(Envoyée exprès jusques à la court par le courrier Barroys.)
Négociation de MMrs de Montmorenci et de Foix.—Audience.—Proposition du mariage.—Réunion du conseil pour délibérer sur la demande.—Affaires d'Écosse.—Détails sur la négociation du mariage.
Au Roy.
Sire, nous avons, le dix huictiesme de ce moys, receu la lettre qu'il a pleu à Vostre Majesté nous escripre, du XIIIe, avec le postcript du XIIIIe, et avons trouvé par icelle que nous, de Montmorency et de Foix, estions arrivés en ceste ville de Londres le mesme jour que vous aviez donné la première audience à monsieur l'admiral d'Angleterre; et avions aussy toutz trois receu le sèrement de ceste Royne, le mesme jour, que luy l'avoit receu de Vostre Majesté; et vous envoyons la coppie de la forme du dict sèrement et acte d'icelluy, que Vostre Majesté trouvera conformes à celluy de la forme et acte du vostre, qu'il vous a pleu nous envoyer.
Quand au mariage, nous avons escript à Vostre Majesté, par lettres du XVIIe, envoyez par courrier exprès, ce que nous y avons faict jusques alors; et, le mesme jour, du XVIIe, moy, de Montmorency, suys allé, accompagné de plusieurs seigneurs et gentilshommes de ce pays, à Windesore distant d'icy de vingt milles, où est la chapelle de l'ordre de la Jarretière pour y estre instalé et prendre la possession accoustumée. Par tout le chemin, j'ay tousjours esté, moy et ma suyte, comme auparavant, et suis encores, deffrayé et servy aulx despens et par les officiers de ceste Royne, avec grande abondance; et ay veu ez maysons du dict Windesor et Hamptoncourt, et principallement à Hamptoncourt, la plus grande quantité de riches et précieulx meubles que je vys jamais, et que l'on se sauroit imaginer. Je n'ay esté de retour que jusques au XIXe au soir, et, pendant ce voyage, j'ay parlé plusieurs foix du dict mariage au comte de Lestre, et à milord de Burgley, qui ont monstré le desirer, et promis de s'y emploier de leur pouvoir. Je leur ay aussy faict entendre que nous en voulions avoir responce au plus tost, et, pour ce faire, desirions parler à la Royne d'Angleterre; ce que fut cause qu'elle nous manda toutz troys le lendemein, vingtiesme, pour aller parler à elle après disner, sans cérémonies et en privé; et fusmes conduictz par eau en son jardrin, et l'allasmes trouver en une gallerie, où elle nous accueillit fort gracieusement. Et, après quelques devis du susdict voyage, nous luy dismes que nous avions receu lettres de Vostre Majesté, par lesquelles il vous plaisoit nous faire entendre combien vous avoit esté agréable de voyr le dict sieur amiral et le bon nombre de noblesse qui l'accompaignoient, nous commandant de la remercyer très affectueusement des très bons et honnestes propos qu'il vous avoit tenus de sa part.
Et, peu après, rentrant sur le faict du dict mariage, elle continuoit tousjours de mettre en avant le jeune aage de Monseigneur le Duc, monstrant prendre plésir de continuer ce propos, et principallement d'entendre ce que nous luy disions de sa doulceur, bonté et louables meurs, et aultres qualités; et enfin elle demanda comment est ce qu'on feroit de la religion, sur quoy nous luy respondismes que nous estions assurés que l'on n'en seroit en aulcun différend, parce que, si d'ailleurs elle trouvoit bon le dict mariage, elle auroit soing de la conscience, honneur et réputation de Mon dict Seigneur le Duc, comme de la sienne propre, comme aussy luy auroit tout esgard à son contantement d'elle et de ses subjectz, et à l'union et repos de son royaulme.
Sur quoy elle réplicqua que c'estoient parolles générales, et qu'elle desiroit entendre le particullier. Nous respondismes que, pour le grand desir que Voz Majestez et Mon dict Seigneur avoient à ce mariage, nous espérions que vous vous contanteriés de ce qu'elle avoit voulu accorder à Monsieur. Et, sur ce qu'elle disoit qu'elle ne luy avoit rien accordé, nous luy respondismes qu'il étoit vray, mais que nous entendions ce qu'elle avoit donné charge à Me Smith de luy accorder. Et, disant la dicte Dame que nous n'en pouvions rien sçavoir, nous luy dismes que nous en appellions à tesmoing sa propre conscience, et que nous sçavions qu'elle estoit si vertueuse qu'elle ne vouldroit rien taire de la vérité. Elle assura que non, et que jà, à Dieu ne pleust que en chose de telle importance, elle voulût tant offancer sa conscience que d'y apporter rien de faulx. Sur ce, ne réplicquant la dicte Dame autre chose, nous prinsmes congé d'elle.
Ce jourdhuy nous avons entendu, et de lieu seur, que la dicte Royne déduysoit, sur le soir, bien au long au comte de Lecestre et à milord de Burgley tout ce que nous luy avions dict; et enfin requit le dict de Burgley de luy en dire son advis. Qui luy dict qu'il luy sembloit qu'elle debvoit aujourdhuy assembler son conseil pour en dellibérer, estant l'affaire de si grand poidz et importance qu'il méritoit l'assemblée et conférence de toutz ceulx qu'elle avoit honnorés de ce lieu, et estimoit luy estre fidelles. Ce qu'elle estima bon, et, à ces fins, toutz les seigneurs de ce conseil ont esté mandés pour ceste après dînée, où l'affaire doibt estre proposé par icelluy de Burgley; et de ce que nous entendrons en avoir esté résolu nous en advertirons incontinent Vostre Majesté.
Quant au commerce, et affères d'Escoce, il ne nous a pas semblé à propos d'en parler devant qu'avoir résolution du principal, lequel, venant à réuscyr sellon vostre intention, emporte avec soy tout le reste. Cependant nous avons escript à Mr Du Croc que nous ne faudrons, pour les affères d'Escoce, de nous emploier de nostre pouvoir, et comme nous en avons charge et commandement de Vostre Majesté, le priant d'assurer ceulx de Lillebourg que l'intention vostre est de pourvoir à leur seureté, et ne les laisser oprimer par leurs adversaires. Et sur ce, etc.
Ce XXIIe jour de juing 1572.