Elle est tumbée en grand souspeçon de deux entreprinses, qu'on l'a asseurée se dresser et se debvoir bien prochainement exécuter contre elle et contre son estat, l'une, du costé de France, et l'aultre, du costé de Flandres; dont m'ayant faict sonder si, avec aulcuns principaulx de ce royaulme, j'estois de la menée de l'une ny de l'aultre, j'ay donné telle rayson de moy, à celluy qui m'en a parlé, que je m'asseure qu'elle en demeure satisfaicte; mais cella a esté cause dont j'ay faict plus grand dilligence de pénétrer en ces deux faictz, et n'ay encores si grand notice de celluy de Flandres que je vous oze asseurer de ce qui en est; bien m'a l'on dict que certain personnaige, fort principal des Pays Bas, en a freschement donné l'adviz par ung petit escript, non plus grand que la main, où il asseure que la pratique est bien fort advancée, et que, ayant esté desjà offert par le duc d'Alve aulx seigneurs angloix, qui la mènent; mille Hespaignolz naturelz de certain tercero, et deux mille Vualons, avec cent cinquante mille escuz contantz, ilz demandent pour mieulx engaiger le dict duc à l'entreprinse deux mille Hespaignolz du tercero qu'ilz nomment, et ung capitaine désigné, et quatre mille Vuallons, avec cent mille escuz de plus; et de se préparer, du premier jour, à les mettre en terre de deçà vers Norfolc. Ce qui se rapporte aulcunement à certain adviz que, six sepmaines a, je vous ay donné.

Et pour le regard de celluy de France, j'ay sceu de certain qu'on donne entendre à ceste Royne qu'en France l'on en veult bien fort à elle, mais que, durant ceste guerre, l'on ne peult ny le veult on déclairer; mais, la guerre finye, s'il succède mal aulx protestans, ou qu'ilz soyent contrainctz à quelque paix mal advantaigeuze pour eulx, qu'il est desjà tout résolu de visiter l'Angleterre, avec la plus mortelle guerre et les plus déterminées entreprinses que jamais Roy de France y ayt faictes; et que, cependant, ung certain capitaine, qu'ilz nomment Saint Martin, lequel ilz disent estre à Monsieur le cardinal de Lorraine, est desjà arrivé a Paris, ensemble ung aultre gentilhomme avecques luy, ayantz toutz deux cartelz de mon dict sieur le cardinal, en motz couvertz, pour lever des deniers et aller incontinent en Bretaigne armer navyres et lever gens pour descendre en Angleterre, en faveur de la Royne d'Escoce, en ung port où ilz sont attanduz, et où ung Anglois et ung Escouçoys, qui ne sont nommez, les doibvent conduyre, qui est une invention, laquelle se descouvre d'elle mesmes estre trop affectée, pour fère embarquer ceste princesse à l'aultre party. A quoy je sçay desjà que respondre, si la dicte Dame m'en vient, tant soit peu, à toucher, et seray bien ayse que Vostre Majesté me donne encores, par ces premières, de quoy pouvoir plus clairement convaincre ceste persuasion.

Au reste ceulx cy disent que mon dict sieur le cardinal a naguières retiré ung des gens de leur ambassadeur, luy ayant auparavant donné trois cens escuz pour quelque communication, qu'il luy fit, de certains messages et paquetz des princes d'Allemaigne, qu'il portoit à la Royne d'Angleterre, de quoy la dicte Dame est bien offencée.

Les choses de deçà monstrent néantmoins continuer toutjour à la paix avec Vostre Majesté, ne voyant qu'il se face aulcun nouvel aprest pour me fère doubter du contraire, que celluy qui est desjà en mer. Il est vray qu'on mande souvant à dresser l'ordre des forces de ce royaulme; mais il se cognoist assés que c'est plus pour se deffendre, et pour obvier aulx esmotions qu'on y crainct, que pour fère quelque entreprinse hors du pays.

