Sire, nous, de Montmorency et de Foix, sommes arrivés icy vendredy, XIIIe de ce moys, ayant en chemin receu toutes les caresses et honneurs possibles. Le lendemein, après disner, sommes toutz troys allés trouver la Royne d'Angleterre, à laquelle nous avons présenté les lettres de Vostre Majesté et de la Royne, vostre mère, concernant la confirmation et ratiffication du traicté, lesquelles elle a reçues avec déclaration de l'opinion de voz vertus, et grand estime qu'elle fait de vostre amytié; de sorte que tout ce premier jour s'est passé en propos courtois et gracieux. Le lendemein matin, nous sommes allés recepvoir d'elle le sèrement accoustumé, avant lequel presté, elle nous a aussy déclaré n'avoir restitué le chasteau de Humes, scitué en Escoce, comme elle est obligée par le traicté de confédération, d'aultant qu'elle s'est trouvée en peyne auquel des deux partis elle le debvoit rendre, ou au Sr de Humes, ou au régent, mais qu'elle protestoit que son intention estoit de le randre aux Escouçoys, et satisfaire en toutes choses au dict traicté; dont nous l'avons priée de faire la dicte restitution au plus tost, et avec le consantement et volonté de Vostre Majesté, ce qu'elle a promis de faire. Et, après le dict sèrement faict, elle nous a menés en sa chambre, où nous luy avons présenté les lettres escriptes de la mein de Vostre Majesté, de la Royne, et de Noz Seigneurs voz frères, desquelles elle a leu à l'instant la vostre, remettant alors les aultres jusques après dîner; à l'yssue duquel elle nous a ramenés en la mesmes chambre, et dict à moy, de Montmorency, que je luy exposasse la créance. Sur quoy nous l'avons priée de lire premièrement la lettre de la Royne, vostre mère, ce qu'elle a faict tout hault; et après, dict qu'elle se santoit très obligée en son endroict, d'aultant qu'elle luy avoit présenté toutz ses enfans, réitérant à moy, de Montmorency, que je luy exposasse donc nostre dicte créance. Ce que j'ay faict, sans rien obmettre de ce qui estoit contenu en noz instructions, et conforme à vostre intention.

La dicte Royne, pour responce, est entrée en quelques discours des choses passez, que nous remétrons de vous dire à quand nous serons auprès de Vostre Majesté, dont la fin a esté qu'estant l'affaire de grande importance, qu'elle en vouloit dellibérer, tellement que, ce jourdhuy, elle a envoyé milord de Burgley devers nous pour entendre sur ce faict plus amplement vostre dicte intention, nous proposant plusieurs difficultés, auxquelles nous avons mis peyne de satisfaire le mieulx qu'il nous a esté possible; de sorte qu'il s'en est retourné, nous promettant de faire, de sa part, tous bons offices: comme aussy nous a assuré le comte de Lestre, de son costé, auquel nous avons déclaré le bien qu'il doibt espérer de Vostre Majesté, si cest affaire peut bien réuscyr; de façon que nous n'avons rien oublié, à l'endroict de luy, ny de toutz les aultres, que nous avons cuydé pouvoir servir pour conduire cest affaire à bonne fin; duquel nous ne voyons pas encores aulcune assurance, aussy n'avons nous occasion d'en mal espérer; et, de ce que nous verrons de lumière, de jour à aultre, nous ne faudrons de vous en advertir, et suyvant voz commandementz, de vous en aporter une dernière résolution. Sur ce, etc.

Ce XVIIe jour de juing 1572.

Au Roy.

