MÉMOIRE A LA ROYNE.

Au regard du propos de Monseigneur le Duc, j'ay faict que le voyage de Mr de Chasteauneuf, qui aultrement eut esté peu honnorable pour Voz Majestez, ayt esté fondé sur une honneste visite de Mon dict Seigneur le Duc vers ceste princesse, ce qui a esté receu de merveilleusement bonne part.

Et après qu'il a eu, en fort bonne façon, explicqué sa créance, j'ay dict à la dicte Dame que Mon dict Seigneur le Duc ayant fally au plésir et contantement qu'il espéroit recepvoyr par la venue du comte de Worchester, s'il fût arrivé à temps de s'enquérir à luy de toutes les bonnes nouvelles de la dicte Dame, et luy tesmoigner la dévotion et servitude qu'il luy porte, ayant esté contreinct, pour sa réputation, de s'acheminer au camp avec Monsieur, son frère, il avoit moyenné, estant devant la Rochelle, au dict Sr de Chasteauneuf, qui estoit de ses favoris, gentilhomme de mayson, et des mieulx apparantés de France, ce voyage tout exprès pour la venir visiter, luy bayser les meins de sa part, luy présenter une sienne lettre, sçavoyr de son bon portement, et santé, luy tesmoigner le regret de n'avoir veu le comte de Worchester, et l'assurer qu'entre les princes qui avoient aspiré à son amityé, nul luy demeureroit jamays plus constant serviteur que luy; et qu'il la suplioit de luy permettre qu'il peût commancer sa première guerre et ses armes soubz la faveur de son nom, et qu'en quelle part qu'il fût, il se peût advouer son champion, espérant que la recordation d'elle le feroit venir à bout des plus haultes et généreuses entreprinses qu'il eût en son cueur, et le jetteroit hors des plus grands dangiers, et luy feroit acquérir tant de réputation qu'il mériteroit ung jour le bien de ses bonnes grâces; et surtout qu'il la suplioit de fère une bonne responce aulx honnestes et raysonnables demandes que Voz Majestez luy avoient faictes pour luy.

A quoy la dicte Dame ayant, avec toute faveur, receu le dict Sr de Chasteauneuf, et leu fort curieusement la lettre qu'il luy portoit, nous a respondu qu'elle participoit au mesmes regret de Mon dict Seigneur le Duc, aultant que luy, que le comte de Worchester ne l'eût peu voyr pour le remercyer bien fort de la bonne souvenance qu'il luy plésoit avoyr d'elle, et de l'honneste affection qu'il monstroit luy porter, laquelle luy estoit si expressément signiffyé par Voz Majestez Très Chrestiennes, et par les propres lettres de luy, et fort souvant par celles du Sr de Vualsingam, et quasy, à toute heure, par les bons rapportz que je luy en fesois, qui luy monstrois ordinayrement ce qu'il m'en escripvoit;

Et, à présent, estoit confirmée par ce nouveau message, qu'elle vouloit confesser de luy avoyr une très grande obligation, et qu'il méritoit d'apporter quelque meilleure et plus agréable faveur, que ne luy seroit la sienne, en ses premières armes, et mesmes qu'elle avoit regret de luy en bailler là où il estoit, qui voudroit de bon cueur que Monsieur, son frère, et luy, employassent tant de valeur, qu'il y a en eulx, en d'aultres entreprinses qui fussent contre les ennemys et non contre les subjectz de la couronne d'où ilz sont;

Et que, touchant vous fère responce à ce que demandiés pour luy, il estimeroit qu'elle y auroit trop respondu s'il la voyoit, car la trouvant ainsy vieille qu'elle estoit, elle le feroit bientost retirer de sa poursuyte; néantmoins que le dict Sr de Chasteauneuf l'assurât qu'elle la vous feroit bientost, et la vous feroit honnorable.

Et après avoyr monstré d'estre bien marrye du tort qu'on avoit faict en chemin au dict de Chasteauneuf, de luy avoyr osté la lettre qu'il portoit, et avoyr faict quelque difficulté d'y vouloir respondre, elle l'a fort gracieusement licencié; et, le jour après, luy a envoyé la responce à Mon dict Seigneur le Duc, avec laquelle il s'en retourne vers luy par le mesmes chemin qu'il estoit venu, et passera là où est le comte de Montgommery, affin qu'avec les choses que je luy ay communicquées de son entreprinse, il puisse encores mieulx informer Monseigneur de tout ce qu'il en aura veu davantage et apprins sur le lieu.

CCCVIIIe DÉPESCHE

—du dernier jour de mars 1573.—

(Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal.)