Les françoys qui sont icy font tousjours quelque apprest d'armes, et le cappitayne Poyet faict faire demy cent de longues harquebuses à fourchette, mais semble qu'il s'en veult retourner à Fleximgues, car il parle comme ayant charge du prince d'Orange; et les aultres font bruict d'aller à la Rochelle; néantmoins ilz n'impètrent encores de ceste court toutes les choses qu'ilz demandent. Je les observeray et les feray observer, ainsy que me mandez, affin de vous advertyr de leurs déportementz. Et sur ce, etc.
Ce IXe jour de janvier 1573.
MÉMOIRE
des choses que la dicte Dame m'a faict entendre.
Quand à vostre blesseure[16], Sire, elle m'a dit que plusieurs occasions luy faisoient réputer peu heureuse l'année dont nous venions de sortir, mais que cest accident seul la luy faysoit réputer du tout malheureuse, car s'estoit imprimé que le coup d'espée n'avoit peu estre sinon fort grand, puisque le gentilhomme tiroit à tuer le sanglier; et que de nul présent plus précieulx pourroit estre elle estrénée à ce nouvel an, que de l'assurance que luy donniez que cella s'estoit passé sans dangier, dont elle en louoit et remercyoit Dieu de bon cueur; et cella seroit cause de quoy elle jouyroit plus à plein le grand plésir qu'elle avoit aussy receu d'entendre que la Royne, vostre mère, fût entièrement bien guérye de son rume: qui vous supplioit toutz deux de croyre qu'elle ne pouvoit ouyr qu'il vous advînt, et aulx vostres, si peu de mal qu'elle n'y participât incontinent, avec aultant de douleur comme s'il touchoit à elle mesmes;
Et, au regard de faire promptement partir le comte de Wourchester, qu'elle vous suplioit d'excuser ung peu, s'il n'estoit desjà en chemin, parce qu'elle l'avoit mandé venir en poste; et il luy avoit esté besoing de renvoyer jusques en sa mayson, qui est en Galles bien loing d'icy, pour quérir ses gens, son équippage et aucuns de ses parans qu'il vouloit mener en sa compagnie, mais qu'elle le feroit partyr dans troys jours sans faillir, bien que aulcuns luy avoient voulu dire qu'il ne seroit assuré, et que d'aultres eussent voulu songer que messieurs de Guyse le feroient arrester pour ravoyr la Royne d'Escoce, ce qui n'avoit esté sans qu'elle eût monstré que non seulement elle mesprisoit, mais qu'elle avoit en hayne toutz les advis qu'on luy donnoit pour luy ingindrer doubte ou souspeçon de la foy et amytié de Vostre Majesté;
Qu'elle n'avoit parolles assez expresses pour vous remercyer aultant qu'elle debvoit, et la Royne, vostre mère, de l'honneur et faveur que luy faysiez, et que luy fesiez faire par la Royne de Navarre, qu'elle deignât tenir pour elle la petite Madame, de quoy elle se santoit vous en avoyr, et à elle, une très grande obligation, et que son desir doncques seroit de l'en suplier; néantmoins, voyant que l'Impératrix vouloit que son depputé mesmes tînt pour elle, qu'elle adviseroit, avec son conseil, comme en debvoir uzer, affin qu'il ne s'y trovât manquement ny diversité de sa part; et ne pensoit pas, quoy que aulcuns escruppulleux luy eussent voulu remonstrer au contrayre, que sa conscience ny celle du comte peussent estre intéressez que luy mesmes pour elle intervînt en ce sainct acte; et, quand à adjouxter son nom à celluy de l'Impératrix, pour en faire dénommer de toutz deux leur petite fillieule, que cella luy faysoit cognoistre combien Voz Majestez avoient soing de n'obmettre aulcune sorte d'honneste respect que n'essayssiez de l'en gratiffier; ce qui luy donnoit occasion d'estre pareillement respectueuse vers tout ce qu'elle cognoistroit à jamais servir à vostre grandeur et réputation:
Au regard de donner ample instruction au dict sieur comte pour résouldre Voz Majestez du propos du mariage, qu'elle mettroit peyne de le faire avec des conjectures, néantmoins, dont elle seroit contreinte d'uzer, que, si Voz Majestez luy parloient en une sorte, qu'il vous ayt à respondre sellon celle là; et si aultrement, aultrement; veu qu'elle n'avoit peu estre encores esclarcye par son ambassadeur de certeins poinctz de la religion, qu'elle luy avoit commandé d'en parler à la Royne, vostre mère, laquelle ne luy avoit voulu respondre, sinon que, quand elles deux se verroient, elles s'en sçauroient bien accorder entre elles; et que, ne se parlant, à ceste heure, plus de l'entrevue, il falloit qu'on regardât ung peu à ce poinct, ny ne vouloit advouer, sur ce que je luy disois que Monseigneur le Duc se pourroit contanter de ce qu'elle avoit voulu concéder à Monsieur, frère de Vostre Majesté, pour l'exercice de sa religion, qu'elle luy en eût voulu rien concéder, puisque rien il n'en avoit voulu accepter, et qu'elle se vouloit bien garder de ne se trop haster, affin de ne broncher là où elle avoit cuydé trébucher l'aultre foys; et que son ambassadeur se trouvoit si estonné d'avoyr trop espéré le premier mariage, qu'encor qu'il ne desirât pas moins ce segond, si ne trouvoit elle qu'en pas une de ses lettres il ozât encores assurer que Voz Majestez, à bon esciant, aient une ferme dellibération de l'effectuer;
Que ce qui s'estoit parlé, entre elle et le Sr de Mauvissière, de Monseigneur le Duc, qu'il pourroit faire ung voyage à la desrobée jusques icy, que cella s'estoit dict, plus sur l'occasion de leur propos, que non qu'elle l'eût mis en avant elle mesmes, car avoit tousjours remis cella à ce que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, jugeriez que seroit honnorable pour luy de faire;
Et qu'elle vous remercyoit, le plus qu'elle pouvoit, de l'offre que luy fesiez qu'après les difficultez vuydées et les choses réduictes à quelque bon accord, que Voz Majestez mettroient lors peyne de luy satisfaire, et de luy defférer, et luy uzer beaucoup de respectz; qu'elle n'avoit garde d'en desirer jamais de plus grandz qu'elle ne debvoit, ny qui ne fussent égallement honnorables à Monseigneur le Duc et à la couronne dont il est, qu'ilz le pourroient estre à elle et à la sienne; et que, de tenir les choses en longueur, c'estoit ce qu'elle vouloit surtout éviter, et croyoit bien que Voz Majestez et toute la Chrestienté jugeoient assez d'où procédoit, à ceste heure, le retardement;
Au regard de ce que j'avois entendu que quelques ungs armoient en ce royaulme pour nuyre à voz subjectz, qu'elle me prioit de ne le vouloir aulcunement croire; car c'estoit chose qu'elle avoit expressément deffendu; et avoit mandé à toutz les gardiens de ses portz qu'ilz missent ordre de l'empescher; dont elle me pouvoit assurer que, des principaulx lieux et hâvres de son royaulme, il n'en sortiroit rien, de quoy j'eusse cy après occasion de me pleindre; mais qu'à la vérité la mer estoit desjà si pleine de pirates, et il y avoit tant de petits lieux et criques cachées le long de la coste de deçà, qu'elle n'y sçauroit mettre l'ordre qu'elle vouloit; mais que ce n'estoit que larrons de mer, lesquelz il failloit que le premier qui les pourroit prendre les fît pendre;