Réponse de la reine sur la négociation de Mr de Chateauneuf.—Sa persistance dans son refus de prendre un engagement formel sur le mariage, avant qu'une entrevue ait eu lieu.
Au Roy.
Sire, suyvant ce que la Royne d'Angleterre m'avoit dict qu'elle m'envoyoit milord de Burgley pour me communiquer la responce qu'elle entendoit fère à Vostre Majesté et à la Royne, vostre mère, sur les choses que je luy avoys proposées, le VIIe et XVIe de ce moys, du mariage d'entre elle et de Monseigneur le Duc vostre frère, elle n'a pas failly, le XVIIIe ensuyvant, de fère venir en mon logis le dict milord, qui m'a dict que la dicte Dame me prioit de croyre qu'elle avoit mis en grande considération ce que, sur voz dernières dépesches, du IIe et IIIIe de ce moys, je luy avoys remonstré, de l'entière et parfaicte amityé que Vostre Majesté luy portoit;—«Et comme, depuis la dernyère paix, en toutes les choses qui s'estoient offertes pour le faict d'elle en la Chrestienté, d'où qu'elles eussent procedé, fût ce de Rome, ou d'Espaigne, ou de Flandres, ou de son mesme pays, vous vous estiez tousjours porté en très parfaict amy à destourner ce qui pouvoit estre contre elle, et advancer ce qui estoit à son repos; et que n'aviez jamays voulu admettre en vostre présence aulcuns de ses rebelles; et que, ceste année, vous vous estiez, au veu et au sceu de toutz les Chrestiens, ouvertement confédéré avec elle, et en aviez mutuellement juré le traicté, et aviez envoyé de notables ambassadeurs, de chacun costé, pour estipuler voz promesses, et aviez sur icelles escript lettres de voz propres meins l'ung à l'aultre, et que, pour confirmation de cella, vous faysiez, encores à présent, requérir l'accomplissement des articles et observance d'iceulx; et que vous ayant, ceste mesmes année, esté offert une aultre ligue avec de grandz avantages, vous l'aviez refuzée pour demeurer entier en la sienne; et que, ez choses d'Escoce, vous vous estiez toujours comporté en façon que vous aviez bien monstré de ne la vouloir offancer; et que de ce, d'où elle avoit peu prendre quelque deffiance de Vostre Majesté, pour les accidantz naguyères survenus en France, vous aviez eu, en l'évènement mesmes d'iceulx, et tousjours depuis, un grand soing qu'elle y fût respectée et ses subjectz conservés; et qu'aussytost que Dieu vous avoit donné lignée, vous l'aviez choisye pour une de voz comères, et, pour plus grande confirmation de vostre bienveillance, vous persévériez à desirer son alliance, et faisiez que Monseigneur le Duc, vostre frère, l'envoyoit en bonne façon rechercher:»
Que toutes ces choses, desquelles la recordation luy estoit fort agréable, lui donnoient occasion de réputer bien employés toutz les bons tours de très bonne amye, que, non moins expressément, elle avoit aussy rendus de sa part à Vostre Majesté, en voz plus grandz affères, et mesmes tout freschement de si bons, avec quelque hazard d'elle et de son propre estat, que de meilleurs ne vous en eût sceu rendre la feue Royne d'Espaigne, qui estoit vostre seur germayne, si elle eut esté en vye; et que, pour conduyre ceste concurrence d'amityé à plus de perfection, elle s'esforceroit de vous rendre, et à la Royne, vostre mère, sur le propos, dont je la pressois, de Monseigneur le Duc, la meilleure responce qu'il luy seroit possible; mais vouloit, devant cella, me fère entendre qu'il y avoit deux choses qui l'avoient longtemps retenue, et la retenoient encores beaucoup, de ne s'ozer advancer guyères en ce propos: l'une, qu'il s'estoit peu nother, du costé de Voz Majestez Très Chrestiennes, que n'y aviez guyères de volonté, et que, possible, ne le vouliez du tout; la segonde, que plusieurs considérations luy avoient tousjours faict, et luy faysoient encores, juger estre expédiant de ne s'obliger à pas ung mariage, sans qu'elle peût voyr et estre veue de celluy qui l'épouseroit.
Et, là dessus, s'estant mis le dict milord à discourir plusieurs choses et ouyr, aussy fort paciemment, celles que je luy ay voulues déduyre pour comprouver que l'intention de Voz Majestez et de Monseigneur le Duc estoit pure et parfaicte vers la dicte Dame, il m'a faict la responce que j'ay mise en ce pacquet. Et sur ce, etc.
Ce XXXIe jour de mars 1573.
CCCIXe DÉPESCHE
—du IIIe jour d'apvril 1573.—
(Envoyée exprès jusques à la court par Laurent.)