Le duc de Saxe a mandé icy ung homme exprès pour fère entendre à ceste princesse que l'Empereur avoit esté adverty de la légation qu'elle avoit envoyé fère vers luy, et comme il avoit gratiffié le messager d'une cheyne et de sa médaille, chose qui ne debvoit avoyr esté sceue ny en France, ny en Flandres; et que, dorsenavant, elle ne voulût monstrer d'avoyr aulcune intelligence avec luy, ains qu'elle layssât jouer tout le jeu au Palatin. Sur ce, etc.

Ce XIIIe jour de mars 1573.

MÉMOIRE.

Sire, pour garder que je ne me pleignisse du dellay de mon audience, la Royne d'Angleterre, après aulcunes excuses des maulvais et estroitz logis où elle avoit passé, m'a dict que, en lieu que j'avois accoustumé d'aller vers elle, elle estoit pour satisfaction de mon attante venue ceste foys vers moy, toute preste d'ouyr de bon cueur ce que je luy voudrois dire de la part de Vostre Majesté; mais ce seroit après qu'elle vous auroit infinyement remercyé de tant de sortes de faveurs et d'honnestes respectz, et de bons traictementz, dont il vous avoit pleu, et aulx deux Roynes Très chrestiennes, uzer vers le comte de Worchester son depputé, qui en avoit encores tant receu en vostre court; et partout où il avoit passé en vostre royaulme, que, de son abondante satisfaction, il avoit, à son retour, satisfaict elle et toutz les siens par deçà, aultant qu'il estoit possible de le fère; de quoy, pour beaucoup de mutuelles occasions d'entre Voz Majestez et de voz communs subjectz, elle en estoit bien fort ayse, et me prioit croyre qu'elle se santoit vous en avoyr beaucoup d'obligation.

Je luy ay respondu que cella monstroit aulmoins que les siens et toutz ceulx de ceste nation sont et seront tousjours mieulx receus en France qu'on ne luy avoit voulu fère accroyre; et, de tant que ce que m'aviez mandé par voz deux dernières dépesches donnoit ung fort parfaict tesmoignage à la foy, intégrité et droicte conscience, dont vous procédés en toutes choses vers elle, et au regret que vous auriez qu'à l'appétit d'aulcuns de voz subjectz malcontantz, ou des siens passionnés, elle layssât naistre quelque préjudice en l'amityé qu'elle vous avoit jurée; et que vous l'assuriez bien que le Pape, ny Mr le cardinal de Lorrayne ne pourroient jamais rien traverser en celles que vous luy portiés; que j'avoys estimé bon de laysser à part tout ce que je pouvois avoyr pensé de luy dire, et remonstrer de moy mesmes là dessus, pour luy fère voyr les propres conceptions vostres, et celles de la Royne, vostre mère, par les propres lettres de Voz Majestez.

Ce que la dicte Dame monstrant d'avoyr bien agréable, a fort attentivement leu tout l'extrêt, que je luy ay faict voyr, des plus notables poinctz de voz deux lettres du XIIIIe et du XXIIIe du passé;

Et, après avoyr déduict aulcunes choses, pour conférer l'effect, qu'elle dict vous avoyr tousjours monstré de son amityé et bons déportementz vers vous, à ceulx de Vostre Majesté vers elle,

J'ay suivy à luy dire que ce qu'elle avoit leu monstroit qu'il ne se pouvoit desirer rien de mieulx en l'affection, où vous vous confirmiés de plus en plus, de luy demeurer à jamais très bon amy et perpétuel confédéré; et que vous vouliez que cella fût notoyre à toute la Chrestienté avec dellibération que, si le feu Roy François le Grand, vostre ayeul, s'estoit oncques monstré ferme amy des princes protestantz en la première guerre que l'Empereur Charles cinquiesme leur avoit commancé, aulxquelz il avoit faict secours, pour une foys, de cinq centz mille escuz, car ilz avoient d'aultres forces assez; et le feu Roy Henry, vostre père, quand il fit, quelque temps après, la guerre au mesme Empereur pour la dellivrance du duc de Saxe et lansgrave de Hetz, et pour la liberté de l'Allemaigne; et, si l'ung et l'aultre avoient esté constantz vers les feus Roys Henry et Edouard, ses père et frère, quand eulx mesmes ne les avoient provocqués, que vous vous proposiez de l'estre encores plus vers elle en toutz les accidentz et occasions qui s'en présenteroient jamais au monde;

Et, pour ne m'arrester trop en ce poinct, duquel elle avoit vostre foy, vostre sèrement et vostre propre lettre, pour gages, je voulois venir à l'aultre principal poinct de voz lettres, lequel estoit l'entière confirmation d'estuy cy, et confutoit toutz les argumentz qu'on pouvoit fère au contraire: c'estoit du propos de Monseigneur le Duc, lequel Voz Majestez me commandoient de le résouldre avec elle, et que, pour ne le laysser plus en simples parolles et remises, et n'y laisser ainsy naistre des difficultés les unes après les aultres, vous la vouliez instamment prier de vous vouloir maintenant esclarcir de sa résolue volonté, affin qu'après ceste foys Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, vous imposissiez à vous mesmes ung perpétuel silence de ne donner à elle l'ennuy, ny à vous la honte, de jamais plus en parler; qu'elle se pouvoit souvenir qu'au moys d'aoust dernier elle m'avoit donné charge de vous respondre, présent le Sr de La Molle, que, suivant la contreinte, qu'elle s'estoit faicte à elle mesmes pour l'amour de ses subjectz, de se résouldre à se marier, qu'elle avoit dellibéré de prendre party de grand lieu, parce qu'elle n'estoit petite, et que celluy que Voz Majestez luy offroient de Monseigneur le Duc luy sembloit très honnorable, si toutes aultres choses y pouvoient convenir, dont elle avoit estimé que aulcunes gisoient en l'entrevue d'entre eulx deux; et qu'elle m'avoit dict et faict bailler par escript qu'elle estoit contante que toutz les articles, qui avoient esté trouvés bons au premier propos de Monsieur, frère de Vostre Majesté, restassent accordés en ce segond, réservé le seul poinct où l'aultre avoit esté délayssé, touchant accorder plus ou moins de l'exercice de la religion: dont n'y pouvoit plus rester que celle seule difficulté, et une aultre, laquelle il falloit plus tost vuyder, qui estoit, si elle avoit depuis faict nulle contrayre résolution de ne se marier pas; car sur celle là faudroit il couper entièrement le propos, et establyr, en tout ce que fère se pourroit, celluy de la ligue.

Elle m'a respondu qu'elle avoit bonne souvenance des propos que je luy ramantevoys, de la résolution à prendre party sellon elle, et qu'elle en estoit encores là, et ne se feroit jamais ce préjudice, d'en prendre d'aultre qualité, et qu'elle voudroit qu'aussi peu se fussent elloignées les choses du costé de Vostre Majesté que du sien; mais si, en ung tel party, ne se trouvoient maintenant, les aultres considérations qui estoient requises pour le repos d'elle et de son estat, force luy seroit de s'en passer.