—du xxviiȷe d'avril, à Winkfild.—
Madame ma bonne seur, ayant, despuys le partement de Sandy Bok, receu lettres de quelques ungs de mes obéyssans subjectz par ung mien gentilhomme, et entre aultres du duc de Chatellerault, se plaignans d'estre retenuz prisonniers et menassez, s'ilz ne s'accordent à tout ce qu'il plairra à Mora et ses complices, il m'a semblé vous en debvoir advertir pour ce que leurs ennemys disoient qu'ilz avoient jà tout librement consenty à leurs usurpations, et aussi me souvenant qu'en votre dernière lettre me mandiez qu'aviez miz ordre que Mora ne procèderoit point par armes; encores j'ay bien vollu vous asseurer qu'il n'en a rien gardé, et puys qu'il tient ainsy mes subjectz, et des principaulx, les voulans forcer d'advouher et aprouver leurs perverses actions contre moy, il n'est plus temps de différer. Par quoy, je vous supplye, sans m'amuser davantaige, me donner briefve responce, par l'évesque de Rosse, ou que me voulez remettre présentement, sellon ma requeste, en mon pays, ou que du tout me reffuziez; car de moyen, entre ces deux, ou délay, ne se peut il plus longuement recepvoir.
[L'estat] de mes affères me contrainct à vous parler ainsy librement et de vous presser, de rechef, de m'en donner briefve résolution; car quelque aultre responce, ou délay, que je reçoipve de vous, excepté l'accord de ma tant inportune requeste, je ne la sçaurois prendre qu'à reffuz, qui seroit cause qu'à mon regrect j'accepterois aulcun autre ayde, qu'il plairroit à Dieu m'envoyer. Je n'ay vollu faillir vous fère cest advertissement pleynement, affin que ne peussiez m'en sçavoir mauvais gré, ou prendre à offence ce qui pourra s'en ensuyvre, vous asseurant que je ne feray jamais chose pour vous offancer ou desplaire, si aultrement je puys sauver mon estat et délivrer mes opressez subjectz de l'opression des rebelles. Je vous supplie, Madame, lyez moy à vous par amytié et bons offices, et non plus par estroicte garde de celle qui ne desire que, obtenant le fruict de mon labeur, icy, vous rendre toute l'amytié et debvoir, que seur peult fère à son aymée et chère seur, comme j'ay instruict mon conseiller, l'évesque de Rosse, pour vous fère entendre, plus au long, de ma part, sur lequel me remettant, je finiray, priant Dieu vous donner, etc.
MÉMOIRE AU DICT LA VERGNE POUR DIRE A LEURS MAJESTEZ:
Que ce que je leur ay mandé, de la secrète division et parcialité de ce royaulme, commance se mettre en évidence entre ceulx du conseil, s'estans les principaulx ouvertement opposez à l'authorité et manyement du secrétaire Cecill, de sorte que le tout va estre remiz à eulx, sans qu'il oze rien plus expédier de luy mesmes, encor que ne soit de grand importance;
Que l'on commance fère chemyn à l'ambassadeur d'Espaigne pour accommoder les différans des prinses, et le dict Cecill, mesmes, luy a mandé qu'il s'y employera plus dilligemment que nul aultre;
Que ce que la Royne d'Escoce requiert, touchant son château de Donbertan, pour fère venir quelque rafreschissement de France, affin que, par faulte de vivres, il ne soit contrainct de se rendre, a besoing de prompte provision, et semble qu'il est expédiant et nécessaire de la fère; mais, quant au reste, semble qu'il sera bon de temporiser, jusques à ce que la Royne d'Angleterre aura accordé ou reffuzé le secours.
XXXVIe DÉPESCHE
—du xvıe de may 1569.—