Dont, puys peu de jours, ceulx, qui portent icy son faict et qui conseillent la paix, lesquelz sont de tant d'authorité que, sans eulx, rien de bien important ne se peult résouldre en ce royaulme, en ont, de rechef, faict mettre la matière en dellibération par prétexte de tretter d'une remonstrance que j'avoys faicte à ceste Royne, pour fère cesser les désordres qui se commettent en mer; et j'entendz, qu'après ung peu de contencion entre ceulx des deux partiz, il a esté, de rechef, pour le regard de la France, unanimement résolu, par les ungs et par les aultres, avec aprobation de ceste Royne, que la paix et commerce se continueront, demeurant encores les choses de Flandres en quelque suspens.

Et m'ayant le comte de Lestre naguyères prié à diner avec le duc de Norfolc, le marquis de Norempton, le comte de Betfort, milor Chamberlan, l'Amyral d'Angleterre et le secrétaire Cecille, qui sont les principaulx de ce conseil, des deux opinions, ainsy que, entre aultres choses, très instantment je les requérois de repurger leur mer et leurs portz de pirates, ilz m'ont remonstré, qu'estans en suspens avec le Roy d'Espaigne, ilz avoient besoing d'entretenir et supporter leurs capitaines de mer, et de ne fère, qu'en remédiant aulx désordres pour contanter le Roy, ilz vinsent à diminuer pourtant leurs forces, me sondans, ceulx de l'ung party, là dessus, si je voulois donner parolle que le Roy ne prendroit la cause du Roy d'Espaigne ny ne se déclaireroit contre la Royne, leur Mestresse, et que tant mieulx elle donroit ordre à ce que je desiroys.

Sur quoy, voyant l'aguet de l'aultre party sur ce que je dirois là dessus, j'ay respondu n'y avoir lieu de me demander, à présent, une telle déclaration; car je n'avois aussi aulcune charge de la leur fère: ains seulement d'asseurer la Royne, leur Mestresse, et eulx, qui sont de son conseil, qu'ilz trouveront une très ferme et constante correspondance de paix en l'endroict du Roy, Mon Seigneur, s'ilz ne le provoquent de la rompre; et quant à l'amytié et l'alliance, d'entre Leurs Majestez Très Chrestienne et Catholique, qu'elle est notoire à tout le monde, mais ce n'est au préjudice de l'Angleterre, ny n'est matière qui concerne ce que nous avions présentement à tretter.

Dont m'ayantz toutz, d'une voix, promiz ung si bon remède que j'en demeureroys contant, ilz ont, despuys, faict publier certaine ordonnance, dez la fin d'avril, sur le reiglement de la mer, en laquelle ilz n'ont ozé néantmoins fère expécialle mencion de la France, pour ne monstrer d'exclurre, du tout, les pays et subjectz du Roy Catholique, comme n'estans encores en manifeste ropture avecques luy; et me semblant que ceste grande générallité, en faveur de toutz navigans, ne satisferoit assés aulx choses particullières que je requéroys pour le Roy et ses dictz subjectz, je leur ay baillé une remonstrance par chefz et articles.

A laquelle ilz m'ont faict les responces qu'on a veu au marge de chacun chef, lesquelles sont assés sellon la paix, mais non, du tout, convenables aulx légitimes entretennemens d'icelle, ny sellon la réparation des tortz et violences qu'il est besoing de fère aulx subjectz du Roy, de quoy sont cause les accordz précédans et les promises tollérances, et aussi, que les prinses ont esté aulcunement despartyes entre ceulx qui ont authorité; mais j'essayeray d'avoir mieulx, s'il est possible, et d'obtenir, par le menu, ce que, par déclaration généralle, l'on a faict difficulté de me bailler.

Or, nonobstant la susdicte résolution de paix avecques le Roy, ceste princesse ne laysse d'entretenir toutjour en bonne espérance monsieur le cardinal de Chatillon et ceulx de ce party, qui est cause que, souvant, il vient nouveaulx messagiers, de la Rochelle, ainsy que naguyères le Sr. du Puench de Pardaillan et Saint Symon ont passé dessà, en la compaignye de Mr. le vydame de Chartres, et ont confirmé, de la part de monsieur le prince de Navarre, les mesmes intelligences, commencées avec feu monsieur le prince de Condé, pour la commune deffance de leur religion; et, par telz accez, avec l'assistance des depputez des dictz princes d'Allemaigne, ilz s'esforcent d'encourager la dicte Dame à leur entreprinse.

En quoy, encor qu'ilz voyent, quant se vient au poinct de se déclairer ou fornyr deniers, qu'elle leur use de tant de deffaictes et remises, qu'ilz n'ont occasion, si les choses ne changent bien fort, d'espérer d'elle ce grand secours qu'ilz se promettent, ilz ne quictent pourtant la partie;

Et obtiennent toutjour ce qu'ilz peuvent par le moyen de ceulx qui sont les plus affectionnez à la matière, ainsy que, naguyères, ilz ont tant faict que ce second voyage de la Rochelle a esté accomply, nonobstant les empeschemens que je me suys efforcé d'y mettre; et mesmes, voyantz qu'il m'avoit esté donné parolle, avecques sèrement, par la dicte Dame et les principaulx de son royaulme, qu'il n'yroit en la flotte gens de guerre, ny armes, artillerye, ny monition aulcune, d'où le Roy peult estre offancé, ilz ont néantmoings, en quelques vaysseaulx françoys, qui sont allés de compaignye, faict embarquer le Sr. Du Doict, Rouvray et Valfenyères et environ soixante Françoys avecques leurs morrions et haquebutes, ensemble xx hommes, entenduz en mynes et contremynes, et quelques charpentiers, massons, boulangiers, cordonniers, mareschaulx et aultres artizans, mais non en grand nombre, que le conseiller Cavaignes a eu secrette commission de fère lever au pays d'Ouest.

Et y a dangier qu'ilz se prévallent aussi du nom de la dicte Dame à trouver des deniers en Allemaigne, mesmement s'ilz peuvent fère qu'il n'y coure rien du sien, sinon son seul crédit, car, estant la flotte pour Hembourg desjà en mer, toute parée pour le premier bon vent qu'il fera, en nombre de xxviij vaysseaulx, bien équipez, oultre sept des grandz navyres de guerre de ceste Royne, les mieulx pourveuz et armez qu'il est possible, avec deux mille cinq cens hommes de combat, et Me. Oynter pour les conduyre, l'on y porte, à ce premier coup, si bon nombre de draps et laynes, qu'on les estime à sept cens mille escuz, qui sera un commancement de grand crédit pour la dicte Dame et pour le corps de son royaulme par dellà.

Et le Sr. de Quillegrey a escript du dict Hembourg que le lieu y est beau, bien cappable et assés commode pour recepvoir et débitter les dictes marchandises, encor que la navigation soit longue, et, en quelque sayson de l'an, incommode à cause des glaces, et que les merchans ne pourront avoir si souvant nouvelles de leur traffic, comme ilz faisoient d'Envers; mois qu'au reste il a trouvé le pays bien disposé envers ceste Royne, et qu'elle y pourra lever beaulcoup de gens de guerre, de pied et de cheval, pour son service, quant il luy plairra, vray est qu'ilz veulent estre bien payez.