L'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, a esté, despuys trois jours, de rechef recerché de depputer commissaires sur le faict de ses prinses et saysyes, essayans ceulx de ce conseil d'atacher par ce moyen quelque pratique d'accord avecques luy; mais il a respondu qu'il n'y avoit lieu de nommer commissaires avant que ce qui a esté prins, comme en guerre, par les propres navyres de la Royne d'Angleterre, fût rendu; mais, cella faict, affin que toute forme d'hostillité soit hors de cause, qu'il se pourra après depputer commissaires sur le reste des prinses et des arrestz faictz par auctorité de justice, et qu'il sçayt bien que, de tout ce qui a esté saysy en Flandres, s'il en deffault une seule pièce de drap, le duc d'Alve la satisfera, et qu'ainsy convient il rendre, par deçà, tout ce qui a esté prins et arresté sur les subjectz du Roy, son Maistre. Il ne m'est permiz de veoir encores le dict sieur ambassadeur, mais nous pratiquons ensemble par messages, et je sentz bien qu'il incline fort à ung accord et est fort ayse d'y veoir peu à peu achemyner ceulx cy, et sans ce, qu'aulcuns des grandz l'asseurent que, tant qu'il tiendra plus ferme de son costé, tant plus ceulx cy plyeront de venir à son poinct, il fût desjà bien avant en tretté avecques eulx.

J'ay si bien instruict ce dict porteur des nouvelles de la Royne d'Escoce et de tout le reste de l'estat, que je cognoys à présent des affères de deçà, que, donnant foy, comme je vous suplie de fère, à ce qu'il vous dira, je n'ay, pour le surplus, qu'à prier dévottement le Créateur, etc.

De Londres ce xxiiȷe de may 1569.

A la Royne.

Madame, l'on faict courir icy beaulcoup de nouvelles en deffaveur des affères de Voz Majestez, et s'esforce l'on, par là, de remettre en termes les secrettes entreprinses contraires à la paix, que j'ay miz beaulcoup de peyne d'interrompre; dont ceulx, qui m'y ont tenu la main, m'envoyent souvant enquérir de ce qui en est, et, pour ne leur en sçavoir donner compte, ilz pensent que je les veulx taire ou dissimuler, parce que je ne les sçay bonnes; ce qui les faict estre plus froidz et timides sur mes remonstrances, et donne lieu aulx aultres de m'y procurer une longueur, ou bien ung changement, en ce qu'ilz peuvent, qui est cause que je suplie très humblement Vostre Majesté de me fère avoir plus souvant de voz nouvelles, affin que le retardement d'icelles ne face dommaige à vostre service, auquel dommaige j'espère bien d'y pouvoir aulcunement remédyer; mais beaulcoup mieulx, si je y suys aydé par lettres et adviz de Voz Majestez, avecques lesquelles, quant bien il vous debvra venir quelque mal de ce costé, si ne peult estre destorné du tout, elles m'ayderont au moins d'en rabattre une partie, et de vous pouvoir advertyr du reste si à propos qu'il y pourra estre tout à temps remédyé.

J'ay, oultre les lettres de Voz Majestez, baillé ung mémoire au Sr. de Vassal, présent pourteur, pour le vous monstrer, lequel j'ay faict tout exprès bien fort ample, affin qu'après l'avoir veu, comme je suplie Vostre Majesté d'en prendre la peyne, parce qu'il contient tout ce que je sçay estre icy à présent en termes, il vous playse l'envoyer à monseigneur vostre filz, qui desire estre informé, par le menu, de toutes ces choses, auquel, parce que je ne luy ay rien escript, cinq sepmaines a, il vous plairra commander luy en fère une prompte dépesche; et n'adjouxteray, pour le surplus, à la présente, sinon que Mr. le cardinal de Chatillon a faict venir quatre centz pièces de vin, blanc et clairet, de la Rochelle, desquelles il a, ces jours passés, distribués à la Royne d'Angleterre et à toutz ceulx de ce conseil les douze vingtz, et a réservé les huict vingtz pour sa provision, ce qui faict juger à plusieurs qu'il ne sent les choses en France en termes pour y pouvoir retorner de long temps; et a emprumpté envyron deux mille escuz d'ung marchant de ceste ville, à qui trois principaulx seigneurs de ceste court en ont respondu.