7.—Cestuy cy sera faict, si aulcun peult estre persuadé de pouvoir librement passer en France.
8.—Il est libre, par les trettez, aulx merchands d'Angleterre de ressortir en quelques portz que ce soit de France, et fault naturellement que les merchandz trafficquent où ilz trouvent meilleur traictement; à ceste cause, s'ilz peuvent estre mieulx trettez en aultres places qu'à la Rochelle, asseurément ilz y veulent, d'eulx mesmes, ressortir combien qu'ilz fussent commandez aller à la Rochelle.
9.—Le marché est entre certains marchandz de Londres avec aulcuns de la Rochelle, pour leur délivrer quelque quantité de sel et telles semblables choses, nécessaires pour l'usaige d'Angleterre, à certains priz, lequel ilz ne veulent estre manifesté, de peur que leurs marchez ne puyssent, par d'aultres marchandz, estre damnisez, car communément ung marchand cherche à préjudicier à l'aultre pour son gain particullier, et, pour ce, ont ilz accoustumé de garder leurs marchez secrètement, tant pour leurs prix que pour la quantité.
XXXVIIe DÉPESCHE
—du xxıııe jour de may 1569.—
(Envoyée jusques à la Court par le Sr. de Vassal.)
L'ambassadeur se plaint de ne recevoir aucunes nouvelles de France.—Succès de ses négociations auprès d'Élisabeth pour empêcher l'envoi d'un secours sérieux à la Rochelle.—Crainte conçue en Angleterre d'une entreprise de la part des Espagnols vers Norfolc, et de la part de la France en Écosse.—Continuation des démarches faites auprès de l'ambassadeur d'Espagne.—Détails de l'accident subit arrivé à Marie Stuart, que l'on a crue morte.—Mémoire général sur la situation des affaires de France, d'Espagne et d'Écosse.—Protection accordée aux protestants de France par Élisabeth, qui n'est retenue que par la crainte de la guerre.—Le conseil est toujours dans la même indécision au sujet de la paix ou de la guerre avec l'Espagne.—Vives instances faites auprès de l'ambassadeur pour connaître quelle serait la conduite de la France dans le cas où cette guerre serait déclarée.—Conduite habile de sir William Cécil pour détourner l'orage qui gronde autour de lui.—Le duc de Norfolc accuse devant le conseil Marie Stuart d'avoir fait cession au duc d'Anjou de ses droits à la couronne d'Angleterre.—Le conseil décide qu'il ne s'occupera point des demandes de la reine d'Écosse tant qu'elle ne se sera pas justifiée de cette accusation.—Mémoire du cardinal de Chatillon à la reine d'Angleterre sur la situation des protestants en France.
Au Roy.
Sire, il est passé ung mois tout entier, despuys le xviȷe d'estuy cy, que je n'ay aulcune lettre ny nouvelles de Voz Majestez, et de tant qu'il semble que cella commance fère quelque faulte icy à vostre service, pour beaucoup de nouvelles qu'on y publye au désadvantaige de voz affères, ausquelles je n'ay de quoy respondre, je dépesche exprès ce gentilhomme pour en aller sçavoir sur le lieu; et vous diray cependant, Sire, que j'ay tant de foys expressément remonstré à la Royne d'Angleterre le proffict et seurté, qui luy venoit de la paix et amytié qu'elle a avecques Vostre Majesté, voz pays et subjectz, et le mal où elle alloit tumber, si elle permettoit plus d'abuzer ainsy, soubz main, de son authorité et des moyens de son royaulme contre vous, qui estiez de trop bon lieu pour ne sentir le mal qu'on vous feroit, qu'enfin elle a, en vostre faveur, escluz toutz pirates de se pouvoir dorsenavant aulcunement prévaloir de nul support, retrette ny descharge, ez portz de son royaulme, ayant révoqué ceulx de ses subjectz qui s'estoient miz à suyvre ce train, et chassé du tout les aultres, leurs familles et enfans, de sorte qu'il n'en comparoit guières plus en ceste mer estroicte, ainsy que les gouverneurs mesmes des principalles villes de vostre frontière m'en ont asseuré; et n'est sans que ceulx, qui sont icy pour ceulx de la Rochelle, ne s'y soyent merveilleusement opposez, pour les bons butins qu'ilz en raportoient à l'entretennement de leur guerre, et pour l'empeschement qu'ilz donnoient aulx catholiques de vostre royaulme, et des aultres pays voysins. Et a faict encores la dicte Dame, avec l'assistance d'aulcuns principaulx personnaiges que je y ay employez, que le Sr. du Puench de Pardaillan, qui luy a, parmy les honnestes messages de la Royne de Navarre, demandé secours d'hommes et d'argent, a esté renvoyé avec grand acceptation des messages, mais entier reffuz des forces et d'argent; de sorte que, si les choses ne changent bien fort, ilz ne peuvent fère estat d'icy que de ce que aulcuns particulliers de leur religion les pourront, de leurs propres moyens et substance, secourir. A quoy il est très difficile de remédier, et ceulx là sont, à la vérité, de tel crédit qu'ilz les peuvent, et icy, et en Allemaigne, assés accommoder de deniers, avec ce, que je croy sans aulcun doubte, quoy qu'on me veuille asseurer du contraire, que la dicte Dame mesmes leur permettra user de son crédit, pourveu qu'il n'y aille rien du sien, ou qu'elle soit bien asseurée du rembourcement, et que ce ne soit directement contre les trettez.