J'espère, Sire, que j'yray trouver bientost la dicte Dame sur l'occasion de vostre dépesche du XIIIIe du passé, et sur le retour du comte de Worchester qui arriva hier, et mettray peyne de luy rabbattre ceste impression, aultant qu'il me sera possible. Cependant le dict de Montgommery s'appreste en la plus grande dilligence qu'il peut, et bien que, à cause de mes instances, il ne pourra, possible, tirer tout ce qu'il espéroit d'hommes et d'argent d'icy, si ne layssera il, à ce que je voy, de se mettre sur mer, et ne sera son embarquement de grand monstre, car n'y aura que quelques ungs des siens qui partiront avecques luy, sur ung ou deux vaisseaulx, mais, au rendés vous, se doibvent assembler, comme on dict, soixante à quatre vingtz navyres, et envyron cinq mille hommes, entre marinyers et soldatz. Je n'attandz que l'heure qu'il parte d'icy, dont le feray suivre par ung homme exprès, affin qu'il me rapporte quand et comment il s'embarquera. Et sur ce, etc. Ce IIIe jour de mars 1573.

CCCVe DÉPESCHE

—du IXe jour de mars 1573.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo.)

Rapport favorable du comte de Worcester à son retour.—Opposition mise aux armemens pour la Rochelle.—Rejet de la proposition faite en Angleterre d'envoyer une armée en France.—Préparatifs de départ du comte de Montgommery.—Négociation des princes protestans d'Allemagne pour former une ligue avec Élisabeth.—Nouvelles d'Écosse.—Communication faite par l'ambassadeur aux protestans de France.—Accord conclu en Écosse pour la reconnaissance de Jacques VI.

Au Roy.

Sire, la Royne d'Angleterre m'a envoyé prier de différer mon audience jusques à demein, qu'elle sera de retour en ung lieu qui est bien près d'icy, où je ne faudray, tout à une foys, de tretter avec elle du contenu en voz deux dernières dépesches; et cependant je vous diray, Sire, que les bonnes démonstrations et bonnes parolles dont Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, avez uzé au comte de Worchester, et le bon rapport qu'à son retour il a faict icy de toutz deux, et le moyen que m'avez donné par voz lettres de rendre plusieurs évidentz tesmoignages à ceste princesse de vostre droicte intention vers elle, ont faict naistre beaucoup d'empeschemens, au comte de Montgommery et à ceulx de la Rochelle, de ne pouvoir ouvertement, ny soubz mein, impétrer tout ce qu'ilz pourchassoient en ceste court, ny, à beaucoup près, tout ce qu'ilz pensoient leur y estre desjà octroyé; car ung milord, qui est aultant digne de foy qu'il y en ait en ce royaulme, m'a assuré que les choses de Paris avoient bien si merveilleusement immué toute l'affection, que les Angloys commançoient avoyr assez bonne vers nous, en une extrême indignation contre nous, que ung bon nombre de la noblesse estoient venus, d'ung commun accord, se offrir de mener trente mille hommes bien armés en France à leurs despens, s'il playsoit à leur Mestresse de le leur permettre, et oultre cella, d'advancer, du leur, demy million d'or pour ceste guerre, pourveu qu'ilz le peussent recouvrer, dans deux ans, par des moyens qui ne toucheroient rien au revenu de la dicte Dame, ce qu'à la vérité elle n'a jamais voulu concéder; ains je sçay qu'elle l'a fort rejetté. Mais ny encores le dict de Montgommery n'a pu avoyr le tiers de l'argent que l'évesque de Londres et luy avoient praticqué en ceste ville, ny pareillement toutz les vaysseaulx qu'il pensoit; et mesmes y a beaucoup de gentilshommes angloys qui avoient donné parolle, et s'apprestoient pour l'accompaigner, à qui a esté deffandu de ne bouger; et une partie des pirates ont esté prins ou escartés par le bon debvoir que l'admyral d'Angleterre a faict faire contre eulx, suyvant ce que ceste princesse et les siens luy en ont commandé pour interrompre principallement l'entreprinse du dict de Montgommery; qui pourtant ne la délaysse, ains partira, à ce que j'entendz, mardy prochein de ceste ville.

L'homme du comte Palatin est encores icy, et tout ce que, jusques à ceste heure, j'ay peu découvrir de sa négociation, est qu'il a fort instamment pressé ceste princesse de vouloir entrer ouvertement avec les princes protestantz en la deffance de leur religion, et nomméement en France, pareillement aussy en Flandres, et de contribuer, comme la plus riche, aulx principaulx frays de ceste guerre. A quoy j'entendz que la résolution a esté prinse, mais fort secrettement, par ceulx de ce conseil, de luy respondre que, pour aulcunes bonnes et grandes considérations, concernantz la seureté de sa couronne, la dicte Dame ne pouvoit ny vouloit entrer aulcunement en guerre contre Vostre Majesté, ny aussy se déclarer, pour encores, plus avant qu'elle avoit faict contre le Roy d'Espaigne; mais, quand aux frays de la guerre, en tout ce que les dictz princes jugeroient estre bon de fère et d'entreprendre pour la deffance de leur religion, elle ne voudroit estre veue de n'y contribuer aultant ou plus largement que nul aultre prince ou princesse de la Chrestienté; et, là dessus, se sont poursuyvies d'aultres négociations particullières et bien estroictes, que je ne sçay pas encores quelles elles sont. Tant y a qu'ung secrettère du comte Ludovic, qui est arrivé depuis six jours, s'y est allé incontinent mesler bien avant.

J'ay advis, de plusieurs costés, comme le Sr de Vérac est véritablement abordé en ce royaulme. Je ne faudray d'en fère une bien expresse mencion à la dicte Dame. Je n'ay receu, longtemps y a, aulcunes nouvelles d'Escoce, et croy que les choses n'y passent du tout ainsy qu'il a esté rapporté à Mr le cardinal de Lorrayne. Il est bien vray que, en ceste court, l'on a opinion qu'il s'y pourra fère bientost quelque paix, car la noblesse se debvoit assembler pour cest effect dès la my febvrier, et ne faut doubter, puisque Carcade est prins, que ceulx du chasteau de Lillebourg ne se trouvent en grande nécessité, aulxquelz, depuis naguières, j'ay escript par deux foys. J'espère qu'ilz auront receu mes lettres.