J'ay communicqué, par Mr le vydame de Chartres et le jeune Sr de Pardaillan, aulx aultres gentilshommes françoys, la vertueuse responce que Vostre Majesté m'a mandé de leur fère, et leur en ay baillé tout l'article de vostre lettre par escript, affin qu'il n'y puisse estre rien varié. Ilz m'ont prié d'en rendre leurs très humbles grâces à Vostre Majesté, et qu'après qu'ilz auront dellibéré ensemble, ilz adviseront d'envoyer quelqu'ung d'entre eulx devers Vostre Majesté. Et sur ce, etc.
Ce IXe jour de mars 1573.
Depuis ce dessus, m'est venu advis comme l'accord a esté faict en Escosse, et que toutz les principaulx de la noblesse se sont rengés à recognoistre le Prince, et n'y a rien plus que le chasteau de Lillebourg qui tiegne pour la Royne d'Escosse. Je creins assez qu'on entreprendra de le assiéger, et que les Angloys y envoyeront gens et monitions.
CCCVIe DÉPESCHE
—du XIIIe jour de mars 1573.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne.)
Audience.—Expédition du comte de Montgommery.—Nouvelles d'Écosse et d'Allemagne.—Mémoire. Détails de l'audience.—Satisfaction montrée par la reine de la mission du comte de Worcester.—Négociation du mariage.—Discussion de l'article sur l'exercice de la religion.—Proposition faite à cet égard par l'ambassadeur.—Plaintes au sujet de l'expédition du comte de Montgommery.—Plaintes de la reine à raison de la conduite des Français en Écosse.—Assurance qu'elle ne donnera aucun secours au comte de Montgommery.
Au Roy.
Sire, de tant que je metz dans un mémoire à part ce qui s'est passé en la conférance que j'ay heu avec la Royne d'Angleterre, je vous diray au surplus que le dict de Montgommery, le jour d'après, a faict une extrême sollicitation en ceste court, mais j'espère qu'il luy aura esté plus osté que accreu de moyens. Il n'a peu encores partir, mais j'entends qu'il s'acheminera aujourdhuy vers l'Ouest, résolu, comme le commun dict, de s'aller jecter dans la Rochelle, avec moins de forces beaucoup qu'il n'avoit promis d'y mener. Aultres assurent que son entreprinse est ailleurs, ez confins d'entre la Normandye et Bretaigne, et qu'il tirera toute faveur des isles de Grènezé. J'ay mis gens après. Je pense avoyr comprins de ceste princesse qu'il y a résolution prinse en Escoce de bastre le chasteau de Lillebourg, si les Srs de Granges et de Ledington ne le veulent rendre, et qu'elle ne fera difficulté d'y envoyer des forces et des monitions à cest effect; de tant qu'elle dict que ceulx de la noblesse monstrent toutz d'y convenir. Dont adviserez, Sire, ce que sera expédient d'y pourvoir, attandu qu'elle a tout ce qui faict besoing à cella desjà tout prest et apporté à Barvic.
Le secrettère du comte Ludovic s'estant meslé dans la négociation de l'homme du comte Palatin a faict et conclud, icy, par le moyen d'ung Henry Pol, riche marchand d'Envers, lequel il a faict expressément passer deçà, ung party de soixante mil escus à estre payez au commancement d'avril, par trois égalles porcions, en Hembourg, Francfort et Strasbourg; et dict on que le dict Palatin a assuré une levée de quatre mille reytres à icelluy Ludovic. Sur quoy, de tant qu'il est échappé au dict de Montgommery de dire qu'il entreprendroit bien de l'aller recueillir jusques à la frontière, il semble que ce seroit pour la France; mais je n'en ay encores d'aultre indice.