(Envoyée par homme exprès, nommé Lamberty, jusques à Calais.)

Sollicitations pressantes faites au nom de la reine de Navarre et du prince, son fils, auprès d'Élisabeth.—Opinion du duc de Norfolc sur les projets de la reine.—Promesse d'un secours d'argent pour l'armée du duc de Deux-Ponts.—Nouvelles avances faites à l'ambassadeur d'Espagne.—L'évêque de Ross est entendu devant le conseil.—Maladie grave de Marie Stuart.—Mesures rigoureuses prises en Angleterre contre les pirates.—Bruit général répandu à Londres d'un échec essuyé en France par les troupes du roi.—Le comte d'Ormond et milady Chic, dame d'honneur d'Élisabeth, sont forcés de s'éloigner de la cour.—Lettre de Marie Stuart à l'ambassadeur.—Remontrances de l'ambassadeur à Élisabeth, pour demander la répression de la piraterie, la restitution des prises et la communication du contrat fait par les marchands anglais avec les habitans de la Rochelle.—Réponse de la reine aux remontrances.

Au Roy.

Sire, vous ayant, par ung des miens, le xȷe du présent, escript assés au long ce qui s'offroit, lors, à ma cognoissance, inportant icy vostre service, je continueray de dire meintennant à Vostre Majesté comme, entendant les dilligentes et continuelles pratiques que le Sr. du Puench de Pardaillan a, toutz ces jours, secrètement menées avec les principaulx de ceste court, estant souvant en des longz et bien estroictz conseilz avec eulx, j'ay envoyé prier ceulx, que je sçay estre bien affectionnez à la prospérité de voz affères, de ne luy laysser rien inpétrer de ceste Royne qui soit à vostre préjudice; à quoy m'ayans promiz s'opposer fermement, j'ay despuys sceu, par le duc de Norfolc, que le dict Sr. du Puench a faict beaulcoup d'honnestes messages, de la part de la Royne de Navarre et de monsieur le prince son filz, à la Royne d'Angleterre, confirmant de leur part ce que feu monsieur le prince de Condé a, de son vivant, tretté avecques elle; avec quelque condoléance de sa mort, racomptant la façon et yssue du combat, où il a esté thué, bien fort à son advantaige, et que, nonobstant la perte de luy, ilz demeurent encores aussi fortz et aussi bien conduictz qu'auparavant; de tant qu'il leur reste les mesmes capitaynes et conducteurs, et que le capitayne Piles, avec quatre mille hommes, s'est, despuis, joinct à leur armée, et les vycomtes prestz de s'y joindre, avec d'aultres bonnes forces; mais que pour toutes ses persuasions il n'a rien inpetré de nouveau de la dicte Royne d'Angleterre ny de ceulx de son conseil, et si, d'avanture, il a obtenu quelque chose, c'est si secrètement qu'il n'en a rien sceu, qui pourtant ne peult estre aulcun secours en masse, dont l'on doibve fère cas, ny que j'en doibve estre aulcunement en peyne; et m'a adjouxté le dict sieur duc qu'il semble que le jeu dure trop en France, et que la Royne, sa Mestresse, et tout ce royaulme désirent infinyement d'y veoir une bonne paix et ung accord en la religion, et qu'il n'est pas possible de garder ceulx, qui sont icy, de la mesmes religion de ceulx de la Rochelle, de leur donner toutjour quelque assistance.

Despuys, icelluy Sr. du Puench a prins son congé et je suys après à fère guetter quel chemyn il prendra; car quelcun m'a dict qu'il semble vouloir passer en Allemaigne pour aller fère le mesmes office devers les princes protestans, ce que je ne puys croyre, de tant que le Sr. de Voysin y est naguières allé. Mr. le vydame de Chartres ne s'est encores présenté en ceste cour, ny n'est encores arrivé en ceste ville, et semble qu'il ne sera guières bien venu de ceste Royne pour la recordation, qu'elle a, du premier voyage qu'il fyt icy, aulx premiers troubles, et, aussi, qu'elle a opinion qu'il faict ce second, meintennant, pour habandonner la cause de ceulx avec qui il a toutjour esté, et qu'elle a entendu qu'il s'est maryé contre l'opinion de la Royne de Navarre et au regrect des principaulx de leur trouppe.

L'on faict icy cependant grand dilligence, parmy ceulx de la novelle religion, de dresser ung party pour fère fornyr deux cens mille talars en Allemaigne pour l'armée du duc de Deux Pontz; et semble que desjà il y ayt certaine asseurance d'en pouvoir fère avancer la moictié par les mains du Sr. de Quillegrey, qui est en Hembourg (qui ne se peult fère que le crédict de ceste Royne, ou du corps en général de ce royaulme, n'y soit enployé), et que l'aultre moictié se fornyra, à ce prochain mois de juing, aussi tost que la flotte des draps de Londres sera arrivée par dellà. En quoy, Sire, ceulx cy ont de quoy collorer et excuser si bien leur faict, qu'il est mal aysé que je les en puisse convaincre, encores semble il qu'il fault accepter le désadveu et excuse qu'ilz en font, pour quelque bien, en ce qu'ilz n'ozent manifestement vous offancer. Je feray encores dilligence de descouvrir mieulx ce qui en est; tant y a qu'il fault fère estat que les quarante mille livres esterlin, revenans à cent trente trois mille escuz, qui doibvent estre mises ez mains du dict Sr. de Quillegray, de la vante des draps de ceste flotte, est aultant d'argent contant pour ceulx de la nouvelle religion en Allemaigne. La dicte flotte, qui va en Hembourg, n'a eu encores que demy jour de bon vent; par ainsy, elle n'est hors des costes d'Angleterre.

Ceulx de ce conseil ont mandé à l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, que s'il veult depputer commissaires, de sa part, sur le faict des prinses, qu'ilz en depputeront aussi, de la leur, pour y procéder en si bonne façon que le Roy, son Maistre, en demeurera contant, qui est signe qu'ilz veulent bien fort entrer en pratique avecques luy. A quoy il leur a faict des responces qui ne les ont contantez, dont les choses demeurent toutjours en suspens. Et sur certaine remonstrance, que je leur ay baillée par escript, conforme aulx derniers propoz que j'ay tenuz à ceste Royne, ilz m'ont respondu assez conformément à la bonne paix d'entre Voz Majestez, voz pays et subjectz, mais non tant sellon les légitimes entretennemens d'icelle, ny sellon la réparation de vos dictz subjectz, comme je demandoys, ainsy que Votre Majesté le verra; mais les principaulx m'ont promiz de fère réformer la dicte responce.

Les affères de la Royne d'Escoce ont été proposées au dict conseil, et Mr. l'évesque de Roz a esté deux foys ouy, dont, sur aulcunes difficultez, l'on a envoyé devers la dicte Dame. J'espère, par le premier, vous donner bon compte de tout ce qui y a esté dict. J'entendz qu'elle est tumbée ung peu mallade, néantmoins elle m'a naguières escript, et affin que soyés mieulx asseuré de ses nouvelles, je vous envoye la coppie de sa lettre, et prie Dieu, etc.

De Londres ce xvȷe de may 1569.

L'on me vient d'advertir qu'encores ce matin les seigneurs de ce conseil ont dépesché nouvelles commissions contre les pirates, et dellibèrent, en toutes sortes, d'en purger la mer, et d'en fère pendre aultant qu'il s'en pourra attrapper.