Sire, aussytost que Mr de Montmorency, estant arrivé à Bouloigne, a veu que le vent luy pouvoit servir, il a passé la mer, ensemble Mr de Foix et tous les seigneurs et gentilshommes qui sont en leur compagnie, le VIIIe de ce moys; et, le mesme jour, ilz ont esté, du comte de Pembroc et des milords de Vuindesor et de Boucaust, et aultre bon nombre de noblesse de ce royaulme, fort bien et fort honnorablement recueillis à Douvre, ainsy que Mr de Foix m'a assuré qu'il le vous avoit amplement escript du dict lieu, et ont séjourné là ung jour entier pour se refère du travail de la mer. Et, le lendemain, se sont acheminés à Conturbery, à Setemborne et à Rochester, où ilz ont de mesmes esté partout fort bien reçus, et sont arrivez le vendredy, XIIIe du moys, à Gravesines; auquel lieu je les suys allé trouver. Et, peu après, le comte d'Ochestre, accompagné de milord Grey, de milord Staffort, de milord Comthom, de milord Cheyne, et aultre bon nombre de gentilshommes, leur y est venu au devant, avec les barges de la Royne; sur lesquelles il nous a tous reconduictz, l'après dînée, en ceste ville de Londres, à laquelle ainsy que sommes arrivés, la Tour a faict son debvoir de tirer force coups de canon; et, quand avons esté descendus à Sommerset Place, le dict comte d'Ochestre a présenté à Mr de Montmorency, de la part de la Royne, sa Mestresse, ung petit St George à mettre au coul, et luy a baillé les estatutz de l'ordre d'Angleterre; et puis le hérault d'armes luy a ataché la jarretière, ce que mon dict sieur de Montmorency a receu, avec plusieurs bien dignes et honnorables parolles de mercyement à la dicte Dame, avec mencion expresse du congé qu'il avoit de Vostre Majesté de le pouvoir accepter, accollant le dict sieur comte qui le luy présentoit, et le baysant fort cordialement à la joue, comme l'ung des confrères. Et, peu d'heures après, le comte d'Exex, accompagné d'aultre troupe de noblesse, l'est venu visiter pour luy dire, et à Mr de Foix, la bien venue de la part d'elle. Et, le matin ensuyvant, le comte de Sussex, encores plus accompaigné que nul des précédans, luy est venu faire plusieurs honnestes complimens qu'il luy a mandés, et a dîné en la compagnie; puis, sur les quatre heures du soyr, nous a conduictz, avec les mesmes barges du jour précédent, à Ouestmenster. Et là, avec ung concours fort grand des seigneurs et dames de ceste court, et de ceulx qui se sont trouvés en ceste ville, elle a fort favorablement receu, premièrement, mon dict sieur de Montmorency avec une très grande démonstration d'ung vray et inthime contantement, et après, Mr de Foix avec plusieurs gracieuses parolles de grande privauté et confience, et puis tous les gentilshommes françoys, ung à ung, avec tant d'honneste faveur que je ne puis dire, Sire, sinon que ceste princesse a monstré combien elle vous veult honnorer, et combien par effect elle veult satisfaire au debvoir de l'amityé qu'elle vous promet de parolle.

Le jour ensuyvant, qui a esté dimanche, quinziesme de ce moys, après que le pouvoir et la forme du sèrement ont esté monstrés à milord de Burgley, et après que Mr de Montmorency, accompagné de Mr de Foix et de moy, a heu présanté à la dicte Dame, à l'issue de ses prières, le dict pouvoir, et luy a heu, en très honnorable façon et avec parolles à ce convenables, faict la réquisition en tel cas requise. Elle, uzant d'une expression grande à monstrer combien volontiers et plus cordiallement, que de nul aultre acte qu'elle heût faict de son règne, elle alloit accomplir cestuy cy, et combien elle réputoit heureux ce jour, auquel elle s'alloit conjoindre d'une perpétuelle confédération avec Vostre Majesté; appellant Dieu à tesmoing pour la punir, si, dans son cueur, il ne voyoit une vraye intention d'en produire les effectz comme estantz les vrays fruictz trop meilleurs et plus grandz que par ses parolles, qui n'en estoient que les feuilles, elle ne le nous pouvoit exprimer; elle a dict, tout hault, que, premier que jurer, elle vous vouloit bien déclarer qu'elle n'avoit, pour encores, randu en Escoce le chasteau de Humes, n'estant bien résolue auquel des deux partis ce seroit, de peur d'y augmanter le trouble, néantmoins que sa résolucion estoit de le remettre ez mains des Escouçoys. Sur quoy nous luy avons requis que la dicte rédiction se fît avec le sceu de Vostre Majesté, ce qu'elle nous a accordé. Et, après, s'estant aprochée de l'autel et estandu la mein sur les évangiles de Dieu, le livre touché entre les mains d'ung de ses évesques, a fort sollennellement juré l'entretènement de tout le contenu au traicté de confédération, jouxte la forme qui en avoit esté auparavant dressée par Mr de Foix, laquelle estant rédigée par un escript en parchemin, elle l'a signée de sa mein sur ung poulpitre d'or soubstenu par quatre comtes, à ce assistans grand nombre de seigneurs françoys et toutz les principaulx seigneurs et dames de sa court. De quoy mon dict sieur de Montmorency, pour tous troys, en a requis l'acte, qui nous a esté concédé avec ung infiny contentement de la dicte Dame et de toutz ceulx qui, des deux partis, y ont assisté.

