporté au départ du comte de Worcester.—Remerciemens d'Élisabeth sur l'offre faite par la reine de Navarre de tenir Madame en son nom sur les fonts de baptême.—Reprise de la négociation du mariage.—Défense faite en Angleterre de préparer des secours pour la Rochelle.
Au Roy.
Sire, il n'est possible de voyr une plus grande satisfaction que celle que la Royne d'Angleterre a monstré de recepvoir les bons termes d'amityé qu'il vous a pleu me commander luy tenir, et elle aussy, de son costé, n'a layssé une seule sorte de bonnes parolles ny de bonnes démonstrations, qu'elle n'en ayt uzé pour me tesmoigner que très parfaictement elle vous y correspondît; chose qui seroit longue à mettre icy, et suffira s'il vous plaist que je touche sommèrement aulcunes responces qu'elle m'a faictes, que je joins dans un mémoire à part.
Et après, elle m'a pryé de vouloir conférer du tout avec milord trézorier, avec le comte de Sussex et avec Me Smith; qui pourtant nous sommes retirés, toutz quatre à part. Et après qu'ilz ont eu paciemment escouté la déduction des principaux poinctz, ilz ont monstré d'avoyr très bonne inclination de satisfère, en tout ce qu'ilz pourront, à Vostre Majesté.