Que, touchant ce que Mr le baron de La Garde escripvoit, de douze vaysseaulx angloys qui s'estoient esforcés d'entrer au port de la Rochelle, et favoriser ceux qui y portoient des vivres, qu'elle sçavoit bien la responce que son ambassadeur avoit faicte là dessus, que, s'il y eut eu douze bons navyres angloys, l'on ne les eût pas légièrement empeschés d'aller là où ilz eussent voulu; et cuydoit, à la vérité, que ce n'en estoient poinct; néantmoins, puisque le dict Sr de La Garde le mandoit, et, sur ce qu'il se pleignoit d'aucuns aultres angloys qui, avec mes passeportz, que je leur avoys baillé pour aller à Bourdeaulx, s'estoient voulu couler dans la dicte ville, qu'elle s'en feroit enquérir pour les faire toutz rigoureusement punir, ainsy qu'elle estoit après à faire chastier ceulx qui avoient mené des angloys à Fleximgues, sans qu'elle l'eût ordonné; et qu'elle vous prioit prendre ceste seurté d'elle qu'elle ne secourra en façon du monde les dicts de la Rochelle, et que mesmes l'on luy avoit dict que troys des habitans estoient par deçà qui proposoient d'en admener deux navyres chargés de greins et de vivres; mais que, s'ilz s'attandoient à cella, ilz endureroient longtemps la feim.
Et après, la dicte Dame est venue à quelques particullaritez que je luy avoys touchées d'une lettre que la Royne d'Escoce m'avoit escripte, en quoy elle m'a parlé assez aygrement.
CCXCVe DÉPESCHE
—du XVe jour de janvier 1573.—
(Envoyée jusques à Calais par Jehan Volet.)
Départ du comte de Worcester avec charge de traiter du mariage.—Négociation des Pays-Bas.—Mémoire. Réclamation du vidame de Chartres et des Srs Pardaillan et Du Plessis contre l'ordre du roi qui leur enjoint de rentrer en France.—Disposition du comte de Montgommery à faire sa soumission.—Nouvelles de la Rochelle; préparatifs faits secrètement en Angleterre pour secourir cette ville.
Au Roy.
Sire, le comte de Vourchester a esté retardé jusques aujourdhui XVe, qu'on a achevé de le dépescher, et, après m'estre venu dire l'adieu en mon logis, il s'est mis incontinent sur la Tamise. Il s'en va pourveu d'une très bonne intention vers ces deux royaulmes, et d'une bien ample commission, ainsy qu'il m'a dict, de sa Mestresse, pour traicter avec Voz Majestez du poinct de l'allience qui se recherche maintenant entre vous; qui sont deux choses, lesquelles je m'assure, Sire, qu'avec la considération des aultres bonnes et grandes qualités siennes, vous le feront avoyr agréable.
L'on attand tousjours icy en grande dévotion la responce du duc d'Alve sur l'accord des différandz des Pays Bas, et semble que, si elle n'arrive dans le caresme prenant, que ceulx cy veulent prendre quelque aultre expédiant. Je desire, de plus en plus, Sire, que faciez bientost partir le Sr de Vérac pour Escoce, car j'entendz que les deux praticques, de mettre le Prince d'Escoce ez meins de la Royne d'Angleterre, et le chasteau de Lislebourg ez meins du comte de Morthon, se poursuyvent fort à l'estroict; et me vient l'on d'advertyr que le Sr de Quillegreu est arrivé depuis deux jours pour cest effect en ceste ville, et qu'il se tient caché au logis de milord trézorier, son beau frère. L'on offre de grosses sommes pour cella. J'ay escript à ceulx du dict chasteau la bonne provision que Vostre Majesté a ordonné pour les affères du dict pays, et qu'ilz auront bientost par dellà de voz nouvelles, si desjà elles ne sont arrivées. Et sur ce, etc. Ce XVe jour de janvier 1573.