Elle nous a, au partir de sa chapelle, mené toutz troys en sa privée chambre, et, peu après, à la sale de présence, où elle a voulu qu'ayons dîné en sa table, et toutz les aultres françoys en une aultre grande sale auprès, avec les seigneurs de sa court; et, l'après dînée, ayant entretenu quelque temps à part mon dict sieur de Montmorency, elle nous a ramené toutz troys seuls en sa mesmes chambre privée, pour entendre le reste de leur charge; laquelle mon dict sieur de Montmorency, après qu'elle a heu lues les petites lettres, la luy a fort dignement proposée, et Mr de Foix y a adjouxté la confirmation, là où il en a esté besoing. A quoy elle, après les mercyements bien honnorables, dont elle a sceu, sellon sa coustume, fort à propos et fort expressément, uzer vers Voz Majestez Très Chrestiennes, est entrée en ung petit discours des choses du passé et des difficultés présentes; et, sans rien rejecter de ce qui luy estoit maintenant mis en termes, ny monstrer aussy d'en rien accepter, a remis la responce à une aultre foys, après qu'elle y auroit ung peu pensé. Puiz, ayant faict la faveur à mon dict sieur de Montmorency de le mener en la propre chambre où elle couche, elle l'a licencié pour quelques heures, affin qu'il s'allât retirer en la sienne, qui luy estoit préparée là auprès; en laquelle il n'a guyères séjourné que les comtes de Lestre et de Sussex le sont venus prendre pour le mener voyr le combat des ours, des taureaux et du cheval, du cinge, et puys à l'esbat dans les jardins jusques à ce que la dicte Dame y est sortie, attandant l'heure du festin; qui a esté dressé fort grand et magnifique sur une terrasse du chasteau, dans une feuillée fort belle et ample, bien ornée de beaucoup de compartimens et de deux des plus beaux et riches buffetz de l'Europe. Et, de rechef, elle a faict manger Mr de Montmorency, Mr de Foix et moy, à sa table, et tout le reste des seigneurs françoys et angloys, meslés avec les dames de la court, en une aultre fort longue table près de la sienne, fort opulentment traictés, prolongeant les services jusques environ minuict, qu'elle nous a menés sur une aultre terrasse qui regarde dans une grande court du dict chasteau; où nous n'avons guyères tardé qu'ung viellard avec deux jeunes pucelles est entré, qui a requis secours pour elles en ceste court: et soubdein se sont présentés vingt chevalliers sur les rancz, dix blanz menés par le comte d'Essex, et dix bleus menés par le comte de Rotheland, qui ont, pour l'occasion des dictes pucelles, attaqué ung brave combat à l'espée, à cheval; lequel a duré jusque sur l'aube du jour que la Royne, par l'adviz des juges du camp, a déclaré les dictes pucelles libres, et s'est retirée pour s'aller dormir, et a licencié mon dict sieur de Montmorency et toute sa troupe pour s'aller reposer.

Aujourdhuy il va à Windesor pour y recepvoir l'ordre à la cérémonie accoustumée, accompagné de toute ceste court, et au retour, il passera à Hamptoncourt, remettant, Sire, toutes aultres choses à ce que, en la lettre générale de nous troys, et en les leurs aultres particullières, ils vous escripvent plus amplement, pour adjouxter seulement icy que je suis infinyement bien ayse que, par les lettres de Voz Majestez, du VIIe de ce moys, je voy qu'il est à tout cecy très bien correspondu de dellà à honnorer et bien traicter le comte de Lincoln et ceux qui sont avecques luy. Sur ce, etc. Ce XVIIe jour de juing 1572.

CCLVIIIe DÉPESCHE

—du XXIIe jour de juing 1572.—