CCCVIIe DÉPESCHE
—du XIXe jour de mars 1573.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Ouater.)
Efforts de l'ambassadeur pour empêcher le départ de l'expédition du comte de Montgommery.—Nouvelles d'Allemagne.—Arrivée de Mr de Chateauneuf à Londres.—Audience.—Mémoire au roi. Détails de l'audience.—Nouvelles plaintes au sujet de l'expédition du comte de Montgommery.—Assurance donnée par la reine que toutes les mesures sont prises pour arrêter l'exécution de ses projets.—Déclaration que les prises faites sur les Français ne seront pas reçues en Angleterre.—Affaires d'Écosse.—Plainte de la reine à l'égard du projet imputé au roi de venir en personne au secours de l'Écosse, après la réduction de la Rochelle, afin d'envahir l'Angleterre.—Demande d'un délai pour répondre sur la négociation du mariage.—Mémoire à la reine. Détails particuliers de la négociation de Mr de Chateauneuf sur le mariage.
Au Roy.
Sire, le jour après que j'eus communicqué avec la Royne d'Angleterre des poinctz principaulx de voz lettres, du XIIIIe et XXIIIe du passé, elle mit en dellibération les remonstrances que je luy avoys faictes, dont le comte de Montgommery s'apperceut incontinent qu'elle auroit grand regret que, par les déportementz de luy, vous vous sentissiez offancé d'elle, ny qu'il se fît aulcune altération au bon traicté d'entre Voz Majestez; et que pourtant il ne pourroit tirer ny hommes, ny argent, ny monitions, ny aulcung notable secours procédant de la dicte Dame, ny sinon celluy que les évecques, et aulcuns siens particulliers parantz, et quelques passionnés protestantz, aulxquelz elle mesmes n'ozeroit contredire, luy pourroient moyenner sur le seul crédit et responce de ceulx de la Rochelle, dont il a changé l'ordre qu'il avoit préparé pour son voyage; et au lieu que le cappitayne Poyet, et ung nombre de françoys, debvoient aller en Holande, il les mène presque toutz avecques luy, réservé les Srs vidame, Pardaillan, Le Plessis, La Garde et quelques aultres, qui demeurent. Il est bien certein que, suyvant l'eschange du sel et du vin, qu'on va quérir à la Rochelle pour d'aultres vivres et monitions, qu'on y porte d'icy, plusieurs navyres angloys y vont de compagnie, qui sont équippés, moytié en guerre, moytié en marchandises; et avec ceulx là, et les pirates, et d'aultres vaysseaulx, qui l'attendent au pays d'Ouest, il faict estat de mettre plus de cinquante navyres de combat ensemble: dont le rendez vous est ez isles de Grènesay, avec résolution de crever ou de se fère mestres de la mer, et de combattre les gallères et navyres de Vostre Majesté; et puis, par les marées haultes, mettre des hommes, des armes, des monitions, et des vivres pour ung an, dans la Rochelle.
Le cappitayne Morguen, et mille angloys passent peu à peu en Holande, et, le quatorziesme de ce moys, l'homme du comte Palatin a conféré de rechef fort estroictement avec milord Quipper et avec le comte de Lestre, et puis s'est licencié pour aller, du premier bon temps, tout de long, en Hembourg; et ung marchand d'Allemaigne, qui est icy, assure qu'il se faict une levée de reytres en son pays, nomméement pour aller en France.
Toutes ces choses, Sire, m'ont donné occasion de retourner à l'audience, dont je donne le récit à part, en ayant assez bon argument par les deux dépesches de Vostre Majesté du IIe et IIIIe du présent, et par la venue de Mr de Chasteauneuf, laquelle j'ay toute convertye en une honneste visite de Monseigneur le Duc vers ceste princesse, chose qui s'est trouvée estre plus à propos que je n'eusse espéré. Et sur ce, etc.
Ce XIXe jour de mars 1573.
MÉMOIRE AU ROY.