J'ay réplicqué que, puisque ce doubte estoit vuydé, tout l'affère estoit bien près de sa conclusion, car ne restant plus aulcun escrupulle, ny apparance de danger, que au seul poinct de la religion, la Royne, vostre mère, en avoit parlé si clèrement au comte de Worchester et au Sr de Valsingam, et croy qu'encores escript à elle mesmes, que c'estoit maintenant à elle d'y mettre l'effect, quand elle voudroit.

Elle m'a dict incontinent que la Royne n'avoit parlé que en termes généraux, et qu'il sembloit qu'elle estoit allée fort retenue en ce propos, auquel l'on voyoit néantmoins que, du costé de Monseigneur le Duc, estoit raysonnable que se demandoit l'esclarcissement de toutz les doubtes, et s'est mise à en déduyre plusieurs.

Dont enfin je luy ay dict, en termes bien clers, que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, desiriez qu'elle jugeât ainsy de Monseigneur le Duc comme d'ung prince catholicque, qui avoit aultant à cueur ce qui estoit de son Dieu, de sa religion et de sa conscience, que prince qui fût au monde; et, s'il estoit aultre, vous l'estimiés si vertueuse qu'elle ne l'auroit en aulcun compte, et que d'un prince desirable qu'il estoit, elle le tiendroit pour ung ambitieulx digne d'estre rejetté;

Que pourtant Voz Majestez la prioient de luy accorder aultant du dict exercice comme elle jugeoit bien qu'il ne pouvoit estre en Dieu, en conscience et en honneur, qu'il n'en heût; et, pour parler en termes plus exprès, que, venant Monseigneur le Duc par deçà, elle ne le voulût tant contreindre en sa conscience que de ne luy laysser pour luy et ses domesticques, non subjectz de ceste couronne, l'exercice de sa religion en privée, en ung quartier où il logeroit, et, pour obvier à toutz les escandalles qu'elle alléguoit, s'il estoit besoing que ce fût à huys clos, avec ung de ses huyssiers à la porte, qu'il ne refuzeroit de le fère.

Elle a monstré de ne trouver poinct maulvais cella, et m'a dict que, si on luy eût voulu parler si clèrement, il y a longtemps qu'elle eût baillé sa response, et qu'elle s'en alloit, le jour après, à Grenvich, où elle en confèreroit avec ceulx de son conseil, et puis me manderoit un jour pour me la fère, m'ayant demandé, d'elle mesmes, si Vostre Majesté m'avoit envoyé le reste des articles.

Je luy ay dict qu'il fauldroit suyvre ceulx mesmes du premier propos.

Et puys ay suivy à luy dire que maintenant voulois je, hors de voz lettres, luy parler de l'expédition qu'ung chacun disoit et qu'on voyoit que le comte de Montgommery s'aprestoit de fère je ne sçavois où, parce que je n'avois pas tant pénétré en ses entreprinses; mais j'entendois que c'estoit en quelque lieu contre vous, et que je n'avois pas tant de regret au mal qu'il vous pourroit fère, qui y aviez très bien pourveu, comme à ce qu'il s'estoit pourveu d'armes, d'argent, d'hommes et de monitions, et possible, de maulvaise affection dedans Londres, allant et venant en la court de la dicte Dame, et alloit prendre vaysseaulx et tout aultre équipage en ses portz; que ce m'estoit chose si griefve, après luy avoir veu, ceste mesmes année, lever la mein à Dieu pour vous jurer amityé, et vous la luy aviez pareillement jurée à elle, qu'il falloit bien ou que je luy demandasse congé, ou bien qu'elle commandât que le dict de Montgommery ny aultres eussent à sortir de ses portz avec armement, sans prendre bonne seureté qu'ilz n'yroient poinct contre Vostre Majesté, ny troubler vostre royaulme, ny porter dommage à voz subjectz, ny atempter aulcune chose, soit à la Rochelle ou ailleurs, contre la bonne ligue et confédération d'entre Voz Majestez.

La dicte Dame, après m'avoir, en contre eschange de cella, racompté aulcunes particullarités des propos que Carcade avoit tenus à son retour en Escoce, et des souspeçons que la dépesche de Vérac par mer, et plusieurs advis qu'elle avoit de France, luy pouvoient avoyr donné beaucoup plus grandes à elle de Vostre Majesté que non à vous d'elle, si elle les vouloit prendre, m'a dict qu'elle desireroit de bon cueur que vous sceussies au vray ce qui s'estoit passé, de sa part, sur les instances de Montgommery et de ceulx de la Rochelle, et sur les présens affères de vostre royaulme; car avoit opinion que ne pourriez fère que ne luy en sentissiez une bien grande obligation, et que j'aurois occasion de me pleindre, si je voyois qu'elle baillât de ses navyres, et argent, et hommes, au dict de Montgommery, mais, de le laisser aller là où il voudroit, mesmement qu'elle juroit ne sçavoir quelle part c'estoit, et cuydoit que ce ne seroit poinct à la Rochelle, elle ne le debvoit empescher; et, affin que pas ung angloys ne peût traicter avecques luy, au préjudice de ce qu'elle me disoit, elle commanderoit à ses conseillers de conférer avecques moy, et je leur pourrois fère la mesmes remonstrance que j'avois faicte à elle.

Sur quoy, ayant reprins le premier propos de l'entretènement de vostre traicté, et l'ayant priée qu'elle voulût si bien déposer toutz ces umbrages et deffiances, qu'on s'efforçoit de luy imprimer de vous, qu'elle vous en rendît son amityé plus parfaicte, et de me vouloir bientost résouldre du faict de Monseigneur le Duc, elle m'a bien fort gracieusement licencié.